CHAPITRE XIV
L'amour en Afrique. — Je revois des blanches. — L'élément féminin à bord de Y Albertville. — Une émeute, — Triomphe de la barbe.
Nous en aurons bientôt fini avec le beau sexe africain, qui, en somme, en dehors du ton de la peau, a une grande parenté avec celui d'Europe.
Si, de temps à autre dans cette énumération et étude des us et coutumes particuliers aux femmes de couleur, j'ai été obligé de faire quelques descriptions un peu libres, j'ai toujours soigneusement écarté les scènes par trop nature, auxquelles j'ai été forcé d'assister.
Je pense que le public me saura gré de cette abstention : l'étalage de ces scènes n'eût rien ajouté au caractère, la seule chose qui doive nous toucher, et peut-être même eût gâté une
étude consciencieuse et vraie par des images crues et de mauvais goût.
Dans mes récits, on a pu se convaincre que l'amour est partout le même, à cette différence qu'en Afrique il est moins entouré de mystère et moins assaisonné de simagrées hypocrites que dans les centres dits civilisés, où se rencontrent, à peine dissimulées, des écoles de débauche et de dépravation.
Qu'on le sache bien en Europe, ce sont en réalité les blancs qui vicient les noirs.
Ici les gôns, simples enfants de la nature, se prennent et s'accouplent un peu au gré de leurs fantaisies, pour obéir à la grande loi de reproduction qui régit le monde. Du reste, le costume ou plutôt le manque de costume simplifie singulièrement les préliminaires, et c'est par les yeux et les caresses que se font les déclarations. C'est bien le cas de répondre comme un ordonnance, nommé Bonnefoy, que j'ai eu jadis à mon service et qui se flattait de ses succès auprès des dames d'un certain pays civilisé; comme je lui faisais remarquer qu'il me paraissait difficile qu'il eût rendez-vous avec une dame dont il ne parlait pas la langue, il me répondit délibérément que
la parole était inutile en pareil cas et quen amour Je geste était tout/Sans doute, il avait raison.
Maintenant il faut avouer que le mystère et les pourparlers entre amoureux ont bien leur charme ; de même que les ruses et les petites roueries de la coquetterie, qui se rencontrent aussi quelquefois chez des sauvagesses, donnent en somme beaucoup plus de prix aux faveurs qu'on peut obtenir.
Par exemple, où j'ai vu que les femmes se ressemblaient partout, c'est dans l'art de tromper; c'est alors que leur talent de comédiennes et de traîtresses devient merveilleux; et ma foi, sur ce terrain-là, les noires valent les blanches : elles mentent avec un aplomb imperturbable.
On a souvent prétendu que les négresses ne s'occupaient que peu du physique de leurs préférés, ou plutôt qu'elles ne s'y connaissaient pas. Voilà encore une grande erreur : demandez plutôt à mon ami d'Encausse, qui est un jeune et joli garçon, si les petites négresses ne louchaient pas de son côté.
Maintenant, j'ai remarqué qu'elles avaient toutes une véritable admiration pour les grandes barbes, noires ou blondes.
Elles sont extrêmement fîères, je dirai orgueilleuses, d'être l'objet de l'attention d'un blanc, mais je suis convaincu qu'elles reviendront toujours au noir, qui a pour elles des avantages le plus souvent incontestables. Elles ne vont pas chercher midi à quatorze heures : elles veulent chaussure à leur pied. En somme pour une négresse, le nègre sera toujours le morceau de résistance.
Ce côté un peu animal se rencontre quelquefois chez certaines blanches, qui auraient une tendance à trouver qu'à côté du noir nous manquons peut-être d'importance.
Nombre de nègres ont été fêtés en Europe par une certaine catégorie de petites dames, si j'en crois mon ami Porte, le directeur du Jardin zoologique d'Acclimatation.
Tout ceci, pour conclure, tendrait à démontrer que le croisement des races a été prévu par le grand ordonnateur de toutes choses. Il est vrai que certains docteurs américains ont prétendu que les métis ou mulâtres, à la troisième génération, cessent de se reproduire J'en doute, et je suppose que c'est la vanité anglo-saxonne qui a dû inventer ce racontar.