MADAME NECRER DE SAUSSURE
nous font sentir la femme ; la vertu des autres n'est bonne qu'à figurer sur des croix sépulcrales. Tandis que M™® Necker disserte, étale sa discipline et sa savantise, elle oublie de montrer ce qui plaît le plus dans la femme, la seule chose qu'elle puisse donner et que nous lui demandions, cette physionomie ravissante que prend dans son esprit la pensée de l'homme. Qu'on trouve dans son ouvrage quelques observations de détail qui ont leur prix, je l'accorde ; au total, je préfère à ce méthodisme décharné la bonne M'"^ Le Prince de Beaumont et son Magasin des Enfants.
Je ne m'arrêterai point à examiner l'ordre d'idées dans lequel se meut M™^ Necker : sa pensée ne lui appartient pas. Chrétienne et réformée, elle part du dogme de la chute, rétrogradant ainsi de Rousseau, qui du moins affirmait la Justice native et immanente, àjsaint Paul, le théoloo-ien de la ^râce : c'est assez dire. ^jma j\ecker n'a pas de système, pas d'idée synthétique et mère ; le titre de son livre, Education progressive, sans portée philosophique, aussi ambitieux que mal justifié, n'a pas même de sens : cela pourrait s'appeler aussi bien Ange conducteur dans les voies du salut, k la manière des ouvrages de dévotion catholiques, si la foi calviniste ne répugnait à la modestie et à la simplicité.
Puis donc que nous ne pouvons juger cet écrivain que sur des aperçus de détail, et qu'après tout la puissance de l'esprit, quand elle existe, se montre aussi bien dans les petites choses que dans les grandes, con-
tentons-nous de quelques citations, qui serviront autant que mille.
Le tome troisième de V Éducation progressive est exclusivement consacré aux femmes : c'est la partie de son sujet que l'auteur devait le mieux connaître. J'ai cité les passages dans lesquels M™^ Necker avoue, d'un air si contraint, si piteux, l'infériorité de l'intelligence chez la femme, sans se douter un moment que cette infériorité puisse avoir sa raison dans la destinée sociale ; je continue.
(( Une entière franchise est rare chez la femme », dit M"^^ Necker.
Le fait est vrai ; mais d'où vient cette rareté ? Voilà ce qu'il faut dire ; sans quoi l'observation est sans portée, et l'institutrice, qui veut corriger ce défaut dans son élève, court risque de faire fausse route. Faut-il attribuer au serpent, l'antique initiateur du sexe, cette perfidie naturelle que les philosophes et les satiriques attribuent si volontiers à la femme ? Pour moi, sauf meilleur avis, il me semble que le défaut de franchise chez la femme résulte de la qualité de son entendement. Elle procède par intuition, non par enchaînement de propositions ; et comme l'intuition ne mène pas loin, il s'ensuit que la femme est forcée de s'arrêter devant les conséquences inconnues de ses paroles : elle se méfie d'elle-même : son défaut de franchise ne prouve donc qu'une chose : sa timidité, disons même sa prudence. M™^ Necker, qui, après avoir posé le principe, n'avait plus qu'à tirer la con-