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considération dont elles jouissent. Mais aussitôt qu'elles commettent la moindre faute apparente, et qu'elles sont moins bien vues dans le monde, elles la commettent alors toute entière, et devant perdre d'un côté , pour ne pas être tout-à-fait heureuses de l'autre , elles aiment mieux opter que de concilier tons les deux. Rien n'est si rare que ces intrigues long-temps secrètes, et qui cessentsouvent avant d'avoir été connues; ce qui pourrait cependant se voir en France , si les femmes étaient moins légères et les hommes moins indiscrets. D'après les mœurs anglaises , cela devrait arriver souvent , et cependant on en remarque peu d'exemples; la contrainte les fait bientôt éclater. Une femme fait tout ce qu'elle peut pour résister; elle sait que le bonheur de toute sa vie tient à refuser le bonheur d'un moment. Mais quand tous ses efforts ont été superilus , elle s'abandonne au sentiment sans lequel elle ne peut plus vivre , et renonce au monde <ju'elle ne peut plus ménager. Il est rare que , lorsque Famour a été cause d'une pareille démarche , riiomme qui

l'a fait commettre ne s'empresse de la réparer et n'épouse la femme qu'il a séduite, et cpiï , sans lui , serait toujours malheureuse, lis vont alors vivre ensemble à la campagne , et se tenir lieu de tout. C'est ce qui arriva à M. de Biron. Une personne à laquelle il avait cherché à plaire lui avoua , après quelque temps , qu'elle ne pouvait plus lui résister , et lui fit la proposition de s'enfuir avec lui dans un village d'Ecosse 5 pour y vivre heureux le reste de leurs jours, lient toutes les peines du monde à éviter cet excès de bonheur.

H me reste à parler des peuples du Nord. Chez eux , dans les temps les plus reculés , le sort des femmes paraît avoir été beaucoup plus doux que dans les autres pays. En Suède , elles ont toujours joui de la plus grande considération. Autrefois même leurs faveurs paraissaient être la seule récompense diijne de la valeur.

Les mœurs s'étant policées , leur sort n'a pu qn'y gagner. Comme les couvens n'y sont })as connus , les jeunes Suédoises sont communément élevées sous les yeux de

leurs parens , soit par une gouvernante française, soit par une autre qui sait cette langue. Quelques pensions s'y sont formées j mais les premières familles en font peu d'usage , et lorsqu'elles y placent de Jeunes personnes , elles les en retirent de bonne heure pour les élever sous leurs yeux. Habituées de bonne heure au monde par ce moyen , vivant avec décence , mais avec liberté au milieu des jeunes gens de leur état, c'est toujours leur inclination qui décide de leur mariage.

Chez le peuple même, la simplicité des mœurs produit toujours de bons ménages.

Les femmes dirigeant toute l'économie domestique , on y voit rarement de ces rixes assez communes chez d'autres peuples , qui finissent par diviser les familles. Au reste , je ne m'arrête point sur cette réflexion ; quand on observe dans quelque pays que ce soit , ce n'est jamais la dernière classe de la société qu'il faut regarder. Les mœurs n'existent qu'où l'éducation commence.

Sous Gustave, dernier roi de Suède, assassiné au miUeu de sa cour, les mœurs pri-

rent une teinte chevaleresque qui tenait j)lus au goût particulier de ce monarque qu'au véritable caractère de la nation. 11 voulut mêler à la simplicité suédoise une sorte d'élégance française que le climat semble repousser, et à laquelle la pauvreté du pays ne convenait nullement. En effet, il y avait une contradiction manifeste entre ce désir d'élégance et la rigueur des lois qui bannissaient le luxe, et défendaient de porter de Tor et de l'argent sur les habits. Les intentions brillantes de Gustave appelaient une magnificence commandée par ces mœurs nouvelles , et défendue par la sagesse des lois. Les femmes qui, dans tout le Nord, ont un désir de parure au moins égal à celui de nos- Françaises, cherchèrent à faire oublier, par la grâce des formes et le goût des habits , l'absence forcée de la magnificence. Mais c'est là le cas de rappeler ce que j'ai dit plus haut : l'extrême simplicité dans l'élégance même n'appartient qu'aux campagnes; le trône et la cour veulent être entouréjr d'éclat.

Pendant le règne trop court de Gustave ..

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la galanterie semlila s'intiodiilre • maïs rr gm*it d'héroïsme, de chevalerie, ces bals, ces tournois, tout ce cadre aimable dans lequel les femmes se plaisent parce qn'il leur sied si bien , semblait n'exister que par la main qui l'avait placé. Il se brisa à la mort du monarque le pins regrctta])lc. Comme il ne tenait pas essentiellement aux mœurs, au goût du pajs, ces débris se dispersèrent promptement sans pouvoir se réunir; et , comme ces plantes étrangères et transportées loin de leur sol naturel , qui périssent aisément, tout ce beau prestige s'éteignit, et ne laissa que d'aimables souvenirs.

Exceptez-en quelques circonstances, les femmes , qni cependant ne sont point exclues du trône, ont eu fort peu d'influence en Suède sur les intérêts politiques. C'est ici le cas de rapporter le peu de mots de Charles XI à Sfi femme qui voulut se mêler des affaires de sa cour: « Nons vous avons prise, )) Ini dit* il, pour faire des cnfans, et non y) pas pour gouverner ». — Du reste, il l'aitua, la traila très-bien, et en eut beaucoup d'etifans.

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Depuis la mort de Gustave, les Suédoises^ sont rentrées dans une situation analogue à leur caractère primitif, et qui se ressent un peu de la teinte passagère que ce prince leur avait communiquée. Aimables, polies, aimant la lecture , l'instruction, sans se livrer au goût d'écrire, qui, chez une femme, passe à Stockholm pour un ridicule, elles jettent dans le commerce delà vie le charme que l'on doit attendre d'elles.

Partout il y a une immense différence des mœurs de la capitale à celles des provinces. Ainsi, dans le nord de la Suède particulièrement, il existe des usages que je ferai connaître par quelques notes; mais il y a surtout luie douceur , une hospitalité que je vais chercher à fixer dans la mémoire de mes lecteurs, par une nouvelle qui terminera cet ouvrage.

En finissant ce précis, je crois devoir placer ici la lettre d'un homme de mes amis, qui avait pris, pourl'objet principal de ses voyages , l'occupation piquante d'observer les femmes des dilFérens pays où il avait passé, et de les comparer entre elles. Quoiqu'elle

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répète quelques détails que je viens d'()lii ir au lecteur, je crois devoir la publier telle que je l'ai reçue : elle sort d'une plume véridique, et peut-être les différens avis des voyageurs sur le même sujet sont-ils intéressans à comparer.

c( Me voilà presque à la fin de ma tour- » née d'Europe , mon ami. Vous savez quel 5) était l'intérêt principal qui me conduisait. » Après avoir bien examiné les femmes de » tous les pays, je finis par conclure qu'à » quelfjues nuances près, qui tiennent aux » lois, aux usages de leur patrie, elles sont )) partout les mêmes. Autant les hommes >5 diffèrent entre eux , autant les femmes se » ressemblent. Certes, rien n'est plus op- » posé qu'un Anglais et un Italien, tandis » qu'une Italienne et une Anglaise, bien )) qu'elles diffèrent, se rapprochent mille » fois davantage. D'abord dans les qualités )) essentielles, vous trouvez chez les femmes » de différentes contrées des points de rcs- » sen)blanee presque généraux. liiuuanité, » patience, tcndrcpitié, douceur, courage, )) inspirés parle sentiment dans les grandes

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y) circonstances : voilà de ces vertus que Ton » est sûr de rencontrer partout chez les :» femmes. C'est plutôt dans leurs differen- 3) ces que dans leurs qualités, qu'elles va- » rient entre elles. La raison en est simple ; )) leurs qualités leur viennent de la nature ; y> leurs défauts sont communément le fruit » des vices d'éducation , des lois , des usages ; j) c'est plutôt à nous qu'à elles qu'il faut M nous en prendre, puisque les hommes » gouvernent ; ainsi . l'Angleterre étant )) mieux régie que l'Italie, les femmes y va- )) lent mieux* mais , quelle que soit l'in- )) fluence du gouvernement , vous êtes sûr )) de trouver dans une Italienne, comme )) dans une Anglaise, les qualités princi- )) pales qui sont le caractère distinctif de y) son sexe. C'est par la douceur naturelle y) des femmes et l'habitude de soumission » dans laquelle elles rappellent à nos re- » gardscesuiarbres purs, qui sortent de la » terre, pour prendre les formes que nous )) voulons leur donner. Le ciseau d'un ary) tiste maladroit peut en faire un mauvais

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)> HSnt^e, sans aAolr le pouvoir d'altérer les J3 qualités qui leur sont propre>. Les femmes j) sont donc partout, en quelque sorte , ce )) que nous les faisons. Sous ce rapport, rien » ne les distingue dans les pays que j'ai » parcourus : cependant , en les observant )) avec une attention suivie, j'ai cru reraar- )) quer que les gouvernemens avaient plus )) d'action sur elles que le caractère des )) hommes.

» Dans la France seule, où la société est y> un art, il s'est fait un tel amalgame del'es- 33 prit , des goûts et des passions des hommes 33 et des femmes, que le caractère des hom- 3) mes agit directement sur elles.

33 Un Anglais , par ses habitudes , par 33 son goût pour les affaires, a soumis sa 33 femme aux détails sérieux de la direction 33 de son ménage , et par là , il a donné )) plus de gravité apparente à ses Cormes. )) Plus penseur que dissertant, surtout avec D3 les femmes , il a établi entre son épouse >3 et lui plus de rapports de puissance que 33 de tendresse , plus d'abandon que de

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» confiance , plus de passion secrète que w d'union de pensées , d'attrait et d'opiw nion.

>î En France , au contraire , où le cay> ractère pins léger des hommes les porte )) à réfléchir presque tout haut sur leurs 33 projets , même devant ceux qui dépen- )) dent d'eux , un époux , par le besoin 33 continuel de communiquer ses idées , )> d'en recevoir d'autres , d'en faire un )) échange perpétuel , identifie sa femme , 33 sans le vouloir , à tout ce qu'il pense. 3) Son but est bien de commander, d'être )) le maître ; mais il a mis l'esclave dans 33 sa confidence. Soit qu'elle soit du même )) avis y soit qu'elle s'y trouve opposée , 33 elle est dans son secret. S'airaent-ils tous )) deux , l'union de leurs âmes , de leurs )) pensées , est parfaite. Ne s'aiment - ils )) pas, il y a eu an moins Tine commu- )) nication d'idées qui ressemble va la con- )) fiance. Ce n'est point cette séparation 33 morale de l'esclave au maître , que l'An- T> glais établit. Le Français avertit sa comy> pagne de sa puissance , la discute avec

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y) clic- par ce moyen , il peut l'allércr snns » doute; du moins , elle s'établit avec plus )) de forme. Il en est de même des opi- )) nions de tout genre. En France , il existe » entre les deux sexes une communication )) habituelle. Aussi les femmes parlent , » réfléchissent , décident de tout, des cho- » ses les plus frivoles comme des plus im- » portantes. Elles sont plus associées à la y) pensée des hommes , qui finissent touy) jours par faire les lois de leurs maisons ; » mais , comme ce n'est que par le sou- » venir de la force (ju'ils y parviennent, » l'instant de lutte renouvelée, qui s'établit » sans cesse entre les deux sexesr , laisse » à l'esprit des femmes l'empreinte du » caractère que les hommes leur ont com- 0) muniqué. Je le répète , ce n'est qu'en » France que cette réaction se remarque , j) parce qu'il n'existe aucun point d'isole- » ment entre les hommes et les femmes , y) tandis qu'autre part , et surtout en An- )) glctcrrc , il y en a mille. De plus , en )) France , les femmes étant les arbitres y) de la mode , les usages leur sont presque

» soumis , et l'on a vu souvent avoir re- )) cours à elles dans des temps de crises , » comme la Fronde , pour faire recevoir » des choses que la puissance ne pouvait )) établir. Dans tous les temps , les fem- :» mes ont suivi en France l'impulsion don- }) née par les hommes , de s'identifier avec yy leurs systèmes comme avec leurs passions. )) Elles ne s'amusent pas plus des affaires » que des plaisirs , et si elles ont besoin )) d'être mêlées à tout , les hommes ont )3 la même impossibilité de se passer d'elles.

)) Yoilà ce que l'on ne remarque dans )) aucun autre pays de l'Europe , même y) dans ceux où elles montent sur le trône » à leur tour.

)) 11 est encore nn autre pays distingué » par une nuance particulière 5 c'est la « Pologne. Là, les femmes, conduites par » une volupté plus raffinée , plus aimables )) qu'en Italie , sont bien forcées d'avoïr » les hommes pour but de leurs séduc- :>y lions 5 mais , moins soumises que partout )) ailleurs , soit à raison de leurs richesses , >j soit par le propre de leur caractère , elles

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X) ont un rôle plus indépendant , une exis- )) tence personnelle qui tient à leur charme )) particulier. Elles ont en général de la )) grâce et de l'imagination : la grâce cap- » tive d'abord, et l'imagination fait faire » 4lPnsuite aux tètes qu'elle embrase , tout )) le chemin qu'elles veulent. Lue étincelle y> de ce don céleste est venue tomber sur » leur froide patrie , et la plus charmante :» partie des habitans s'en est emparée. En )) Pologne , il n'y a point de poètes , il n'y )) a point d'artistes j mais il y a des femmes 33 qui révent aux arts, qui chantent avec » une voix charmante les stances du Tasse, » et qui récitent les vers de Delille. Elles 3) se sont dit que l'amour était pour les )) femmes ce que la gloire était pour les^ M hommes. Se faire aimer est leur plus » doux penchant et le premier besoin y) de leur vie. C'est plutôt de l'enivrement y) qu'elles insjnrcnt que de vrais sentimens. » Le privilège d'allumer' de grandes pas- )) sions n'appartient qu'aux âmes fortes qui )) peuvent donner tout ce qu'elles peuvent » recevoii". Cette vévitable passion , dont

)) il court tant de parodies dans la société, » appartient à tous les pays , et peut se » trouver dans tous les climats j mais elle )) n'est sentie que par les âmes nées avec )) une sensibilité exquise , susceptibles d'en'- )) thousiasnje et de profondes émotions. )) Les femmes qui n'ont que de la grâce , .) de l'esprit , quelques charmes et de la :» coquetterie , inspirent des goûts qui pren- » nent la couleur de l'amour, et qui s'effay) cent aussi rapidement que les fleurs éplié- )) mères. Quant aux femmes à imagination , )) elles aident d'un autre charme un sen- )) timent d'une nature différente , qui ne » vit que d'enthousiasme; et voilà pourquoi w le sentiment qu'inspirent les Polonaises )) ressemble à de l'amour ; mais peut-être » est- il plutôt de la volupté. Elles sont )) adorables par les souvenirs qu'elles lais- » sent, par les espérances qu'elles donnent; )) elles savent tout embellir de cette magie j) qui a quelque chose de vague, d'indé- ); terminé; elles aiment la nature, sans être « naturelles ; mais leur art devient presque )> simple par sa perfection. 11 y a un abanr

» don charmant dans leurs nianlèi «.s j elles

)) accordent avec une grâce qui n'est pas

» celle des Françaises , qui semble leur

» avoir été révélée par la nature , source

» inaltérable de tout ce qui est bien , de

» tout ce qui doit plaire. Elles n'ont pas

» dans leurs salons cette monotonie de con-

» venances qui tyrannise la conversation

» par des règles formelles , et prescrit à peu

)> près les mêmes mots comme les mêmes

)) usages, une fois adoptés. Mollement cou-

» chées sur leurs divans , elles ont autant

y> d'attitudes différentes que de costumes.

» Leur conversation n'est peut-être pas

» aussi spirituelle que celle des Françaises ,

3) mais elle est plus piquante par son origi-

)) nalité. Une femme dont la pensée voyage

)) sans cesse , qui laisse errer ses idées d'un

» objet à un autre , qui voit au même mo-

» ment , des yeux de l'imagination , les si-

)) tes enchantés de l'Italie, et les effrayantes

3) beautés de la Suisse ; qui a l'art ou la

)) bonne foi de mêler l'enthousiasme à tout

)) ce qu'elle dit , cette fcmme-là a mille

;) moyens de plus que les autres de plaire et

.); de

j) (le charnier. C'est par toutes ces son rces de » séductions que les maisons des Polonaises » deviennent des habitations ravissantes , y) et leurs jardins , des féeries. Tout ce que y) l'imagination embrasse s'embellit à l'ins- » tant j ces enchanteresses ont le talent de )) faire penser et sentir ceux qui les écou- )) tent , sous mille et mille rapports difféy) rens. C'est à la fois l'art d'enivrer et l'âme w et les sens. Les oppositions piquantes ;) viennent ajouter encore au charme. Quoi )) de plus délicieux que d'entendre une jolie )) femme dans des bosquets qu'elle a créés , )) s'entourant d'art , parler de la nature ; » dans le même moment enrichir son salon » de chefs-d'œuvre divers , s'embellir elle- » même de mille talens aimables , et tout y) cela avec des formes destinées naturelle- )) ment à l'élégance ! Sans cesse elles sont » parées de leur négligence même, et n'ont y) l'air de se servir de la fortune que pour )) se jouer de ses présens.

» Une certaine mollesse , une grâce cal- » culée , et surtout un accord intime du » moral au physique, se remarquent égale- Il. ]7

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