JEUNE FILLE DE LA SANGI1A
leurs tatouages monstrueux et grotesques.
Nous passâmes, avant d'atteindre Liranga, devant les débris d'une factorerie abandonnée, auxquels je n'avais pas pris garde en montant; je demandai des explications au capitaine Lindholm, qui m'apprit que l'an dernier encore cette factorerie existait, placée sous la surveillance d'un Européen (rien de Français), qui mit la clef sous la porte et disparut, après avoir vendu à un chef voisin tout ce qu'il pouvait vendre, y compris son boy et sa femme, qu'il avait l'air de chérir tendrement. Seulement ce modèle de trafiquant s'était dit que « les affaires sont les affaires » et qu'on ne vient pas dans l'Oubanghi pour plaisanter.
C'est ce qu'on appelle, en langue commerciale, « liquider une situation ».
C'est en arrivant à Liranga que nous apprîmes la mort du chasseur d'éléphants Louettières, assassiné à Bongha, village où, si vous vous rappelez, s'était réfugiée sa belle compagne.
J'ai raconté tous les détails de cette mort dramatique dans Vers le Nil français.
Voici en peu de mot, ce qui s'était passé :
Vous savez qu'à la suite d'une querelle de
jalousie et de mauvais traitements, la belle négresse avait pris la fuite et s'était retirée à Bongha, son village natal. Là, elle avait été rejointe par Louettières, et il y avait eu raccommodement. C'était à la suite de ce rapprochement que le chasseur avait péri, assassiné dans le même village, sans qu'il y eût eu aucune corrélation entre ce meurtre et les démêlés avec sa maîtresse.
Après la mort de l'infortuné jeune homme, son amie retourna à Brazzaville. L'administrateur, M. Vitu de Kéraoul, m'a raconté de cette femme un trait des plus honorables :
En la quittant, au moment de faire sa dernière et funeste expédition, le malheureux Louettières lui avait confié une somme de 6 000 francs, qu'il l'avait chargée d3 remettre à M. Vitu, dans le cas où il périrait; sans doute il avait un pressentiment. La femme remplit fidèlement sa mission et fut vivement félicitée parles autorités. M. Vitu crut devoir prélever 100 francs sur la somme en question et les lui remit pour récompenser son honnêteté.
On dit malheureusement que le veuvage de Mmc Louettières fut de courte durée; mais que