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raison, on apprécie la valeur historique de l'œuvre proudhonienne. Qu'il apostrophe Lamartine ou George Sand, qu'il raille M"^ de Staël ou qu'il répudie Rousseau, c'est avec une magnificence orgueilleuse que Pierre- Joseph Proudhon déploie les drapeaux de l'intelligence et arbore les enseignes classiques.

Il dépouille le romantisme de ses oripeaux éclatants, il transperce la confiance en soi-même et les chants de triomphe des grands romantiques. Sous tant de faste, il cherche en vain la force de la pensée, la puissance de création. Il ne trouve rien que l'ignorance mariée au blasphème, une luxure mêlée de niaiserie ; au juste, l'amour du moi, dans ce qui s'oppose en lui à la coutume sociale, aux habitudes courantes, aux obligations morales, à la tradition reçue, aux nécessités nationales, à la vie civilisée ; l'enivrement des originalités et des tares, de tout ce qui, contredisant l'univers, exile et isole l'individu. Tels sont, relevés par Proudhon, les caractères essentiels de la folie romantique.

Briser toutes les chaînes, dénouer tous les liensqui unissent l'individu aux contemporains et aux ancêtres, à l'éternité et au présent, à la nature et au genre humain, c'est libérer et couronner ces désirs honteux, ces passions secrètes et ces rêves déshonorants qu'étouffent, dans l'homme, les contraintes de la civilisation, l'expérience fructueuse des anciens et les prudents calculs de la raison. Ce qu'on cachait soigneusement est publié : les difformités morales sont glorifiées, les curieux appétits et les inquiétudes bizarres des races mineures et des peuples sauvages émergent d'entre les débris de la civilisation : le goût de la chair humaine hante les romantiques. Pour satisfaire aux exigences divinisées des humeurs les plus basses, pour suivre l'aventure du siècle, la mode de l'an, le désir de l'heure, on expose la prospérité des nations et la vie des peuples, on porte le feu dans les plus glorieuses forteresses de la

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civilisation, on voue aux gémonies les souvenirs les plus honorables et les traditions les plus sacrées du genre humain.

Nourrir avec soin un monstrueux penchant devient l'obsession d'un Rousseau, qui implore l'humiliation comme une caresse et se plonge avec délices dans l'infamie. Il n'est pas un romantique qui ne soit possédé de la religion du pervers et qui ne profane la dignité humaine. Les Femmelins ! Proudhon a prononcé le grand mot antiromantique. La sujétion de l'esprit et l'anéantissement delà volonté, l'hégémonie des sens et le renoncement à la vie, se révèlent en dernière analyse les effets directs du romantisme. La maîtrise de soi cède aux inclinations du cœur et aux entraînements de la passion.

Les faiblesses féminines, reines néfastes, accomplissent les pires ravages dans la pensée et dans la vie, dans les Lettres et dans l'Etat. Gracieuses à leur rang, elles sont, dans le commandement, des périls publics. C'est que les femmes n'ont point mission de conduire ; quand les hommes renoncent à penser, à diriger, à veiller au salut commun, cjuand leur propre sûreté leur indiffère, des désastres sans nom sont le prix de cette lâche abdication.

Aussi le romantisme se découvre-t-il à Proudhon comme une littérature, une philosophie, une morale et une religion du Suicide. Proudhon, détracteur de Rousseau, adversaire de l'Italie une, grand citoyen et honnête homme, eut admiré, avec Maurras, dans Sabine de Fontenay, l'héroïne de M™^ de .Noailles, « comment une anarchie profonde défait une personne, aussi exactement qu'elle décompose un style ou un art, une pensée ou un État » 1.

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