CHAPITRE XIII
Les femmes d'Imécée.— Scène d'anthropophagie.— Une lutte de femmes. — Les pleureuses. — Un négociant modèle. — Mme Louettières. — La cargaison de Monseigneur.
A la descente du Congo, descente faite, comme celle de l'Oubanghi, en pirogue, dans la compagnie cette fois de mes amis belges, le capitaine Tonneau et le commandant Leclerc, qui m'avaient gracieusement offert l'hospitalité dans leurs embarcations, nous fîmes une station d'une huitaine de jours au poste d'Imécée, où je fus admirable-
jment accueilli par le major Van der Grinten, commissaire du district.
Je profitai de ce séjour pour continuer mes itudes sur Vêlement féminin, dont les spécimens
i e présentaient ici nombreux et variés.
Je rencontrai à Imécée toute espèce de femmes: des N'Sakkaras, des' Banziris, des Zandès, des captives venant des bords de l'Aloua, probablement emmenées comme otages par les Belges, sans compter les naturelles des alentours appartenant à des peuplades foncièrement cannibales.
Parmi ces dames, deux amies, Mlles Sida et Makoka, toutes deux épouses de blancs, étaient sans conteste les personnes les plus intéressantes et les plus distinguées de l'endroit, au point de vue éducation et manières, surtout la petite Makoka, une fille Zandé. couleur de bronze, pleine de gaieté et d'entrain ; elle nous plaisantait le plus drôlement du monde sur nos attitudes et nos diverses façons d'être, imitant notre démarche, nos gestes, nos intonations. Elle avait presque de l'esprit; ainsi elle devinait nos moindres désirs et était d'une complaisance remarquable, pour une foule de petites commissions. La grande barbe noire du commandant Leclerc l'avait absolument hypnotisée et elle ne cachait pas son admiration pour cet ornement, qu'elle indiquait d'un geste majestueux, avec ses deux mains lentement promenées de son visage à sa ceinture.