LE BONHEUR DE PEPIGK
Le roi Thyrtas avait mille coffres pleins d'or.
Le mendiant Pépick avait un sac vide. Or
Le roi Thyrtas dit à Pépick : « Holà, pauvre homme!
N'est-ce pas que la vie est triste et qu'elle assomme
Egalement, qu'on soit monarque ou grippe-sou?
N'est-ce pas que l'on bâille à se rompre le cou
Sur ce globe aplati plus bête qu'une lune? »
Le mendiant Pépick leva sa tête brune
Où brillaient deux yeux ronds comme ceux d'un condor
« Moi, je m'y plairais bien, dit-il, avec de l'or !
— Avec de l'or, Pépick ? Prends-en ! ouvre ce coffre, Plonges-y tes deux mains, remplis ton sac ! Je t'offre Tout l'or que tu pourras emporter sur ton dos !
— Plaisantez-vous, Seigneur? Les plus pesants fardeaux Ne me rebutent pas ; je porte sans m'abattre
Deux quintaux de froment : d'or, j'en porterais quatre !
— Prends-en quatre, Pépick, si ton dos y consent.
— Ah! Saints du Ciel! cria le rustre en bondissant; De l'or, je vais avoir de l'or, moi le vieux hère ! De l'or, du pain, du vin, bon gîte et bonne chère î
/ Et des moutons ! et des chevaux! je vais avoir Tout ce que le cerveau d'un gueux peut concevoir Quand le rêve l'exalte et l'emplit de démence ! Donnez! donnez! ouvrez pour moi ce coffre immense! » Et dans l'or il plongea ses dix doigts frémissants. « Voici de quoi manger canetons et faisans ! Yoici de quoi porter des vêtements de laine ! Voici de quoi bâtir ma maison dans la plaine ! Ma maison, mon pressoir, mon étable et mon chai ! Avec grange et moulin par-dessus le marché ! Voici mon char, et mes harnais, et l'attelage ! Ma chasse dans le bois, mon castel au village