‹ Les femmesChapitre 2 sur 28 · LOYSE DE LAGNY · texte numérisé non relu

LOYSE DE LAGNY

Sous François I.

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Par une belle matinée du mois de juillet, la reine Marguerite de Navarre avait concerté, en l'honneur de son royal frère, le plan d'uni' fête champêtre, qui devail avoir lieu le jour suivant. Mais François 1 refusa d'y assister: depuis quelque temps, le sourire avait disparu de ses lèvres; son front était soucieux, el tout, dans sa personne, trahissait le secret qu'il voulait vainement dérober aux regards de ceux qui l'entouraient. Les avis étaient partagés à la cour sur la cause de sa, mélancolie : beaucoup de personnes assuraient qu'elle avait pour origine l'inquiétude que lui inspirait la situation critique de ses armées; d'autres (et c'était le plus grand nombre) allumaient qu'elle provenait

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tout simplement d'une altercation assez vive qu'il avait eue peu de temps auparavant avec une de seo îniukujiwm. favorites.

Lo matin fixé pour la fête, le soleil resta voilé; le ciel était sombre et orageux , un vent impétueux chassait les nuages qui s'amoncelaient a l'horizon, et une pluie battante tombait par torrents. Tout espoir de plaisir s'étanl évanoui, Marguerite en conçut un ennui mortel ; elle avait t'ait ses dispositions pour s'amuser, et il lui en coûtait d'être forcée de changer quelque chose à un plan si sagement entendu, lorsqu'elle avait pris d'avance toutes ses mesures depuis plus d'une semaine. Contrariée, dépitée, irritée, et ne sachant comment tuer le temps, elle imagina d'aller trouver son frère, et de le lutiner un peu pour se distraire.

François I s'était enfermé dans son cabinet , et avait déclaré qu'il ne voulait recevoir personne; c'était une raison de plus pour que Marguerite désirât le voir.

Elle pénétra dans son appartement malgré les ordres qu'il avait donnés, força la consigne des huissiers et des sergents d'armes, et l'aperçut assis près d'une fenêtre en ogive , écrivant avec un diamant sur les vitraux coloriés, contre lesquels la pluie venait battre. Deux beaux chiens de chasse, ses seuls compagnons , dormaient à ses pieds. Lorsqu'il vit entrer la reine de Navarre, il tira précipitamment un rideau de soie sur son ouvrage , et parut un peu confus.

« Quel complot méditez-vous là, mon souverain? dit la reine. Vous me cachez quelque chose : je le devine à la rougeur qui colore vos joues.

— Il est vrai que mon occupation , vue de loin , ressemble assez à un complot; aussi est-ce pour celte raison, chèresœur, que je me cache de toi. »

LOYSE in LAGN1 .

Os mois excitèrenl la curiosité de Marguerite à un tel poinl , qu'elle voulul La satisfaire sur-le-champ; mais François 1 s'y opposa, etsa résistance el L'opiniâtreté de sasœur donnèrent lieu à une contestation assez animée. Enfin, il céda,, et, se jetant dans un vaste fauteuil, il prit un air moitié grave,'moitié sentimental, causé sans doute par le souvenir que lui avait inspiré son épigramme contre le beau sexe.

«Que vois-je? s'écria la reine en tuant le rideau; mais c'est un crime de lèse-majesté:

« Souvent femme varie , Est bien fou qui s'y fie ! »

Peu 'de chose manque à votre couplet pour en rendre le sens parfait : ne serait-il pas mieux ainsi?

s(,Uvfnt homme varie .

* Bien folle qui s'y fie ' t

Car, pour appuyer mon opinion , je pourrais vous citer plus de vingl exemples de l'inconstance des hommes.

Je me contenterai seulement d'une unique preuve de fidélité de voire sexe, dit François assez brusquement ; mais ne me provoquez pas davantage.

— Je défie votre Majesté, reprit vivement Marguerite, de me nommer une dame noble el de haute réputation qui puisse être accusée d'inconstance.

— Quoi! pas même Loyse de Lagny? » demanda ironiquement le roi.

li LOTSE DE LAGNY.

Ces mots accablèrenl Marguerite : Loyse avaitété élevée

dans son propre palais. C'étail la plus belle et la plus vertueuse des dames d'honneur. Elle avait longtemps aimé le sir de Lagny , el leurs noces s'étaient célébrées avec de grandes réjouissances. Peu de mois après, de Lagny lut accusé d'avoir livré à l'empereur Charles-Quint une forteresse dont il avait le commandement, et, par suite de cette accusation , condamné à une prison perpétuelle.

Pendant plus d'un an, Loyse parut inconsolable; elle visita souvent le triste donjon de son époux, et témoigna une douleur si vive de son malheureux sort , qu'elle en tomba dangereusement malade, et faillit mourir. Mais, au plus fort de son désespoir, elle disparut un jour, et le bruit ne tarda pas à se répandre qu'elle s'était enfuie de France avec tous ses bijoux , accompagnée de son page Robin-Leroux; on ajoutait (car la médisance va loin) que la dame et le page occupèrent souvent la même chambre durant le cours de leur voyage. Ces rapports parvinrent jusqu'aux oreilles de Marguerite , qui, indignée contre sa favorite, détendit expressément qu'on cherchât davantage le lieu de sa retraite.

Elle fut donc cruellement mortifiée lorsque son frère lui rappela cette récente histoire ; mais, ne voulant pas avouer sa défaite, elle prit le parti de Loyse, et déclara qu'elle ne la croyait point coupable. Elle alla même, dans le premier moment d'assurance, jusqu'à avancer qu'avant un mois, elle lui apporterait des preuves irrécusables de son innocence.

« Au fait, elle n'a pas eu trop mauvais -oui . carRobin était un joli garçon , 'lit François 1 enriant.

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