‹ Les femmelinsChapitre 14 sur 28 · V. infra, p · texte numérisé non relu

V. infra, p

2. L'Avenir de l'Intelligence, p. iG, Nouvelle Librairie Xiitionale.

3. Le Romantisme féminin, p. 221, in l'Avenir de rintelligencâ.

Sur le lord Melvil de Corinne notamment, Proudhon fait les remarques suivantes :

(( Quant à lord Melvil, le héros du roman, un homme selon le cœur de M"^' de Staël, c'est un être sans caractère, sorte de pantin qui, après avoir longtemps soupiré pour Corinne et lui avoir promis mariage, Vabandonne en lâche, trahit sa parole et épouse ailleurs. C'est un fait d'observation générale que les caractères d'hommes conçus par les romancières sont au-dessous de la virilité. Mettez à la place de lord Melvil le premier bourgeois venu delà cité de Londres; dès le premier jour, il en eut fini avec la donzelle par cette proposition simple : a Poiivez-vous, ô Corinne ! renoncer à vos triomphes et vivre comme une Anglaise, sauf à mêler de temps en temps aux occupations domestiques votre culte des beaux arts ? Nos femmes, que vous dédaignez, ne sont pas tellement ménagères qu elles ne s'amusent volontiers de musique, de danse et de littérature^ comme de modes. Servez-leur en tout de modèle. Un gentleman ne trouvera jamais, pour lui verser le thé, Vénus trop belle, Minerve trop sage, les Muses trop savantes^ Jiinon même trop grande dame. Voulez-vous être la première lady d'Angleterre ? » On s'expliquait, Corinne acceptait, tout finissait, mais M"^^ de Staël perdait sa cause ^. »

L'admirable page ! Une telle puissance de verve et de mouvement mise au service de la raison et du goût, place Proudhon au premier rang de nos critiques littéraires. Je n'aurai pu donner ici qu'une bien vague notion de l'acuité de ses analyses, de l'extraordinaire vigueur de ses synthèses. Deux traits lancés violemment dans la fureur de l'attaque témoigneront de son intelligence philosophique, aussi bien que de son observation perçante. Au plus fort d'une diatribe contre l'immoralité de M™- Sand, Prou-

j. y, infra, 72-78.

dhon, dans un éclair, dévoile la signification réelle du romantisme : « Cest toujours, dit-il, la logique du dévergondage mise à la place de la raison du genre humain i. » Dévergondage de la pensée et du sentiment, des sens et de l'imagination, qu'on retrouve chez tous les romantiques, unis par ce trait commun qu'ils pèchent tous contre l'ordre et contre la nature des choses.

Enfin, une intention railleuse devient pour Proudhon l'occasion d'une découverte exceptionnellement importante ; la confusion, chez les femmes les mieux douées des sentiments personnels avec les idées générales, n'a peut-être jamais été mise en lumière comme dans ces lignes toutes trempées d'une ironie empoisonnée :

(( De même, écrivait Proudhon, que M""^ Roland, M"^^ de Staël fut une espèce de chef de parti. U idée qu'elle représente est la réaction au despotisme militaire; et comme la première avait eu, dit-on, son Barbaroux^ la seconde eut son Benjamin Constant. La femme napas une idée dont elle ne fasse un petit amour : que ce soit sa gloire^ si l'on veut; mais que ce soit aussi le signe de sa faiblesse -. »

Par la nerveuse et parfois superbe allure de leur style, par l'ordre et les ruses habiles de leurs développements, par tout cet ensemble d'où jaillit une lumineuse décision, certaines pages littéraires de Proudhon sont promises à l'immortalité.

A lire ces pages, toutes secouées d'une passion guerrière, teintées d'un sang généreux, éloquente protestation de la

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