‹ Les femmelinsChapitre 3 sur 28 · I. Ouvr. cil., p · texte numérisé non relu

I. Ouvr. cil., p

disait sans timidité le sort réservé aux auteurs qui s'écartent des modes traditionnels, seuls propices à l'expression d'une pensée, car ils servent de point de rencontre aux hommes de générations diverses, ou de formations différentes :

(( Son originalité plaira d'autant plus quelle paraîtra sortir du fonds de la langue, et exprimer la pensée de tout le monde. Elle ne serait pas reçue si elle affectait V indépendance, le mépris des lois de la parole et du sens commun. Rien de plus libre, en apparence^ que Vart du poète ; rien au fond de plus mathématique, de moins négligé, de plus exact. Une peine terrible attend V écrivain qui s'oublie ; il ne sera pas lu, ou, si quelque temps il parvient à surprendre les suffrages, la réaction ne tardera pas à se déclarer contre lui ; il ne vivra pas ^. »

Des paroles aussi nettes devaient être rapportées ici : elles établissent que Proudhon saisissait parfaitement la creuse prétention et l'affreuse vanité de ce qu'il nomme, lui-même, « l'art pour l'art ». Il apercevait bien que toutes les forces qui constituent l'aliment d'une littérature sont inséparables d'une société civilisée.

Avec sa logique implacable, Proudhon déroulait toutes les conséquences des axiomes littéraires qu'il venait d'énoncer :

«... le mouvement étant inhérent à la littérature comme à la société, si la société est en progrès, la littérature s'élèvera avec elle ; si la première rétrograde, la seconde tombe aussitôt"-. »

Il est aisé d'énumérer les idées qu'enferme cette pro position. Proudhon admet que le problème politique

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