‹ Les femmesChapitre 15 sur 28 · MADEMOISELLE DE VALBELLE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE VALBELLE

main à Imit heures pour le conseil, si votre santé vous le permel toutefois.

La j< lie éclata sur les traits épanouis de Fouquet ; sa figure rayonna d'une vive lumière, bien qu'il s'efforçât de garder nu air froid, compassé, ministériel... mais son affidé le s;i\;iit par cœur : à (moi bon se masquer ainsi devant lui. Ah ! c'est un singulier animal qu'un ministre! un animal qui n'a point encore été bien étudié, ni classé : ses mœurs sont encore peu connues.

1-e surintendant se buta d'expédier les affaires ; puis, tout à lait remis, allégé, il ne s'occupa plus que de ses plaisirs. . . Il sonna son valet de chambre...

Il se coucha, et fit les plus beaux rêves , des rêves d'or ; il vit dans cette nuit Colbcrt en une ebambre froide de la Bastille , et de nouveaux cheveux de femmes venaient s'amonceler dans sa cassette aux portraits ; il se vit tout luisant d'orgueil au milieu de sa fête de Vaux , de sa fête encore sans égale ! Il en donnera encore des fêtes ; car jusqu'où ne montera-t-il pas? Tout lui souriait ; les premiers de la cour n'étaient-ils pas ses pensionnaires? Que pouvait-on tramer contre lui qu'il n'en fût sur-le-champ informé? Il avait une police laite par de grands seigneurs. Il était donc en mesure de parer un coup imprévu, de se cantonner à Belle-Isle , qu'il avait bien fortifiée ; et là il pouvait braver toute la puissance de Louis XIV!... Et puis on n'oserait, on ne pouvait se passer de ses talents?... Or, demain sera le jour • le son triomphe; demain verra son rival disgracié!... Jamais Fouquet n'avait dormi d'un si bienfaisant sommeil ! jamais il n'avait été bercé d'un si doux sonsre.

<i'i MADEMOISELLE l)K VALBELLE.

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Le lendemain matin , le surintendant des finances traversait l'humble flot de courtisans qui se pressaient dans l'antichambre royale, et inclinaient devant sa puissance leurs fronts naturellement insolents... M. de La Feuillade, M. de Saint-Aignan , et surtout M. de Gèvres, les premiers seigneurs , se firent une fête de l'accueillir, la joie sur les traits , et de lui toucher la main cordialement. Ils se confondaient en vives protestations d'amitié , de dévouement ; on entendit, le duc de Gèvres dire plus d'une fois : A la vie , à la mort ! . . . A leur exemple , les autres courtisans s'inclinèrent , se prosternèrent, adorèrent la puissance métallique de l'or fait chair en Fouquet.

Le conseil avait été court ; sa Majesté n'y avait adresse la parole qu'à M. Fouquet; et, avec une bonté toute particulière, elle s'était plu à lui demander d'assez nombreux renseignements sur les finances de son État : sa Majesté avait été d'une humeur charmante , d'une bonté vraiment royale...

Fouquet sortit...

Suivi de son cortège habituel de gentilhommes , déjà il posait le pied sur le marche-pied de son carrosse , alors que d'Artagan , ce môme sous-lieutenant de mousquetaires que le grand roi avait mandé la veille , s'approchant brusquement :

« Monsieur, ce n'est point là qu'il faut monter, mais bien dans cette chaise aux portières grillées que vous pouvez voir à deux pas.

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