CLAIRS M ( I1ARM1ANE
capitaine aux gardes irlandaises , exilé à Soifisons pour avt >n t'ait la cour à la maîtresse du marquis de Charmiane. Suis-je bien informée?...
— Fort bien , charmante enchanteresse ! . . . Mais , à mon tour : Savez -vous bien que je pourrais vous deviner... Ne sériez-vous pas, par hasard, cette maîtresse elle-même?... Voyons , Cornélie , de grâce , dites un mot , et vous me rendez le plus heureux des hommes.
— Mademoiselle Cornélie , que vous aimez tant , vous a-t-elle écrit depuis votre départ de Paris?
— Hélas ! non , répondit le comte en baissant la tète.
— Alors, croyez -vous qu'une demoiselle qui ne trouve pas le temps d'écrire un billet puisse en avoir assez pour courir la poste jusqu'à Soissons, un jour d'Opéra?
— Vous n'êtes donc pas Cornélie? Alors, que me voulezvous?
— C'est précisément ce que vous saurez plus tard. Et d'abord , pour être franche , monsieur le comte , je vous avouerai sans plus de façon que c'est vous que je cherchais ici. N'ayez donc pas l'air si fort étonné? Êtes-vous si peu habitué à ces sortes d'aventures, que celle-ci doive vous surprendre ?
— En vérité, ce langage...
— Est fort clair, monsieur. Je suis allée chez vous ; votre valet m'a fait part de votre présence en un lieu où , ainsi que moi , vous êtes fort déplacé. Cependant l'intérêt qui m'anime est si puissant , que je suis venue...
Tout ceci a passablement l'air d'un roman, madame ! . . .
— C'est qu'apparemment les histoires d'aujourd'hui ne son! lias plus sérieuses que des contes. Cependant le temps
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presse, et nous perdons en paroles des heures précieuses. Vous êtes hardi , n'est-ce pas? et les folles aventures ne vous déplaisent guère?...
—Fort peu, lorsque surtout il s'agit de les avoir avec vous.
— Doucement , ne pressez donc pas si fort une taille qui n'est pas celle de mademoiselle Cornélie , la seule femme que vous aimiez !
— Je la déteste.
— Ah ! vous la détestez , maintenant ! . . . Voilà de rapides amours? L'Irlande s'est donc tout à fait francisée? Mais que m'importe ! ce n'est pas d'une danseuse qu'il s'agit . Voyons , monsieur le capitaine, si je vous demandais une grâce , me l'accorderiez-vous ?. . .
— Sans hésiter.
— Il me faut un chevalier lidèle à sa parole , et dévoué. . . Oserez-vous bien être le mien pour vingt-quatre heures au plus?... jusqu'à ce soir seulement, peut-être?
— Si peu de temps ! . . . Vous me laisserez bien des regrets. . . Que faut-il faire?
— Me suivre à l'instant.
— Où donc ?
— A Paris !
— Y pensez-vous ?. . . Et mon exil ! . . .
— Quoi! vous hésitez déjà?... Et cette hardiesse, ce dévouement dont vous faisiez parade!... Que craignez-vous.' M. de Charmiane? Il ne saura rien de votre présence à Paris, si vous n'allez pas voir mademoiselle Cornélie.
— Le ministre de la guerre?
— Je me charge de calmer son courroux, si par hasard il apprenait la chose.