‹ Les femmes au CongoChapitre 6 sur 42 · ET SA DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

ET SA DOMESTIQUE

que celui de ces moricauds, dont il fut pour un instant impossible de discerner le sexe. Aussitôt les religieuses disparues, les Sénégalais, avec le môme ensemble, remirent en place les objets escamotés, persuadés qu'ils avaient sauvé toutes les convenances.

Ce n'était pas la première fois que j'observais cette pudique manœuvre chez les nègres de la côte; plus tard, je vis les Croumànes exécuter le môme mouvement, en face de dames anglaises surgies à l'improviste; shocking indeed!

A propos de cette histoire, qui prêtera plutôt à rire, je ferai remarquer au lecteur que les noirs, même les plus nus, m'ont toujours paru plus convenables et plus respectueux d'allures et de maintien, vis-à-vis des femmes, que certains blancs. Ces derniers trouvent toujours moyen de plaisanter et de tourner en ridicule les actes les plus légitimes et les plus sacrés de l'amour, oubliant que cette façon d'agir et de penser, outre qu'elle est peu généreuse, est dégradante et avilissante pour la femme, qu'on devrait toujours entourer d'attentions et de respect, à propos de ses fonctions de créatrice et de mère.

Ne voyons-nous pas, à chaque instant, des

hommes, qui passent pour bien élevés, se livrer devant des dames à des conversations qui, pour être comiques ou même spirituelles, n'en sont pas moins offensantes pour le sexe auquel appartiennent nos sœurs et nos épouses. Mais c'est plus fort que nous (je parle pour les Français), et souvent même les dames se prêtent à ces sortes de plaisanteries qui, d'abord badines ou légères, deviennent quelquefois graveleuses et obscènes. Chez nous, on s'accorde à trouver cela très amusant; et ce genre de distractions paraît progresser considérablement dans les milieux dits intellectuels. ïl est juste d'ajouter, tant il est vrai qu'il n'y a rien d'absolu, qu'en revanche nos voisins, anglais et allemands, cachent le plus souvent, sous des dehors sévères et des conversations gourmées, une hypocrisie et une dépravation dont les récents scandales de Londres et de Berlin nous ont donné les preuves indéniables. Si les Français sont souvent farceurs ou trop gais, les autres sont presque toujours tartufes, lugubres et libidineux.

Pour en revenir au bon nègre, on peut dire qu'en fait de flirt et d'amour il obéit simplement à des ardeurs de climat et de tempérament abso-

LES FEMMES AU CONCxO 27

lument légitimes. Sa compagne noire est dans le même cas : voluptueuse, sans être dépravée, elle suit ses instincts de tendresse caressante et d'esclave soumise, sous l'impulsion d'un sang brûlant, qui par instants font luire ses yeux comme ceux des louves; malheur au blanc qui s'abandonne à ses étreintes : elles sont énervantes et deviennent souvent mortelles. Je voudrais pouvoir écrire ce qu'on m'a raconté de» prévenances incroyables qu'elles ont pour leurs compagnons de sommeil : toutes les tendresses, les soins délicats d'une mère pour son enfant, ces créatures les prodiguent à l'amant qui repose auprès d'elles. C'est le cas de dire au voyageur, à l'instar du sage Mentor, s'adressant au jeune et imprudent Télémaque : « Fuyez... », etc.

C'est en Afrique que l'amour distille ses plus subtils poisons.

Il va sans dire qu'il ne s'agit ici que des caractères généraux de l'espèce, laquelle se présente sous les aspects les plus divers et les plus variés ; vous pourrez en juger par la suite.

Je n'ai fait que frôler le Dahomey, la terre des fameuses Amazones. C'est au fond de la Rade aux requins, de sinistre mémoire, que j'ai pris pied

durant plusieurs heures, juste le temps d'attraper la fièvre.

Je trouve là quelques documents intéressants, que je me contente de mettre sous les yeux du lecteur; il appréciera aussi' bien que moi les beautés dont je me suis procuré les images. C'est avec ces jeunes personnes que Béhanzin composait sa garde.. A mon avis, l'uniforme de ces vierges, s'il est exact, me paraît un peu écourté et plutôt fait pour laisser une grande liberté aux mouvements; le shako, malgré ses ornements, manque certainement d'élégance. Ces filles, réellement très bien bâties, pèchent tout à fait par la distinction et la grâce. La petite gaine qui pend à leur côté gauche est sûrement destinée à renfermer le fameux couteau ou rasoir qui faisait tant frémir nos pauvres tourlourous.

Permettez-moi de vous présenter également deux échantillons de femmes acras (colonie anglaise) et plusieurs types de Pahouines, peu charmantes personnes; je n'ai fait que les entrevoir, sans en être très impressionné. C'est vraiment par trop barbare d'aspect; et là où la grâce disparaît, on peut dire qu'il n'y a plus de femmes.

AMAZONES DAHOMÉENNES.

Je ne vois pas trop pourquoi ces dames auraient peur des grands singes.

C'est à Kotonou que débarquèrent nos jeunes religieuses. Ici encore elles donnèrent lieu à une petite scène comique ; on avait commencé par descendre les animaux dans de grands paniers, attachés à une corde glissant sur une moufle. Ils étaient reçus en bas dans un bateau plat, qui les transportait ensuite à terre. Le même mode de transbordement était employé pour les voyageurs. Quand ce fut le tour des sœurs, l'une d'elles, une jolie petite Anglaise, qui ne parlait pas très bien le français, s'écria effrayée : « Alors, comme une véche!... » à la grande hilarité des passagers et au grand scandale de la supérieure.

Pauvres filles! je me demande à l'heure présente ce que sont devenus leurs petits minois frais et roses sous ce ciel meurtrier. La fièvre et l'anémie n'ont pas dû mettre longtemps à avoir raison de ces frêles créatures.

Leur disparition nous laissa une impression de tristesse.

FEMME PEULII.

Page 1