Ouvr, cit., p
déplaît. Mais ses bannières sont les seules qui rallient les hommes autour d'elles. Si l'on n'acquiert point l'assentiment des cœurs, il est possible, si l'on a raison, d'obtenir le suffrage des intelligences. Que d'influences peuvent être ainsi écartées, qui tendent à ruiner les fondements du goût public ! Il suffit de ne pas perdre de vue que, si tout ce qui est conforme à la raison n'est pas beau, il est incontestable que le Beau ne se trouve jamais dans un camp hostile à l'intelligence, a Aussi, écrivait Proudhon, ne raisonné-je point de ce qui dans les vers ne peut être que senti, mais de ce qui est intelligible. »
Je ne puis m'attacher à la technique de la poésie, qui occupe longuement Proudhon, mais, dans cet ordre même, avec quel respect toucliant et quelle passion contenue il parle de Virgile et d'Homère ! S'il est attiré par le charme invincible de tels vers de Racine, un mot, un membre de phrase divulguent son émotion profonde et nous le montrent vibrant sous la caresse des divines harmonies :
« Les vers montent comme la pensée ; il semble voir, sur lapenteda mont sacré, défiler d'un pas mesuré la procession, maintenant défendue par une reine infidèle ^
Que les temps sont changés ! Sitôt que de ce jour La trompette sacrée annonçait le retour, Du temple orné partout de festons magnifiques, Le peuple saint en foule inondait les portiques. »
Sensible à l'extrême à la beauté racinienne, Proudhon faisait preuve d'une grande dureté à l'égard de Corneille, dont il ne croyait plus les pièces « représentables >). Il était rebelle à l'excès aux boursouflures, aux attitudes emphatiques qui, parfois, déparent la tragédie cornélienne. Mais Proudhon exagérait le nombre et l'importance de ces