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qui , par leur légèreté , ne semblaient toucher à terre , que pour reprendre un nouvel essor. Tout à coup , une explosion violente se fait entendre. Tambourin , musette , danseur , tout s'arrête à la fois ; les oreilles sont attentives ; les corps se penchent du
côté d'où vient le bruit. Mais il a cessé
La musique et la danse recommencent avec plus de vivacité. Un second coup part , plus fort que le premier , et suspend encore les plaisirs. Alors Florvel dit d'un air mystérieux à Zunilda : les deux coups sont partis de ce petit bois , il faut nous en approcher Oui, reprend Elcrz , allons. Mais que la musique nous accompagne. Aussitôt les instrumens se réunissent, ouvrent la marche , et la troupe joyeuse les suit , en chantant les rondes du pays. On arrive à l'entrée du bois. Zunilda trouve sous une tente un repas aussi magnifique que le lieu pouvait le permettre. Tous les arbres voisins étaient ornés de guirlandes et chargés de devises galantes, et de vers à la louange de Zunilda. Florvel fait asseoir Zunilda à table , avec
ses compagnes les plus chéries. Il se place auprès d'elle. Elle lisait beaucoup de devises sans les comprendre ; mais il les lui expliquait , autant qu il le pouvait , devant Elerz. Voyant qu'elle a de la peine à saisir le sens de ses pensées , il hasarde de saisir sous la table une des mains de Zunilda. Elle , pleine d'innocence , n'y comprend rien , lève ses beaux yeux , croit qu'il Faverlit de regarder les devises. Il ose encore serrer sa main avec un regard plus expressif. Il n'en est' pas mieux entendu. Zunilda laissait toujours avec candeur sa main dans la sienne.
Florvel 5 désespérant de se rendre intelligible , n'ose plus faire la même tentative.
Tous les habilans étonnés s'avançaient tour à tour, entouraient la table. Mais bientôt ennuyés de ce froid spectacle , ils emmènent les instrumens et reprennent leur danse à l'entrée du bois,
Zunilda dans l'élan d'une gaieté si naturelle, si simple pour son âge , se lève , prend la main d'Elerz , et court à la danse , suivie de toutes ses compagnes.
Le soir approchait ; le galant Français n'avait pas voulu que la fête se terminât avec le jour. Des fossés avaient été creusés en difFérens endroits derrière des groupes d'arbres. On les avait remplis de matières destinées à produire des feux , dont la flamme cachée devait porter une douce réverbération sur les arbres.
Florvel hésitait , par humeur et dépit , s'il offrirait ce dernier bouquet à Zunilda. Cependant tous les préparatifs étant faits, il se décide ; il donne le signal. A l'instant, tout le bois et une partie de la plaine qui l'environne sont éclairés subitement. Le soleil ayant disparu , la danse finissait. Florvel avait voulu joindre un plaisir à un autre; mais il est toujours malheureux. N'ayant mis dans sa confidence que quelques travailleurs, tous les habitans et les danseurs , à l'aspect de cette flamme soudaine, ne doutent pas que le feu ne soit au bois , et dans les habitations semées sur la plaine. Elerz etZlmilda sont saisis du même effroi ; ils se précipitent de tous côtés. Un son d'alarme est répété dans les villages. On accourt ; le
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trouble est général. En vain Florvel et ses agens courent partout pour rassurer les habitans ; en vain s'écrient-ils que c'est une fête , et non un incendie : les uns ne les entendent pas , les autres les croient en démence. La tente, les guirlandes, les devises, tout est culbuté. Enfin, au bout de quelques heures, le feu est étouffé. Chacun encore effrayé regagne sa demeure. Florvel enfin parvient à se faire entendre d'Elerz et de Zunilda , à persuader que ce qu'il avait préparé devait être charmant.
Rien ne réussissait à Florvel. Cet état d'incertitude secrète l'agi tait sans cesse. Peutêtre en était-il au point de ne pas oser descendre dans son cœur. Absorbé dans ses doutes et ses rêveries, il entre le matin chez Zunilda , et la trouve toute en larmes. Le bon Elerz , à ses pieds , cherchait à la consoler.
La guerre venait de se déclarer entré la Snède et la Russie. On faisait des levées d'hommes. Deux jours après, Elerz allait être obligé de tirer au sort dans le bourg voisin.
(( Calme-toi, ma Zunilda, disait-il; peut- )) être le sort ne tombera pas sur moi; mais y) s'il faut partir, j'irai défendre ma patrie; 7) je veux me distinguer , pour me rendre » plus digne de ma Zunilda. Sans doute en » te quittant , mon cœur souffrira ; mais , :» dans cette infortune, c'est un adoucisse- » ment de songer que je laisse près de toi y) un ami sûr et fidèle. Si jamais Florvel eut )) quelque attachement pour nous , voilà » l'instantde nous le prouver, en me jurant )) qu'il ne te quittera pas , jusqu'à mon re- » tour ».
On connaît à présent Elerz et Florvel ; on juge de ce qui se passait alors dans l'âme de chacun d'eux. Rien n'attendrissait ce dernier, ni la confiance touchante d'Elerz , ni les larmes a mères de sa maîtresse. Une secrète joie s'empara de son âme , en voyant qu'il allait peut-être se voir délivré d'un rival dangereux. Le but coupable du corrupteur l'emportait encore sur les désirs de l'homme amoureux.
Elerz partit , il s'arracha des bras de Zunilda ; il embrassa Florvel avec une cordia-
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litë bien opposée aux sentiraens secrets de son rival. Celui-ci, se sentant pressé dans les bras de l'ami qu'il voulait trahir , éprouva un mouvement involontaire ; mais qui tenait plus à l'embarras qu'au remords.
Quatre jours devaient décider du sort d'Elerz. Si Florvel eût été sûr de son départ pour l'armée , vraisemblablement il n'eût pas fait l'essai des derniers moyens pour corrompre Zunilda ; mais aimant mieux ne rien livrer au hasard , il résolut de tout tenter pendant les moraens d'absence, peut-être les seuls qui lui restaient.
Dans un lieu solitaire , au fond d'un bois où tout respiiait le calme et la paix , il fait construire à la hâte une cabane j il en orne l'intérieur à grands frais , avec toutes les choses élégantes que son imagination invente , et que le lieu peut lui fournir.
Le peu de fleurs qui restent encore sont enlevées au loin dans les campagnes. On les
distribue dans la cabane , en bouquets , en guirlandes , en festons.
Florvel ne quittait point Zunilda. Confiante , elle recevait sans peine tous les soins qu'il lui prodiguait pour distraire sa douleur. Le prétexte simple de la part qu'il y prenait , l'autorisait à mettre auprès d'elle plus de chaleur et d'expression dans ses discours. Les âmes pures sont celles cpii se livrent aisément à la consolation qu'on leur offre.
Florvel propose à Zunilda de sortir. La soirée était belle , le temps calme et serein. Zunilda suit Florvel , en s'appuyanl sur son bras.
Après quelques détours , ils arrivent à la cabane. Zunilda reconnaît la galanterie de Florvel , et l'en remercie ; elle examine avec plus de complaisance que de plaisir tous les détails de cette retraite. 11 la fait asseoir , se place auprès d'elle ; il prend une guitare , et chante des paroles analogues à sa situation.