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UNE VEUVE ECHAPPEE AU MASSACRE

lion française. Là on employait les hommes à la culture des jardins et à divers travaux, et on laissait les femmes vivre à leur guise. Elles en profitent généralement pour se livrer au trafic de leurs charmes. C'est moins fatigant et plus lucratif.

Mais revenons aux funérailles.

Celles des victimes désignées qui n'ont pu échapper, accompagnent le corps, ligottées et entravées; ceux qui ont pris la fuite sont remplacés par d'autres esclaves, ce qui détermine parfois des fugues en masse : c'est le cas de dire « qu'il vaut mieux courir que tenir » .

Tous les chefs N'Sakkaras, prévenus, arrivent à Bangassou ; on procède alors à l'inhumation avec le cérémonial ordinaire.

On creuse une sorte de caverne dans la montagne qui sert de sépulture à tous les chefs. Le mort est étendu sur des peaux de léopards, puis le grand chef des N'Sakkaras, actuellement Bangassou, fait étrangler les esclaves et les femmes.

Le nombre n'en dépasse pas trois, quand c'est un petit chef, il va jusqu'à trente quand il est puissant. Les femmes sont couchées de chaque

côté du cadavre; celles de droite sur le côté gauche et celles de gauche sur le côté droit, de façon à le regarder. La première de chaque côté a une main posée sur lui. Un esclave est couché à ses pieds. On recouvre le tout d'une couche d'argile et on ferme l'entrée de la tombe avec de gros bois contre lesquels on accumule extérieurement de la terre.

Le jour de la mort du chef, aucun de ses sujets ne mange ; ses femmes doivent rester enfermées et le pleurer pendant six lunes.

A la suite de la cérémonie d'inhumation, le grand chef envoie trois messagers au fils du mort, qui doit lui succéder, pour lui donner l'ordre de tuer ou de laisser vivre les femmes et les esclaves qu'il lui désigne.

Après la mort de son père, son fils aîné, qui doit régner après lui, s'assied sur le siège du défunt et fume sa pipe. Tous ses sujets présents frappent des mains et lui disent : « Maintenant tu es chef, tu commandes aux esclaves de ton père ; il faut que tu sois un bon chef et que tu ne sois pas comme un enfant.

Il hérite des esclaves, des biens de son père, ainsi que de ses femmes, dont il profitait du reste

■Auparavant, ce qui est absolument admis, de même que les prêts de femmes entre chefs.

A la mort d'un de ses fils, un chef le pleure; s'il est marié on enterre avec lui, près du village, une de ses femmes et un esclave. Le choix naturellement tombe toujours sur ceux qu'il chérissait le plus. (Soyez-donc l'ami des grands!)

Les chefs des environs assistent à l'enterrement, et rendent visite au père, qui les attend enfermé dans sa case.

Voici quelques détails à propos du culte des morts :

A la mort de son père, un fils doit planter auprès de sa tombe une sorte de fourche où il place un cornet de bois ou de terre glaise dans lequel il a soin de mellre et de renouveler de la nourriture pour le défunt. S'il ne le fait pas, c'est qu'il est un mauvais fils. Tout à l'entour sont placés d'autfes perches surmontées d'objets ayant appartenu au mort, tels que vaisselle, calebasses et autres ustensiles, qu'on a soin de trouer au centre, pour les rendre hors d'usage : bonne précaution, malgré le fameux respect des morts.

Aussitôt son père enterré, le fils achète un petit bouc et le garde en liberté dans son village; —

ce bouc a l'âme de son père qu'il ne peut plus voir, et il le consulte de temps en temps. Personne ne doit frapper l'animal sous peine de mort.

Dans un palabre avec les N'Sakkaras, que Comte et le docteur Viancin, médecin de la Mission, eurent à régler, le chef Moda Boendi leur opposait toujours un argument irrésistible sur lequel il s'appuyait pour traîner les négociations en longueur. « Le bouc qui avait l'âme de son père Boendi avait été tué d'un coup de baïonnette par un Sénégalais. » Gomme Moda Boendi était très âgé, cette mort l'avait fort affecté; il y voyait un mauvais présage.

Quand le bouc sacré meurt, c'est un deuil général ; les hommes viennent le voir ; personne ne mange ce jour-là; on lui fait des funérailles et il est enterré, enveloppé dans un tissu (tissu d'écorce d'arbres ou de traite). Aussitôt en terre, il doit être remplacé par un nouveau sujet.

Il est certains objets, végétaux, arbres, etc., sur lesquels les chefs et les guérisseurs lancent un exorcisme, c'est le Tabou d'autres peuplades sauvages; les N'Sakkaras l'appellent Madiniaka.

Une fois le Madiniaka prononcé, personne

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