MADAME DE STAËL
En 1889, je demandai à M. Droz, de l'Académie française, son opinion sur M™^ de Staël, lui avouant ingénument qu'ayant commencé, sur la foi de la renommée, la lecture des Considérations sur la Révolution française et de ['Allemagne, il m'avait été impossible de vaincre mon ennui et d'achever mon entreprise.
M. Droz se mit à rire, et me dit : « Je suis, avec mon ami Andrieux, l'un des littérateurs de l'époque qui ont le plus fait pour la réputation de M""" de Staël. Elle n'eut jamais de plus ardents, de plus sincères enthousiastes. Or, voici ce qui nous arriva. Quinze ou vingt ans après la vogue de cette femme, je m'avisai de relire les œuvres qui d'abord m'avaient causé tant de plaisir, et je fus, comme vous, saisi d'un insurmontable dégoût. Je fis part de mon impression à Andrieux, qui m'en avoua tout autant. Nous rîmes fort de notre mésaventure, mais nous ne nous en vanterons pas. Laissons en paix M°^^ de Staël. »
C'est ainsi, pour le dire en passant, que se font les célébrités féminines et qu'elles se soutiennent. Les premiers qui, jeunes, y mirent la main, parvenus à la maturité n'osent plus se déjuger ; et il reste établi, parmi les adolescents et les femmes, qu'une Staël balance un Napoléon.