‹ Les femmes au CongoChapitre 26 sur 42 · CONSULTATION DU M BIM · texte numérisé non relu

CONSULTATION DU M BIM

qui occupe des cases peu éloignées de la sienne et généralement disposées en demi-cercle, sur la place derrière laquelle est construit le village du chef.

Cette garde, habillée à l'européenne, ou plutôt à la mode de nos Sénégalais, c'est-à-dire portant la chéchia, la veste et les pantalons flottants avec la ceinture en étoffe, est armée de fusils ancien modèle, qui ont été fournis par les Français. Elle compte actuellement trois cents hommes environ, y compris le cadre de sous-officiers et les clairons, qui ont été dressés par nos instructeurs. Bangassou, à cheval et escorté de ses femmes qui l'applaudissent, aime à diriger les manœuvres et passer les revues.

Les hommes de service, les parents du chef et d'autres chefs ont seuls le droit de pénétrer dans le village de Bangassou.

Quand il boit ou fume, tous les hommes présents claquent des doigts ou frappent la terre de leurs piques, en cadence, sa musique se fait entendre; quand il se trouve dans son village, ce sont ses femmes qui lui rendent cet honneur, en agitant des sonnettes.

Tout le temps que les femmes ne sont pas

mariées, elles peuvent avoir des rapports avec qui elles veulent.

La prostitution paraît même très naturelle ; les filles de chefs font des tournées dans les villages, probablement pour y ramasser une dot.

Tous les enfants nés hors du mariage sont la propriété du chef, mais il nourrit leurs mères.

Les femmes restent enfermées au moment de leurs époques.

Pour faciliter l'accouchement, les matrones font absorber à la patiente la poudre, délayée dans de l'eau, d'une racine qui paraît avoir toutes les propriétés de l'ergot de seigle.

Dès que l'enfant est venu au monde, on le lave avec de l'eau fraîche, puis on le couche sur un lit en bambou recouvert d'une peau de cabri.

Après sa délivrance, la femme reste enfermée durant quinze jours.

Quand l'enfant a deux mois, on réunit les parents, les amis et les habitants du village où il est né; suivant la richesse du père, on tue un ou deux cabris, que les assistants mangent en faisant des vœux pour que le nouveau-né vive longtemps.

On perce les oreilles aux enfants quand ils sont

FEMMES TATOUEES DE LA SANGIIA.

encore très petits. Les tatouages ne sont faits qu'entre dix ou quinze ans, ainsi que le perçage de la cloison du nez. La coutume de percer les ailes du nez aux femmes ne date que de l'arrivée des Belges dans la région. Le tatouage du front a été apporté par les Zandés.

Les tatouages les plus extraordinaires que j'ai vus en Afrique sont ceux des femmes bangalas, qui ont. depuis le sommet du crâne jusqu'à la pointe du nez, des perles de chair ayant plus d'un centimètre d'épaisseur, sans compter les rinceaux et feuilles d'ornements exécutés en relief sur les joues; quant aux femmes de la Sangha, dont la peau ressemble absolument à du cuir de Cordoue, tant elle est couverte d'arabesques et de décorations en relief, elles respectent absolument leurs visages. Quelques-unes ont sur la poitrine et dans le dos des raies transversales et des hongroises qui les font ressembler à des hussards noirs. C'est par un travail long et douloureux qu'on obtient ces jolis résultats. Les artistes se servent pour exécuter ces bas-reliefs de petites spatules en fer tranchant. La coquetterie fait supporter le supplice avec un stoïcisme admirable.

Les N'Sakkaras s'enduisent tout le corps avec un mélange d'huile et d'un bois rouge broyé qui contient du tanin en forte proportion. Ils se tannent pour ainsi dire la peau et évitent ainsi les piqûres et les morsures des insectes, et surtout les blessures dont les Européens ne peuvent se garantir en passant au travers des fourrés. Sous les bras et sur la poitrine, les femmes se frottent avec l'huile tirée de la gousse du tamarinier. Elles se font sur le front des raies perpendiculaires et d'autres parallèles aux sourcils avec du noir com posé d'huile et de charbon de paille. La plupart vont nues, n'ayant pour tout attirail qu'une cein ture de coris (petits coquillages servant de menue monnaie dans une grande partie de l'Afrique; centrale.)

Quand les N'Sakkaras sont malades, ils se pei gnent sur le corps, avec du kaolin ou de la terrt d'ocre, des signes cabalistiques. (Ces signes, paraît il, épouvantent Karouba (le diable), qui quitt alors la case du malade.)

Presque tous les indigènes se liment les dent; pour les desserrer, disent-ils, du collet jusqu' l'extrémité. Cette coutume commence à dispc raître depuis l'occupation européenne. On a lon£

EXECUTION DES ADULTERES.

temps répandu le bruit que les dents limées étaient le signe du cannibalisme ; c'est une erreur absolue, et quantité de peuplades, qui ne mangent pas la chair humaine, ont les dents limées.

Quand un chef veut se marier avec la fille d'un autre chef, il va le trouver, lui demande à voir sa fille et, la prenant par la main, il dit : « Je suis content de cette femme, je la garde. » Quand il la ramène dans son village, on fête son arrivée par des chants et des danses.

Ces cérémonies n'ont pas lieu quand il prend pour femme la fille d'un de ses sujets.

Les fils de chefs reçoivent leurs femmes des mains de leur père, à moins qu'un autre chef ne leur donne une de ses filles.

Tous les matins, le chef réunit ses femmes autour de lui et désigne celle avec laquelle il passera la nuit.

Les autres N'Sakkaras achètent le plus souvent leurs femmes, à moins que leurs chefs ne leur en donnent, pour se les attacher, ou en récompense de services.

Une femme ordinaire coûte de cinquante à soixante petits colliers de perles en verre rouge

ou blanc, opaque; un de ces colliers contient un peu plus d'une cuiller à café de perles.

Une belle femme coûte un fusil à piston ou cinquante fers de lance.

Bangassou, à lui seul a, paraît-il, plus de mille femmes; mais comme il ne peut pas les nourrir toutes dans un même village, il a trouvé un moyen pratique et économique d'y pourvoir : il les envoie en subsistance chez les autres chefs, qui les traitent le mieux qu'ils peuvent.

Ce procédé n'est pas sans présenter de graves inconvénients. Bangassou, qui a des espions partout, apprend souvent qu'une de ses femmes a eu des complaisances coupables pour un de ses sujets. Il envoie alors l'ordre au chef de village de lui amener la femme adultère et son complice. Il les fait mettre ensemble à la barre de justice et fait rassembler les hommes, les femmes, les enfants.

Il dit alors : « Cet homme a eu des relations avec ma femme, je vais le tuer devant tout le monde. » Puis il soumet la femme à l'épreuve du poison. Si elle tombe, elle est convaincue d'adultère et mise immédiatement à mort avec son complice, qui est donné à manger aux spectateurs.

Si la femme résiste à l'épreuve, elle est mise en liberté, parce qu'elle n'estas coupable ; l'homme seul est mis à mort. Drôle de logique !

L'adultère entraîne la condamnation immédiate, quand il a été commis avec la femme d'un chef; dans les autres cas, on donne au complice, qui est attaché à la barre, un délai de deux lunes pour racheter avec des cabris, des armes ou autres objets, le dommage causé au mari.

Si, au bout de ce délai, il n'a pu s'acquitter, il est exécuté et son corps donné à manger.

Ces exécutions ne sont pas rares.

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