‹ Les femmes au CongoChapitre 29 sur 42 · DANSES SUGGESTIVES · texte numérisé non relu

DANSES SUGGESTIVES

n'ose toucher à l'être ou à l'objet qui en est couvert : et on s'en éloigne, avec effroi, comme d'une chose qui porte malheur. A propos de ces terreurs superstitieuses des nègres, il me revient en mémoire que dans une conversation que j'ai eue avec le père Garaier à Brazzaville, il me conta, en me montrant deux statues colossales de Saint-Pierre et de Saint-Paul, qui ornaient la

i façade de la petite église, qu'après la pose de ces statues envoyées d'Europe, durant des mois, à plusieurs lieues à la ronde, les noirs n'osaient s'aventurer près de la Mission, une fois la nuit tombée; ceux même qui appartenaient au couvent, passaient avec terreur et à toutes jambes, en décrivant un cercle énorme, devant les deux redoutables fétiches. Ça ne rappelle-t-il pas nos Bretons d'il y a cinquante ans à peine?

Chacun sait que la danse est le plaisir favori des nègres. Les N'Sakkaras sont certainement 4e toutes les peuplades centrales de l'Afrique celle qui est la plus passionnée pour cet exercice.

Tout le temps que les jeunes gens n'emploient pas à servir leur seigneur et chef est consacré aux tamtams. Devant le village particulier de

chaque chef une grande place est réservée pour les réunions, les jeux et la danse. Ils ont une telle passion pour cet exercice que, pendant des journées et des nuits entières, ils sautent en rond sur une cadence fort bien rythmée, remuant jambes et bras, au son d'un clavecin en bois, dont joue une sorte de trouvère, qui improvise en même temps des chants où il célèbre la valeur des chefs, la sagesse des anciens, la jeunesse, la force, le courage. D'énormes tambours de différents tons, en peau ou en bois, des trompes en ivoire de toutes tailles, des guitares, des flûtes complètent l'orchestre dans les grandes occasions et ajoutent à l'originalité de ces exercices, qui ont beaucoup de rapport avec nos anciens quadrilles.

Quelques danses suggestives, auxquelles les femmes prennent part, ont lieu pendant la nuit: elles sont, du reste, peu fréquentes et rappellent volontiers les sabbats du moyen âge, par les excentricités erotiques que favorise l'obscurité.

Les chefs, surchargés de verroteries, de plumes et d'oripeaux, exécutent devant leurs femmes une danse particulière qu'ils appellent N'Ganga et que nous autres blancs nous qualifiions de

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