FEMMES ARABES DANS LES HUES D ANVERS
Durant un instant, elles tinrent les messieurs de couleur à une distance, que ceux-ci, émerveillés, ne songeaient plus à franchir. Eux-mêmes, lorsqu'on leur distribua peu après vestes, chaussures, culottes, etc., se transformèrent en gommeux et prirent leur revanche dans des poses ultra-distinguées. C'était tout à fait réjouissant. Hélas! ces respects de leurs personnes et de leurs tenues ne devaient pas durer longtemps.
Deux jours s'étaient à peine écoulés que les mêmes costumes, salis, froissés et accrochés de toutes manières, avaient pris l'aspect des loques traînées plusieurs semaines, dans les bas quartiers de Londres, par les ivrognesses de cette capitale. Les pauvres sauvagesses, gênées au bout d'un instant, avaient entr'ouvert, débraillé, retroussé leurs costumes d'une façon pitoyable.
« Chassez le naturel, il revient au galop. » La transition avait été par trop brusque : j'en conclus que, si la forme extérieure peut modifier momentanément les apparences, le fond reste toujours le même. Longtemps encore, on pourra, en grattant un nègre de l'Afrique centrale, retrouver un cannibale.
J'ai eu le loisir d'examiner pendant de longues
heures la popote des Bangalas; c'est intéressant, quoique les ménagères noires ne soient pas encore près de rivaliser avec les nôtres : une chose m'a choqué horriblement chez ces cuisinières, c'est de les voir employer indifféremment et à tour de rôle la même eau, soit aux ablutions, soit aux potages. Mon Dieu! ça n'est peut-être pas plus mauvais; on dit que le feu purifie tout, et très certainement les marmitons de nos restaurants doivent en savoir quelque chose.
Je pense, pour en revenir à la toilette des nègres, qu'on a la manie d'exhiber dans nos expositions internationales, costumés et parés pour la circonstance, je pense, dis-je, que l'on manque complètement le but visé, qui est d'instruire les gens conviés à ce spectacle.
A quoi rime cette façon d'attifer et coleter des négresses qui ont l'habitude d'allernues ou à peu près, chez elles; est-ce, par hasard, pour sauvegarder la décence ou les mœurs? Mais ne voyonsnous pas les mêmes objets exhibés, dans les salons les plus sélects, par nos dames, qui le font avec une provocation et les effets les mieux calculés pour surexciter l'imagination?
Il y a longtemps qu'on l'a dit : le nu n'est pas
indécent;, c'est le déshabillé ou le débraillé qui l'est.
Du Sénégal aux îles Canaries, on passe sans transition de la race de couleur à la race caucasique : à Dahar, la population est noire; à Las Palmas elle est blanche; et les Sénégalaises, aux caracos bariolés et aux madras de toutes couleurs, sont remplacées par les jolies Espagnoles, aux mantilles. Ça n'est pas fait pour déplaire aux yeux déshabitués de voir des femmes de la race blanche, qui décidément est la plus belle et, je crois aussi, la plus intelligente, au moins pour longtemps. Disons même, en terminant, que les beautés en Afrique sont plutôt exceptionnelles, au moins au point de vue visage : les grosses lèvres déparent presque toujours les plus jolies noires.
Nous avions, à. bord de \ Albertville^ beaucoup de jeunes sous-officiers qui revenaient en Belgique^ après un séjour de deux ou trois ans au Congo, rapportant tous des santés plus ou moins compromises et des habitudes et manières de vivre qui doivent certainement les ramener dans
la colonie, où ils sont destinés à mourir plutôt ieunes.
L'un d'eux avait avec lui, entre autres bibelots et souvenirs intéressants du pays, une petite mulâtresse qui était tout son portrait. Il était marié à Bruxelles et comptait présenter la petite fille à sa femme, qu'il disait très bon enfant.
J'avais vu au Congo pas mal d'échantillons de ce genre; mais, généralement, les propriétaires se gardaient bien de les emmener. M. X... avait au moins le courage de son opinion.
Je me suis toutefois permis de lui demander quelle tête il ferait, si à son arrivée au domicile conjugal, sa femme lui présentait le pendant de la petite métisse.
C'est le cas de s'écrier :
L'Amour est enfant de bohème Et n'a jamais, jamais connu de loi; Si tu ne m'aimes pas..., etc.