‹ Les femmesChapitre 11 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

^gO LES FEMMES.

)) sont nombreux et beaux, j c'est là notre j) richesse ».

Florvel accepta. Les deux amans , sans trop songer à lui , entrelaçant leurs bras , sortirent en chantant. Florvel les suivait ; il examinait , en marchant sur leurs traces , leur contentement , leur naïve gaieté , et riait en lui-même de ce qu'on appelait cela du bonheur. Cependant les troupeaux , descendant en foule des montagnes dans la vallée , s'approchent , on les entend mugir, bêler. Zunilda s'assied sous un grand arbre pour les attendre ; elle appelle Florvel auprès d'elle Tout à coup , elle lève les

yeux , elle aperçoit un nid à la cime de l'arbre, ce Le vois-tu , ce nid? dit-elle à Elerzj

>) je parie l'atteindre plutôt que toi

» Soit , dit Elerz. Une corbeille d'osier fin « contre une plume rose , pour attacher à )) mes flèches.... » Il n'avait pas fini ; déjà Zunilda a quitté le chapeau qui couvre sa tête ; elle s'élance aux branches avec légèreté L'arbre est très-vieux , d'une grosseur prodigieuse. Chacun monte de son côté 5 tantôt Eferz l'emporte , tantôt Zunilda

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à l'avantage ; enfin , elle arrive plutôt près du nid. Elerz , voyant qu'elle va triompher , s'arrête» .... Zunilda saisit le nid , et , placée gracieusement sur une branche forte , mais flexible , elle se laisse balancer avec mollesse jusqu'à la branche plus basse sur laquelle était Elerz. Elle lui tend le nid : mais il avance inutilement le bras : au moment où il est prêt à toucher sa proie , elle s'amuse à la retirer , à agiter la branche qui , par son élasticité , l'enlève et la ramène encore. Pour achever le tableau , la mère plaintive voyant qu'on ravit ses petits , entre sous les branches, en sort, y rentre , voltige autour des deu\ amans , tandis que le mâle , triste et plaintif, plane en face de l'arl)re et n'ose approcher. Florvel se tenait à quelque distance. Loin de s'occuper de cette jolie scène aérienne qu'il aurait dû dessiner, il se dit à lui-même : « Voilà bien les fem- )) mes ! on les retrouve partout les mêmes , » aussi coquettes dans les montagnes de » la Dalécarlie, que dans nos salons. Ce » n'est pas votre victoire , Zunilda , qui » vous occupe en ce moment ; l'amour-

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3) propre est satisfait , la vanité commence. » Elle songe , ajoutail-il , que j'admire sa » grâce , sa légèreté ', elle pourrait redes- » cendre proraptement avec le prix de son )) agilité ; mais il faut rester suspendue sur )) celte branche, et , pour comble d'adresse, » avoir l'air de s'occuper de son amant , 1» de rire avec lui de sa victoire dans les airs, » pour obtenir un nouvel hommage sur » la terre. O femmes ! sexe dangereux , » mais trop connu de moi , je retrouve T) donc ici l'instinct de votre coquetterie ! )) Mais 5 Zunilda , vous vous abusez. Est-ce )) à des yeux tels que les miens que vous )) pouvez plaire? Votre grâce sauvage a )) quelque attrait, j'en conviens; mais qu'il y :» a loin de là à celle de l'art qui garde tout )) le charme de la nature en l'embellissant ! »

Comme il finissait , Zunilda s'approcha de lui , et lui offrit avec gaieté le nid qu'elle venait d'enlever.

c( Je le reçois , belle Zunilda )) , dit-il , avec une attention plus maligne que galante, ce On serait embarrassé de décider >; qui a plus de candeur, ou de ces tour-

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)) terelles , ou de celle qui daigne me les )î destiner >:>.

Zunilda et Elerz auraient bien répondu ; mais ils avaient tant de peine à comprendre les finesses de Florvel , qu'ils prirent )c parti de parler d'autre chose. Pour Florvel, toujours confiant dans son jugement sur les femmes , il ne douta pas un instant que le silence de Zunilda ne tînt à la présence d'Elerz. On revint à la maison. Lit repas simple , mais bon • un couvert sans recherche , mais d'une propreté rare, étaient préparés. On soupa. Elerz et Zunilda chantèrent, tantôt ensemble, tantôt séparément. L'heure de se retirer arriva. On conduisit Florvel dans une chambre commode , d'où la vue était délicieuse. Elerz quitta Zunilda avec l'expression d'une tendresse impatiente et respectueuse; et la nuit , par sa fiaîcheur, vint reposer Florvel de ses fatigues, et calmer les tendres agitations d'Elerz.

— Florvel , le second jour, parla de son départ ; on le pressa avec tant de franchise de se fixer quelques instans dans la vallée ^ qu'il ne put v résister. Le naturel d'Elerz

lui plaisait. Zunildalui paraissait charmante-.. La vie qri'il menait était simple , mais oisive. On se levait avec l'aurore. Dans le joli bos- *{viet , on trouvait des fruits , du lait , dea gâteaux , du miel embaumé par les fleurs des vallées. Pùen ne manquait à Zunilda et à Elerz; ils vivaient dans l'aisance. Leurs parens leur avait laissé à chacun une fortune honnête qu'ils avaient déjà confondue ; leur lanjçagc , leur éducation , l'abondance qui les entourait, le nombre de leurs serviteurs , tout les séparait des rustiques habitans de ces contrées ; ils n'en avaient qu& les mœurs et les vertus.

Après le premier repas , la pêche ou la chasse appelaient les trois anjis , car Zumlda partageait tous ces exercices , et souvent s'y montrait la plus adroite et la plus, agile. Le soir venait , Zunilda versait une rosée rafraîchissante sur des fleurs qu'elle ciiltivait elle-même dans un endroit particulier. Elerz , Florvel la suivaient , l'aidaient dans tous ces détails champêtres. Le ]Our baissant davantage, elle les conduisait toujours dans qiiclque nouveau site plu*

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frais, plus agréable. Là, ils causaient, ils chantaient. Zunilda et Elerz faisaient mille questions à Florvel sur la France , sur ses voyagesj toujours à ses récits celui-ci mêlait quelque galanterie qu'elle prenait pour une marque d'intérêt.

Plusieurs semaines se passèrent dans les douceurs de cette vie paisible et charmante. Florvel observait , dessinait , écrivait. Dans la solitude surtout , la candeur et la vertu ont un charme communicatif qui atteint même les âmes dépravées. Le tableau des amours d'Elerz et de Zunilda intéressa d'abord Florvel ; il est des circonstances où l'esprit se met à la place dq l'âme ; les pre-^ miers effets sont les mêmes ; ils ne diffèrent que par la durée. Bientôt le bonheur de ces deux amans fatigua le jeune Français ; peut-être en vint-il au point de l'envier. Quoi qu'il en soit , peu d'instans après , l'idée coupable de le troubler arriva et ne fut point repousséc.

Florvel avait plus que de la fatuité : son amour-propre était intoléral)le et sans bornes. L'habitude de flatter, d'exagérer même

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ia louange, le portait à faire mille compîîniens à Zunilda , qui , charmée de voir qu'il se plaisait dans leur solitude , cherchait tous les moyens de la lui rendre agréable. Voulait-il entendre sa voix , elle chantait aussitôt. La course , la danse servaient chaque jour de prétexte , à l'un pour un éloge , à l'autre pour un succès. Le bon et tendre Elerz était ravi ; il s'enorgueillissait de voir que sa maîtresse parût si bien à l'habitant du pays le plus aimable.

Florvel , toujours de sang-froid , opposant le talent à la bonne foi , ne douta plus qu'il n'eût fait une grande impression sur le cœur de Zunilda. N'écoutant que son orgueil, oubliant toute délicatesse, les droits sacrés de l'hospitalité ne purent Farrétcr. Deux êtres bons et sensibles le reçoivent , lui prodiguent mille soins touchans j il va peut-être porter chez eux le trouble et le désespoir. Qu'importe ! il ne faut rien se refuser. 11 voudrait , s'il était possible , que Zunilda aimât Elerz plus passionnément , pour se prouver à lui-même qu'il sait vaincre tous les obstacles. Yoilà donc Zunilda sacri-

fiée dans les projets du redoutable séducteur. Les éloges sur la parure sont les plus dangereux de tous pour les femmes , parce qu'ils flattent deux fois la vanité. Tour à tour le succès se change en éloge , et l'éloge en succès. Floi'vel le savait, il employa ce moyen. S'il disait que telles fleurs allaient mieux à Zunilda , ce n'était que celles-là qu'elle cueillait dans la prairie , et dont elle formait sa couronne et ses guirlandes. Charmé de ses progrès , il prévoyait presque déjà l'instantoù il serait heureux..,. (( Je l'enivre d'encens , se disait-il un jour: )) mon bonheur passe mon espérance. Zu- » nilda est moins excusable que les ha- )) bitans des grandes villes , où la coquet- » terie est le fruit et le but des regards. » Ici , point d'hommages , point de rivalité , » de concurrence entre femmes. Deux hom- » mes seuls , dont l'un est séduit; l'autre )) qui feint de le paraître. Eh bien ! voilà y) notre petite tête partie ! Quel sexe !

y) fjuelle faiblesse ! J'ai dit hier au

» soir à noire coquette des montagnes

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» ( c'est ainsi qu'il l'appelait ) , que rie» » n'allait mieux à sa figure que les lîluets. » Dès l'aurore , elle en dégarnisait la prai- » rie. Je l'ai -vu de loin les tresser. Je parie » qu'elle va venir à notre réunion , toute » parée de ces fleurs ». Il parlait encore , il se retourne , et voit Zunilda accourir à lui avec une couronne , mais elle était de roses. Zunilda portait à son bras un grand panier qui en était rempli. Flor- "vel fut d'abord surpris. Que pensa-t-il en écoutant Zunilda , qui, toute confiante, lui dit ingénuement : (( Mon ami , nous » nous étions trompés , les roses me vont » mieux que les bluets. Elerz me l'a dit ; » j'ai jeté bien vite tous les barbeaux. N'esl- » il pas vrai que j'ai bien fait ? vous au- » riez été fâché que , devant vous , il eût » dit que cela ne lui plaisait pas , tandis » que j'ai, taijt de confiance en votre goût , 9 et que vous êtes assez bon pour m'avertir w de tout ce qui peut m'embellir à ses yeux. » Le moment de notre repas s'approche , ï) je désire que toutes ces guirlandes soient

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» finies avant , pour m'en parer. Aidez-moi, » vous jouirez du plaisir que j'aurai à por- » ter les couleurs qu'il préfère ».

Florvel , déjoué par cette naïveté à laquelle il ne s'attendait pas , ne sut que répondre : il prit , d'un air distrait , quelques fleurs qu'il entrelaça. Bientôt après , sons un prétexte quelconque , il s'éloigna de Zunilda , qu'il laissa seule achever ses guirlandes. En la quittant , il suivit tout pensif le premier sentier qu'il trouva. Ses réflexions lui découvrirent d'abord que son amour-propre était humilié ; cette pensée le choqua , mais il l'eût bientôt éloignée, La vanité a tant de refuges ! « Il était natu- )) rel , se disait Florvel , que Zunilda , avec » ses idées communes, son peu de tact, » tînt aveuglément à son petit montagnard, » Avant d'être en état de choisir , il faut que » le goût soit formé. — Mais , ajoutait-il , » unechose assez neuve, c'est que la vanité , >^ qui est innée chez les femmes , n'ait pas 3) plus de prise sur cette âme simple ; elle » aurait dû s'en emparer davantage , l'at- )) tirer vers celui qui lui prodiguait tant

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w de louanges , exprimées d'une manière » qui lui est inconnue. Au lieu de l'eni- » vrer d'aniour-propre , cet encens ne lui )î plaisait qu'en lui indiquant ce qui devait » plaire à son Elerz. Voilà vraiment un » petit plicnomène ».

Florvel, tout en réfléchissant, marchait toujours. Il se trouva fort loin de la maison, % et pensant sans cesse à Zunilda. ce J'y suis » résolu , s'écria-t-il tout à coup , prenons » un moyen différent ; j'avais tort. Une » femme loin de tous les regards a peu d'or- » gueil; elle n'a , comme tout son sexe, » qu'une vanité d'instinct trop faible pour » combattre l'amour. 11 faut feindre de l'ai- » mer, voilà le moyen auquel rien ne ré- » siste dans les villes, dans les campagnes ,

» sur les trônes et dans les chaumières

» Retournons près de Zunilda, et affectons ji une douleur secrète ».

On était inquiet de Florvel; l'heure du premierrepas était passée depuis long-temps. 11 arrive préoccupé, pensif... C'est Elerz qui s'aperçoit le premier de sa feinte mélancolie, Zunilda ne lui parle que de la paruro

de roses, que son amant a trouvée charmante.

Florvel, sans lui répondre , paraît toujours distrait; il prononce à peine des mots coupés et sans suite, de ces mots qui souvent avaient si bien réussi près des femmes ; mais ils perdent entièrement leur effet avec Znnilda.

Elerz , sensible à la peine de Florvel , en avertit sa maîtresse, qui, ne pouvant jamais être émue que par de bons sentimens, passe subitement de la gaieté à l'inquiétude. Florvel l'observe; il en jouit en secret; mais cependantce mouvement n'est pas venu d'elle, c'est Elerz qui l'a provoqué. Les deux amans l'interrogent; il ne leur répond que vaguement, et s'éloigne.

<( Qu'importe, se dit-il à lui-même, que » cette première idée de ma peine lui soit » venue par Elerz? La voilà tourmentée; » elle cherche , elle réfléchit. Elle devinera )) que je l'aime, et dès-lors elle se gardera

)) bien de le dire à son amant Première

» manque de confiance en lui ; premier » tort , premier pas vers un secret entre

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» nous deux, ignoré d'Elerz; premier degré » d'espérance pour moi. Ou bien elle ne y) comprendra pas ce que je veux qu'elle yi^ croie ; dès-lors je saurai le moment de 33 l'en instruire ».

Zunilda et Elerz n'étaient pas sans inquiétude sur Florvel, qui venait de les quitter si tristement.

<( Que ne donnerais-je pas pour savoir )) ce qui le tourmente , disait Elerz ? Qui » de nousdeuxle découvrira? Toi, répond- 3) elle, tu as déjà l'avantage; tu as su voir )) avant moi qu'il souffrait. Peut-être, re- 3) prend Elerz, il regrette la France; peut- 33 être y a-t-il laissé celle à qui il a donné sa

33 foi Oh! non; s'il aimait, il n'aurait pas

)) quitté sa patrie! Tiens, reprend Ziuiilda , 33 le voilà qui écrit. Tant mieux , cette oc- )3 cupation qui va le distraire sera peut-être y> un adoucissement pour lui ».

Ainsi ces aimables hôtes ne s'occupaient que de vœux pour son bonheur; et le coupable Florvel ne répondait à des intentions si pures que par des projets criminels qui devaient amener tant de maux. Ce qu'il écri-

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Vait n'était autre chose qu'une chanson faite sur un air de montagne qui plaisait à Zunilda, Florvel y peignait un tourment secret qu'il n'expHquait pas.

Voici la traduction de cette romance qu'il avait faite en langue suédoise , imitant la simplicité des chansons du pays.

Je sens en moi naîti'e un tourment ; Mais cependant , quoiqu'il m'agite , C'est en secret , si doucement , Que je tremble qu'il ne me quitte.

Quand je suis seul , il est plus fort ; Et depuis cette inquiétude , En in'abandonnant à mon sort.

J'aime encore plus la solitude.

Peut-être est-ce là le secret ; Et faut-il , quand on nous destine A ressentir bonheur parfait , Souflrir uq peu , je le devine.

Il laissa, comme par hasard, cette chanson à la place qu'il quittait , et s'éloigna. Pendant qu'Elerz, inquiet , le suit, Zunilda volt de loin le papier; elle le ramasse et le lit. Cette chanson tendre et mélancolique

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la charme j elle la relit mille fois. Cependant Elerz veut en vain suivre Florvol. Celui-ci le rassure , lui dit qu'il a liesoin de solitude. Elerz n'insiste pas , et se retire.

On juge avec quelle rapidité Fiorvel courut à la place où il avait laissé sa chanson. Il ne la voit plus • quel bonheur ! Zunilda l'a trouvée , sans doute. Peut-être en ce moment elle la lit ; elle devine le sens caché de ses paroles. Ces paroles sont sur un air aimé. Zunilda la chante indubitablement.

Les sons touclians de sa propre voix , unis à des expressions amoureuses, peuvent porter dans son âme une douce langueur dont il profitera. Quelle heureuse idée ! que d'espoir ! Mais où est-elle ? Le moment est favorable : c'est celui qu'Elerz choisit pour la chasse. Zunilda est seule , elle n'aura pas voulu abandonner son ami à la douleur qu'il feint d'éprouver. Où la trouver ? Il parcourt la vallée , cherche dans les bois voisins de la maison ; enfin , fatigué de ses recherches ,il entre , arrive au bosquet du

Jardin Il n'a pas lait quelques pas , qu'il

entend les accens de Zunilda ; il se cache ,

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îî s'approche doucement. C'est assez pour lui de l'entendre ^ a-t-il besoin Je la voir ? Elle chantait le premier couplet de sa chanson. Quelle douce émotion il éprouve! Zunilda mettait une expression si tendre à son chant ! (c — Eh quoi ! se dit-il , serais-je

» donc vraiment amoureux? ^on ,

» non, rassurons-nous; ma tête seule est 35 enflammée ; hasardons tout , chantons :» l'autre couplet.... Si Zunilda répond par y) le troisième, plus de doute, elle m'a de- » viné. L'accent de sa voix , en chantant

» mes paroles , est tout en ma faveur »

Sans «se montrer , il chante; sa voix était agréable; à un goiit naturel, il joignait beaucoup d'art. Jamais , peul-étre , il n'avait tiré de ses talens un parti plus brillant.... Il a fini déchanter. Il se fait un silence profond Avec quelle agitation il

en compte la durée ! comme elle lui paraît longue! va-t-on lui répondre? 11 écoute.... Toutes ses facultés sont suspendues; tout est eu repos; l'air est calme, le feuillage sans mouvement Enfin , la bouche de Zunilda vient de s'ouvrir. Le premier son de ÏI. 20

C;o6 li E S FEMME S.

sa voix tendre vient frapper à la fois l'oreille et le cœur de ï lorvel. C'est le dernier couplet j c'est le plus expressif par la mélancolie qui l'a dicté. Les sons de Zunildasenii)lent disputer de charmes avec la tendre simplicité des paroles Florvel , au comble du bonheur , n'est plus maître de lui \ il est au moment de se jeter aux pieds de Zunilda.... Mais il est arrêté par ces paroles. (( Approche - toi , dit - elle , viens , » viens encore plus près de moi : si j'ai » mieux chanté ce couplet , c'est que w je te voyais près de moi ; ton regard >) animait mes chants. Viens , mon-Elerz, » ma voix calme les peines de notre ami, » je chanterai mieux , pressée contre ton

n sein Puisque cette chanson fait du

)) bien à Florvel , et qu'il mêle avec plaiw sir sa voix à la mienne , il faut la ré- )) péter )).

Je ne chercherai pas à peindre ce qui se passa dans l'âme de Florvel. Le dépit et la rase de s'être si cruellement trompé s'emparèrent de lui. Zunilda recommença la chanson. On juge s'il l'entendit, s'il fut

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tenté d'y répondre. Rien ne pouvait l'arracher de la place oi^i il soulFrait tant ; il semblait y être attaché. Par un mouvement involontaire, il voulut voir les deux amans. Il dérangea les branches avec vivacité , pour se donner ce douloureux spectacle. Mais prenant à peine le temps de les apercevoir , il se leva tout à coup , et courut se renfermer chez lui. Pour augmenter son humeur , Florvel trouve dans l'escalier les débris des barbeaux de Zunilda. L'on remarquait qu'elle avait affecté de les fouler à ses pieds.

Il semblait que tout se réunîtpour humilier l'amour-propre de Florvel.

Il veut dessiner • il s'approche de la fenêtre pour saisir quelque site agréable. Le premier objet qui frappe sa vue est le bosquet d'où il sort. Il ferme brusquement le volet; son crayon tombe, se brise; il ])reiid un livre ; mais il n'entend pas ce qu'il lit.

Cependant les deux amans se lèvent , s'approchent de l'endroit où ils croyaient voir Florvel ; ils lé cherchent inuliloment. 20.

5o8 LES FEMMES.

Enfermé chez lui , il s'agitait , il se promenait à grands pas. ce Quel est donc le y> rôle que je joue , se disait-il ? Eh quoi ! » une jeune personne sans art , sans usa- M ge, une simple habitante de ces vai- » lées m'occupe , me résiste ! Je descends , » pour lui plaire , au point de me mettre » en rivalité passagère avec ce jeune Elerz , y) un montagnard sans charmes , sans )) moyens , et il est préféré I Je m'humilie » moi-même en daignant faire des efforts

)) pour l'emporter sur un tel rival! C'en

)) est assez; partons. Eloignons-nous, aban- )) donnons ces contrées et ce genre de vie )) indigne de moi; laissons ces deux êtres à )) ce qu'ils appellent leur bonheur. Cette )) Zunilda vaut-elle les soins que je dai- » gne lui rendre ? Peut - elle m'entcndre j) enfm? a-t-elle rien de ce qu'il faut pour » répondre à mon goût , à mon esprit , à )) mon langage? Elle n'a pu que me tenter )>-tm moment , dans le désœuvrement de » cette solitude. Si je le voulais bien , il ne » tiendrait qu'à moi.... Dès-lors ma ven- >; geancc serait terrible 3 mais je sens bien

LES FEMMES. 3og:

)) qu'elle n'a pas fait la plus légère iœpres- » sion sur mon cœur )),

Ainsi Florvel croyait ne sentir que le» blessures de son amour-propre. Trop orgueilleux pour s'aYancerj vaincu par Elerz ^ et subjugué par Zunilda, Florvel marchait d'erreurs en erreurs , et ne connaissait pa* la véritable situation de son âme. 11 sort pour avertir les deux amans que , dès le lendemain , il les quitte , et que des affaires le rappellent. Il rencontre Elerz. a Yoiis » voilà donc , Florvel ! Comme vous noTis » avez inquiétés! Ma Zunilda vous chercîiQ y) de son côté ; nous ne sentons point no- » tre bonheur , quand nous vous voyons J) du chagrin , et que nous en ignorons » la cause. Je viens vous apprendre une cho- )> se qui peut-être vous distraira de votre y) mélancolie. C'est dans huit jours l'anni- » versaire de la naissance de Zunilda. Nous y> la fêterons. Les habitans du bourg vien- » dront nous aiderj ils aiment tant Zunilda! » c'est à qui le lui témoignera ; vous join- )> drez vos soins aux nôtres. IN'cst-il point » vrai qu'Elerz est le plus heureux de tous?

5lO I. E s FEMMES,

» Elle n'a pas , comme les dames des viiîea )) dont nous avons parlé, des grâces rcchery) chées , de belles parures ; mais moi ^ » voyez-vous , mon ami , je ne lui désire » rien ; et vous, je connais votre cœur , » vous connaissez le sien, sabonté. Oui, X) je suis sûr que vous l'aimez presqu'autant )) que je l'aime.... »

Ce disconrs d'Elerz change à l'instant les projets de Florvel. <c Je voulais partir, dit- :» il- mais je vous dois trop à tous deux, pour 55 m'ëlolgner en ce moment. Je mêlerai mes » vœux à ceux de tout le canton pour l'ai- 55 mable Zunilda.

55 Quoi! nous quitter, reprend Elerz! à 35 peine trois mois se sont écoulés depuis )) qu'un sort heureux vous a conduit ici. 55 Après avoir habité quelque temps en- )) semble , on s'attache. Pourriez-vous vous 55 éloigner, sans avoir été témoin du bou- 55 heur que j'attends? Moi, je le sens , 55 pour le bien goûter, j'ai besoin de votre j) présence 55,

Florvel répondit avec plus d'embarras que de tendresse à ce bon mouvement de l'âme

LES F E:\IM ES. Jil

d'Elerz, et le quiUa. On ne le vit pas le lesle delà journée j même tont le lendemain, il fut absent. Elerz apprit qu'il était allé au bourg d'Hédémona. IN'ayant rien trouvé de ce qu'il cherchait dans ce heu pour les offrandes qu'il j)réparait, il avait dépéché son valet à Stockholm j pour lui,ilne revint que le soir à la vallée. Huit jours se passèrent, pendant lesquels il affecta la même mélancolie. Enfin arriva le jour de la fête pour lu naissance de Zunilda. Dès l'aube du jour, la vallée retentit des sons des musettes, des hautbois de tous les pâtres qui descendaient de la montagne. Ce fut à ces sons répétés par les échos que Zunilda s'évcilîa. En se levant, elle choisit le chapeau de la paille la plus brillante, pour couvrir ses cheveux noirs comme le jais, et tressés en mille nattes, dont quelques-unes s' échappant retomljaient sur ses épaules. Une corbeille de fleurs était suspendue à sa fenêtre; elle la prit avec empressement, trouva un bouquet et une couronne de roses blanches, mêlée de quelques bluels et de pensées. Ce ne fut qu'en les touchant que Zunilda s'aperçut que ces fleurs étaient

3l2 LES FEMME S.

artificielles. A la couronne était attache un ruban sur lequel elle lut : Cesjleurs ne se fanent point j ne méprisez pas Fart, il l'emporte quelquefois sur la nature. Zunilda examinait ces fleurs , et ne concevait pas, en les trouvant si jolies, qu'elles n'eussent point d'odeur. Tout cela était aussi étrange pour elle, que les pensées de Florvel. Par un instinct secret, la couronne, le bouquet de Florvel lui représentaient moins un ornement qu'un objet de curiosité. Elle ne songea pas à s'en parer. Bientôt sa porte s'ouvrit. Elerz vint à la tête d'un groupe de jeunes garçons et de jeunes filles, qui apportaient tous leurs présens. L'un tenait un panier de joncs, l'autre un agneau, l'autre ua chevreau blanc, les autres des tourterelles privées. Elerz n'avaitpu trouver de fleurs, à cause de la saison avancée. 11 apportait une branche d'un arbrisseau des montagnes, couverte d'un petit fruit rose et blanc qui , sans avoir la fraîcheur des fleurs , en remplaçait l'éclat. Il brisa la branche en deux parties inégales : la plus grande devint le bouquet de Zunildaj la plus petite, l'aigrette de soa

chapeau. Il attacha lui-même cette simple parure qui , s'opposant par ses reflets à la blancheur de son teint, à la sombre couleur de son deuil, formait un ensemble charmant.

Zunilda, belle comme le jour, fraîche comme la rosée, embrassait toutes ses compagnes, serrait avec franchise et candeur la main des jeunes compagnons d'Elerz , recevait leurs présens. Tout à coup elle se rappelle sa corbeille, son bouquet, la couronne de fleurs artificielles : elle les montre aux jeunes filles, leur explique que ces fleurs ne se fanent point ^ c'est la seule chose qu'elle avait comprise. L'étonnement est général : la couronne, le bouquet passent de mains en mains, c'est à qui les admirera, les enviera. Plus une chose a de prix, moins Zunilda semble y tenir. Elle prend la couronne, elle effeuille, dénoue le bouquet, et partage tous ses débris entre toutes ses compagnes. Florvel arrive en ce moment. H avait vu de loin Zunilda détacher la corbeille de sa fenêtre : il venait jouir de l'effet de ses soins : il se flattait de voir sa couronne or-

5l4 IjT.S F EMIMES.

ner cette tète charmante, son bouquet approcher du sein de Zunilda.. . Mais quel spectacle pour lui! Mille mains se partagent ses présens. Pour comble de peines, personne ne s'abuse sur l'auteur de ses dons; on le reconnaît, on le félicite, on le vante; chaque jeune fille qui possède une fleur, une feuille, le remercie, comme si elle lui devait de la reconnaissance. 11 est encore forcé de se contraindre et de cacher l'excès de son dépit. Zunilda, toujours bonne et naturelle, trouve si simple d'avoir donné ce qui lui appartient, qu'elle croit que Florvel jouit comme elle de l'usage qu'elle a fait de ses fleurs. Elle est bien loin de songer à lui en faire la moindre excuse; elle ne lui parle que du plaisir que son présent fait à toutes ses compagnes, et lui demande si la parure (pi'Elerz vient de lui donner lui sied bien. C'était le mettre à une trop cruelle épreuve. 11 répond à peine par un compliment dont lui seul sent toute la maladresse.

Mais h'S sous de la musi(jue champêtre avertissent qu'on est rassemblé. On sort de la maison. Zunilda s'appuie sur le bras

LES FEMMES. 5l5

d'Elerz. Toules les jeunes filles pien lient chacune la main d'un ami, d'un frère , d'un amant. Florvel est seul et suit en silence. Sorti le dernier , il aperçoit la corbeille élégante , dans laquelle il avait placé la

couronne et le bouquet Il la saisit,

la met en pièces , et rejoint tristement la troupe pastorale , sans être même en état de jouir du spectacle qui va frapper ses yeux.

Toute la plaine est peuplée par les habi7 tans du bourg et des villages environnans. Mille groupes différens s'offrent aux yeux. Les uns , assis aux pieds des arbres , font un repas auquel la gaieté préside. Sur leur tête , des enfans se jouant dans les branches , cueillent des fruits , et les jettent aux convives, qui se disputent d'adresse pour les saisir les premiers. Plus loin, de jeunes filles . se livrent au plaisir de la course. La rapidité de leurs pas, la légèreté de leurs habits qui voltigent , tout se réunit pour dessiner un joli tableau. Ici , des jeunes gens tirent de l'arc, des groupes nombreux fixent leurs regards sur le prix. D'autres accourent

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avec empressement , dans la crainte de ne pas arriver avant le départ de la flèche rapide ; près du but est le char des moissons , oisif le jour de la fête. Tout est livré par la confiance à la bonne foi publique. Cette utile voiture portait hier les trésors de la terre j aujourd'hui elle sert d'amphithéâtre aux habitans curieux du spectacle. L'un est sur les roues j les autres sur le timon 5 un plus agile est en équilibre sur la traverse la plus élevée j son pied pose sur la place glissante que la main du laboureur saisit pour y poser les dernières gerbes. 11 ne s'y soutient qu'un instant , il saute à terre; un autre essaie en vain de le remplacer. C'est un mouvement rapide et continuel , et le spectateur , par sa curiosité , devient un spectacle lui-même. Mais le bruit cesse. Un calme religieux remplace la gaieté. Le ministre paraît. 11 s'approche de Zunilda ; il la prend par la main. A ce signal, les hommes et les femmes se séparent. Ils marchent en silence sur deux colonnes vers le Bois des Naissances. C'est un lieu destiné par un antique usage à réunir tous

li E s FEMMES. Siy

les arbres consacrés par la naissance de 'chaque enfant qui vient augmenter les familles. Ce bois est dans le vallon , entre deux montagnes. L'abord en est difficile; les montagnes se resserrant ne laissent qu'un étroit passage; mais bientôt la scène s'ouvre , et laisse voir un bois étendu que divise en deux parties égales un large ruisseau qui descend des rochers. D'un côté s'élève le bois des femmes ; sur l'autre rive est celui des hommes ; tantôt rapide , tantôt arrêté dans son cours , ce ruisseau semble être le fleuve de la vie.

Les bons Dalécarliens sont trop simples pour avoir pensé à cette image. Le hasard seul leur a fait choisir ce lieu. Un père qui reçoit du ciel un enfant désiré, plante un mélèse sur la rive droite du ruisseau , si c'est un garçon ; un cèdre sur la rive gauche , si c'est une fille. Quand le sort frappe l'enfant dont cet arbre a marqué la naissance , 1^ famille se rassemble , vient arracher et briser l'arbre. Elle en enferme les débris dans la tombe de l'enfant. Les racines seules sont séchées au feu , qu'on allume

5l8 liES FEMMES.

avec les branches du même arbre • ensuite elles sont conservées comme un tendre souvenir dans l'intérieur de leur maison. Tous les ans , à l'anniversaire de* la naissance , les parens se réunissent encore. Zunilda n'en a pins. Elle n'a pour famille qu'Elerz et tous les habitans de la vallée , dont l'estime et la tendresse lui ont fait presque des parens. On approche des montagnes 5 les deux colonnes d'hommes et de femmes se rejoignent dans le passage étroit qui conduit au Bois des Naissances. On arrive sur deux points différens , où les colonnes se séparent encore et franchissent le ruisseau. Bientôt un cèdre jeune , mais déjà majestueux , s'offre aux regards. On l'entoure. C'est l'arbre de Zunilda. 11 est en pleine sève , ses rameaux se déploient avec élégance. Elerz a hérité du droit de le cultiver, depuis qu'elle a perdu son père, et qu'elle a promis sa main à son amant. Une haie que lui-même a plantée préservje l'arbre de toute attaque , de tout accident imprévu. 11 ne se passe pas de jour qu'Elerz ne vienne l'admirer, le soigner. Mais, en ce

XES FEMMES. Sig

moment , avec quelle tendre vénération il s'en approche ! Tous les liabitans restent à une distance indiquée. Zunilda seule , noble , décente , appuyée religieusement sur le cèdre , pose une main sur le bras du saint ministre qui chante un cantique répété par tous les assistons. Elerz apporte au prêtre un vase rempli d'eau la plus pure 5 il y mêle quelques gouttes de lait , effeuille dans cette onde une fleur des champs , en attachant un regard tendre sur Zunilda. Alors le ministre fait le tour du cèdre , arrose également ses racines ; puis , élevant sa voix et ses bras vers le ciel , il prononce cette prière.

(c O ciel! prolonge les jours de Zunilda! » protège une vie qu'elle consacre au fidèle 35 ami qu'elle a choisi pour son époux! Que i) cet arbre aimé, toujours plein de la sève y> qui le vivifie , soit le symbole des jours )) fortunés de Zunilda!

» JNous t'off'rons tous nos vœux pour le M bonheur d'Elerz et de Zunilda. Nous les » recommandons tous deux à ta bonté. Pu- » nis quiconque pourrait nuire à leur féli-

)) cité, jeter le moindre trouble sur leur vie. 3) Puisse-t-il en être seul la victime , et voir y> retomber sur lui les maux qu'il aurait vou- » lu leur causer ! »

Florvel s'était approché de l'arbre , et paraissait plongé dans la rêverie. Les dernières paroles du ministre l'en tirèrent tout à coup. Il ne put les entendre sans frémir, et se mêla dans la foule , pour cacher le trouble qui l'agitait.

La cérémonie se termine. On sort du bois. A peine est-on rentré dans la vallée , que la joie recommence. Les jeux , les danses se renouvellent • tout s'anime , tout se livre à la franche allégresse. Zunilda s'est assise sur un banc de gazon. Elerz est à ses pieds.

€< Quel jour pour moi ! ma Zunilda , lui ^ dit -il , en serrant ses mains dans les » siennes ! Vingt fois , les arbres ont re- » fleuri , depuis l'instant où le ciel fit préy> sent de Zunilda à la terre et à moi. Je )) le bénis. Je n'aime ce jour que pour toi , » mon Elerz, reprit Zunilda. Tant que ces » arbres , dont tu parles , refleuriront ,

» ta

» tu me verras toujours la même , tu es » toujours présent à ma pensée. Ton être » se confond si bien avec le mien, que je » ne peux plus les distinguer.

» Ma Zunilda , quand le ministre arrosait » tout à l'heure les racines de cet arbre , » as-tu vu mes yeux? Mes larmes coulaient ; )) mais elles étaient douces. — Ah ! sans » le respect pour la prière , j'aurais couru » les essuyer , et te presser dans mes bras ! » — Et tout en parlant des larmes d'Elerz , tous deux en répandaient encore.

En ce moment , où était Florvel ? Le souvenir des paroles du ministre le troublait 5 mais pourtant il n'abandonnait pas .son dessein. Les projets de l'amour-propre sont les plus difficiles à détruire , surtout dans une âme endurcie, guidée seulement par les passions froides qui dominent, sans enflammer.

Une troupe de jeunes filles venait de séparer Zunilda d'Elerz , et de l'entraîner à la danse. Le tambourin , les musettes , par des airs gais et d'une mesure rapide , enlevaient tous les danseurs et les danseuses

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