Id
encore son imagination et son esprit ! Mettant obstacle aux folies et donnant pleine indépendance aux beautés, l'esthétique proudhonienne s'accorde à l'esthétique classique ; ce qui nous accompagne dans l'étude des principes littéraires de Proudhon, c'est le sentiment de cette analogie foncière des doctrines classiques et des conclusions proudhoniennes. L'observation de la nature, que Proudhon reconnaît la base de toute œuvre littéraire, lui paraît une matière livrée au travail de l'intelligence. L'art humain, c'est d'assigner aux réalités de la nature un ordre qui vient de l'esprit. L homme classique possède ainsi la haute mission de recréer l'univers, sans le contredire, mais en lui imposant sa logique. C'est ce que Proudhon définit ainsi :
« Uart est la liberté même, refaisant à sa guise, et en vue de sa propre gloire, la phénoménalité des choses, exécutant (qiion me passe le mot) des variations sur le thème concret de la nature ^. »
Il est impossible de donner une meilleure notion de l'art classique. Mais que de laideurs s'afTichaient alors sous le couvert du classicisme, habiles à créer l'équivoque en s'apparentant à Racine... Proudhon devait ronger son frein, et se morfondre, à voir ainsi amis et ennemis des Lettres conspirer à maintenir l'obscurité et la confusion. Ces sentiments le poussaient sans doute à achever son analyse, à ne pas négliger de rappeler que, si l'intelligence emprunte à la nature les éléments de ses constructions, le choix de ces éléments, si l'on veut faire œuvre d'art, ne doit pas être de son seul ressort. Car, dit Proudhon :
<( Pour juger de la beauté des choses^ en autres termes
i. Ouvr. cit., p, 3Z|3.
pour les idéaliser, il faut connaître les rapports des choses : toutefois, si Vart ne peut se passer de cette connaissance ni la contredire, elle ne peut pas non plus le suppléer, et ne Vexplique pas tout entier. Il relève encore d'une autre faculté, qui est le sentiment même du beau et de Vart, ou plus simplement le GOUT 1. »
Restaurant la vraie notion des pouvoirs de l'intelligence, Proudhon évitait d'affaiblir le sentiment du beau, en les étendant outre mesure. Il est faux de considérer l'art et la nature comme deux puissances ennemies, autant que de faire contenir l'art dans l'imitation servile de la nature. Proudhon parlant au nom des lettres classiques, opposait aux romantiques la supériorité de l'art :
a La fin de Vart étant de relever plutôt que de déprimer Vhumanité et la nature^. »
Sur cette éloquente parole, il convient d'envisager l'application des théories de Proudhon dans ses études critiques. Pour ce qui est de la connaissance de l'Art, de ses forces véritables, et de ses belles destinées, il n'est pas un écrivain, si l'on excepte Sainte-Beuve, qui dans tout le siècle dernier puisse même s'égaler à Proudhon.
Dans son œuvre critique, Proudhon est demeuré fidèle aux principes qu'il avait posés. Prononçant selon les mouvements de son cœur, s'ils n'étaient pas condamnés par sa raison, il s'est efforcé de justifier ses admirations par une démonstration intellectuelle. Assurément, dit-il, l'intelligence ne peut nous faire aimer une œuvre qui nous