‹ Les femmes au CongoChapitre 40 sur 42 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Femmes arabes. — Prestige du costume. — Les ménagères noires. — Le mélange prévu des races.

J'allais commettre un oubli impardonnable : deux femmes de couleur foncée, à moitié Arabes, très belles du reste et vêtues à l'orientale, vivaient à bord, en compagnie de leur seigneur et maître, un Arabe noir, fait prisonnier et emmené en otage par les Belges. Grand, beau et majestueux d'allures, ce musulman avait été pris aux environs du lac Nyanza et avait, paraît-il, sur la conscience plus d'un méfait qui lui eût valu la peine capitale, si ses vainqueurs n'avaient trouvé bon de l'emmener à Bruxelles, pour l'exhiber à l'Exposition. Je pense qu'au fond il aimait mieux cela, à en juger par son allure satisfaite; je me rappelle, au débarquement, l'avoir vu passer su-

perbc et triomphant dans les rues d'Anvers, suivi de ses deux compagnes qui, pour la circonstance, avaient revêtu des vestes en velours bleu, soutachées d'or, avec de longs pantalons flottants à la mauresque. Le trio avait un véritable succès.

Les jeunes gens du bord avaient beaucoup tourné autour des deux odalisques, mais leur Oihello ne les lâchait pas d'une semelle, et je crois que la conquête n'eût pas été sans danger pour les amateurs. Je suis donc à peu près sûr qu'on dut se contenter de la vue.

Au moment où nous approchions des îles Canaries, il m'a été donné d'assister à une transformation subite des femmes Bangalas, de sauvages en femmes civilisées. J'ai pu d'emblée me rendre compte du prestige extraordinaire du costume et de la vérité du proverbe qui dit que « si l'habit ne fait pas le moine, il le pare considérablement ».

En effet, en moins d'une heure, toutes ces dames, auxquelles on avait fait une distribution de peignoirs, de chaussures, de mouchoirs, provenant d'un fond de magasin quelconque, apparurent raides et guindées, n'osant ni marcher, ni s'asseoir, pour ne pas friper leurs belles toilettes neuves.

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