‹ Les femmesChapitre 3 sur 28 · I.OYSI Hl LAGNY · texte numérisé non relu

I.OYSI Hl LAGNY

Eh bien! taisons un pari, s'écria Marguerite courroucée ; si je perds, je consens à n'avoir, pour seule épita-

phe, que tes outrageantes rimes sur le marbre de mon tombeau ; mais, si je gagne...

— Je briserai ma vitre , et t'accorderai ta première requête, » répondit le roi.

Ces choses étant ainsi convenues, ils se séparèrent.

Ce pari mit tous les esprits en émoi à la cour ; mais, quelque démarche que fit la reine , le résultat en fui longtemps problématique. Elle envoya des émissaires par toute la France, promit de fortes récompenses à celui qui donnerait des nouvelles de Loyse, et prodigua tout aussi vainemenl l'or que les promesses. Déjà même le délai convenu était sur le point d'expirer, et elle aurait donné tout au monde pour n'avoir jamais parié avec si peu de chances de succès, ou pour pouvoir dégager honorablement sa parole, lorsque le geôlier de la prison dans laquelle languissait le sir de Lagny, sollicita la faveur d'un moment d'audience. Il apportait à Marguerite une lettre du malheureux chevalier, dans laquelle celui-ci l'assurait que, si elle daignait, pour première requête, demander son pardon, et obtenir qu'il put paraître devant son souverain , il lui ferait gagner sa gageure.

La reine de Navarre , au comble de la joie, promitd'exécuterce que le prisonnier exigeait d'elle. Elle espérait d'autant plus eu venir à bout qu'une circonstance inattendue

<S LOYSE DE LAGNT.

rendit subitement , à François I, déjà plus gai depuis qu'il avait la presque certitude de confondre sa sœur, sa bonne tumeur et son enjouement accoutumés. On cavalier apporta un matin des dépêches qui lui annonçaient que son armée avait remporté une grande victoire sur les impériaux.

Dans ces dépêches , on faisait au monarque l'éloge du messager, et un le lui dépeignait comme le plus brave gentilhomme de son royaume. François I , qui estimait la valeur, le combla de présents , et regretta qu'un vœu l'empêchât de lever la visière de son casque , et de lui révéler son nom.

Le soir du même jour, tandis que le soleil couchant dorait de ses derniers rayons les vitraux de la fenêtre sur laquelle était gravée la rime peu galante , François était enfoncé dans son fauteuil gothique, et regardait d'un œil malin la reine de Navarre , qui , assise près de lui , le regardait aussi d'un air de triomphe auquel il ne pouvait rien comprendre , lorsque tout à coup une porte s'ouvrit , et le prisonnier parut entouré de ses gardes ; il marchait lentement , paraissant exténué par le manque d'air, d'exercice et desaine nourriture. A un signe de Marguerite, il tomba aux pieds du roi, et ôtant son chapeau, il découvrit une chevelure blonde, qui retomba sur ses épaules, sur sun front, et voila ses yeux suppliants.

« Il y a là quelque trahison ! s'écria François : geôlier, où est votre prisonnier?

— Oh! sire, ne le blâmez pas, dit la douce Loyse d'une voix tremblante et affaiblie; de plus sages que lui ont été trompés par des femmes...

EÔYSK DE I.Ai.M . !»

» Mon époux * '■ t ; i i t coupable du crime dont il subissail le châtiment; ilne restait qu'un seul moyen pour le sauver, poiir lui permettre de recouvrer son honneur qu'il avait

perdu; ce moyen , je l'ai tenté... J'ai pris ses fers, el il s'est échappé, revêtu de mes habits, avec Robin-Leroux. Il a rejoint secrètement l'armée, où il a été assez heureux pour faire oublier par des prodiges de valeur sa conduite passée, car le cavalier qui, ce matin, vous a délivré des dépêches et que vous avez daigné combler des marques de votre bonté, n'est autre que mon cher Enguerrand de Lagny. J'avais attendu son retour pour découvrir le lieu de ma retraite à ma gracieuse maîtresse dont la requête. . .

— Est que vous m'accordiez le pardon de Lagny , dit la belle Marguerite en tombant aux genoux de son royal frère. N'ai-jc pas gagné mon pari ? Sire , rendez-vous aux prières de voire humble vassale, et récompensez la fidélité de ma noble Loyse... »

François I s'empressa de relever les deux dames, brisa sa vitre, et détruisit la mensongère devise; puis, pour célébrer encore plus hautement leurs vertus, il voulut qu'une fête et un carrousel eussent lieu en leur honneur.

Dans ce tournoi, le sir de Lagny remporta tous les prix, et le roi ratifia publiquement le pardon qu'il lui avait accordé a la sollicitation de Marguerite; niais c'était surtout sur Loyse que tous les regards étaient fixés, car il y avait assurément plus «le charmes dans la pâleur de ses joues, plus de grâces dans sa démarche affaiblie , preuves touchantes d'un amour sans égal , que dans l'air de santé el la ravissante fraîcheur de la plus séduisante beauté de la fête.

Sous Henri II

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La France était alors en guerre avec Charles-Quint ; parmi les nombreux chevaliers qui combattaient sous la bannière du jeune dauphin , et tenaient à honneur de se signaler par de brillants faits d'armes aux yeux de ce prince galant et valeureux , on remarquait surtout un jeune lansquenet ; intrépide, rien ne lassait sa vaillance : ni les fatigues , ni les uhstacles, ni les dangers; à lui, les postes les plus périlleux; partout on le rencontrait le premier à l'attaque , comme dans les plus sanglantes mêlées. Ce brave chevalier avait éveillé d'autant plus l'attention de ses chefs, qu'il tenait constamment sa visière baissée. Mais, en ces temps, les vœux de la chevalerie avaient parfois une apparence bizarre ; aussi nul

n'osait l'interroger. Personne ne le connaissait donc ; personne n'eût pu dire qui il était, d'où il venait. Il avait nom Loys; voilà tout ce qu'on savait de lui. Un seul homme, dans toute l'armée, eût pu soulever le voile dont s'entourait ce mystérieux personnage : cet homme était son père, Charly le Lyonnais, qui combattait aussi lui-même sous la bannière de Henri II... Mais Charly se taisait. Un jour enfin que, après un combat sanglant sous les murs assiégés de Perpignan , la victoire était demeurée aux Français , le jeune Loys avait fait , en cette occurrence , de tels prodiges de valeur, que le dauphin le fit sortir des rangs et lui remit les insignes de capitaine, en présence et aux acclamations de toute l'armée. Mais , à quelque temps de là , Loys disparut soudain du camp, au grand étonnement de tout le monde , sans que nul pût savoir ce qu'il était devenu : ce qui n'empêchait pas les trouvères de célébrer en tous lieux , surtout à Lyon , dans leurs ballades , les grands exploits du capitaine Loys. Il faut dire aussi qu'à cette époque Lyon était déjà le rendez-vous de tous les beaux esprits du temps. Cette cité possédait à Fourvières l'un des premiers athénées qu'on ait fondés en France ; c'était là comme une cour du gai savoir, où tenaient leurs assises les Lemaire de Belge , les Moulinet , les Guillaume Alexis , les Pernette du Guellet , les Clémence de Bourges , les Sébile de Sève , notamment Louise Labbé qui présidait le sanctuaire.

Avant de passer outre , nous dirons d'abord un mot de Louise Labbé. Cette jeune fille , qui fit la gloire de sa ville natale , avait une singulière aptitude aux sciences les plus abstraites; douée d'une mémoire prodigieuse, toutes les langues mortes et vivantes lui étaient devenues familières.

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Sa beauté étail ravissante, sa voix mélodieuse; son imagination poétique el chevaleresque s'était surtout exaltée si bien aux récits merveilleux des mille prouesses de nos héros de l'antiquité, que, de cette même main qui parcourait avec lani de grâce les cordes i\'\\no cithare, on la voyail manier avec dextérité l'épée et dompter le plus fougueux coursier: en un mot, cette belle Lyonnaise était, pour son siècle, un véritable objel d'admiration.

Une grande solennité devait ajouter bientôt un nouveau fleuron à cette couronne de gloire. La saint Thomas étail la fête annuelle de l'athénée; c'estee jour-là qu'on décernait les prix de poésie el d'éloquence. Henri II aimait la poésie el les poètes; il avait donc promis, en se rendant à l'armée d'Italie, de s'arrêter à Lyon pour rehausser, par sa présence, la splendeur de cette fête.

Or, Henri II tint parole; aussi Lyon avait joyeusement pavoisé ses murs. Entouré d'une cour brillante, des cardinaux de Guise, de Vendôme, de Bourbon, de Lorraine, ce prince y lit sou entrée aux acclamations de tout un peuple.

Le i- merce et les arts signalèrent d'abord à l'envi , par des

tètes, le séjour du roi ; mais la plus remarquable devait être encore le concours littéraire de Fourvières : le monarque s'y rendit avec toute sa cour et un grand cortège. On y vit défiler tour à tour les arquebusiers habillés de satin blanc rayé d'or, les échevins vêtus d'habits de toile d'argent et soie violette , les membres du présidial montés sur des mules, lés-archers revêtus de cottes de mailles , puis tous les corps industriels au riche uniforme de satin, découpé, garni de filets dorés, et précédés d'une musique guerrière ; ensuite venaient les compagnies étrangères, les Lucquois, en longues robes de

velours , sur dos chevaux brillamment caparaçonnés ; les Génois, les Florentins , les Genevois, les Allemands; enfin la marche était terminée par des cavaliers lyonnais : des gladiateurs, voltigeant avec agilité parmi les hommes d'armes, exécutaient, à tous les temps de repos, des jeux guerriers, à l'instar des fêtes antiques.

Jamais solennité n'avait resplendi de tant de pompe ; tout Lyon était en émoi , se trouvait sur pied ; ce n'était partout qu'acclamations, fanfares, bruit de cloches auxquels répondait sans cesse le canon du fort Saint-Jean. Arrivé sur la montagne de Fourvières , Henri II fut reçu , au seuil du temple , sous un portique formé de faisceaux de Heurs entremêlés de branches de laurier et de chêne ; après quoi, il prit place sous un dais entouré d'une élégante draperie ; à ses pieds, figuraient les attributs des muses.

Ronsard avait été nommé , par le roi , président de la fête ; les autres membres de l'aréopage étaient , avec les émérites de Lyon , Amyot , Saint-Gelais , Morin Alaman , de Muret et le tragique Jodelle. Bientôt le monarque éleva un rameau entrelacé de myrte et d'immortelle... A ce signal, s'ouvrit le concours. Alors, tour à tour, Montaigne, qui devait plus tard s'immortaliser par ses Esscm,Maistre Angeli , Borneuil , le maître des troubadours , parurent dans la lice ; après eux , Nostradamus, frère puîné de l'astronome, Grévin, duBelay, et d'autres concurrents encore, parmi lesquels brillait surtout un jeune chevalier, Ennemond Perrin : et peut-être ce dernier allait-il être vainqueur, quand Louise Labbé fit entendre ses accents. Soudain l'admiration lit taire toutes les voix ; une salve d'applaudissements succéda au silence, et l'aréopage, transporté, décerna à la belle Louise la couronne

de la prose poétique; e1 bientôl son Élégie aux dames de Lyon lui faisait cueillir une double palme. Toutes les lyres s'élevèrent à la fois pour la célébrer ; le roi posa sur son front le laurier du Pinde , et elle fut reconduite jusqu'au siège d'honneur où l'appelait son triomphe.

Mais Ennemond fut vainqueur à son tour. Inspiré par l'amour, il avait chanté dans ses vers l'ordre de la Cordellière dont Louise Labbé avait été décorée par Marguerite de Navarre. Le nom de Louise décida du succès du poète. Ronsard le félicita sur l'heureux choix de son sujet : ce qui fit rougir Louise , et rendit Ennemond bien glorieux. Il avaii tant désiré se distinguer aux yeux de la noble dame de ses pensées !

Après avoir assisté à mille autres divertissements , Henri dut s'arracher aux plaisirs dont on l'entourait. La France était de nouveau menacée. Les places fortes, conquises dans le Piémont et en Italie, étaient un précieux boulevard; le roi voulait les visiter lui-même : il poursuivit donc sa route. Quand il eut tout parcouru , enflammé par sa présence , et d'une nouvelle ardeur, le courage de ses soldats, il revint à Paris, laissant le commandement de l'armée aux mains du duc de Brissac. Cependant la guerre avait déjà rassemblé tous nos preux sous la bannière de France; Ennemond Perrin allait aussi combattre ; Louise, en recevant les adieux de son beau chevalier, lui remit un anneau suspendu à une chaîne de cheveux. Ennemond posa ce talisman sur son cœur, et jura de le conserver jusqu'à la mort.

Les lansquenets faisaient alors partie des troupes commandées par Montlue : campé sous les murs de Sienne, ce noble chef combattait les Toscans, alliés de Charles-Quint.

18 LOUISE I. Ainsi:.

A peine Ennemond Perrin reparut-il dans les rangs des lansquenets, qu'aux yeux de toute l'armée se montra aussi tout à coup, la visière baissée et monté sur un beau destrier, ce fameux capitaine Loys, que chacun avait décidément cru mort. On s'empressa de toutes parts autour de lui ; mais non moins mystérieux que par le passé , il garda le silence le plus absolu sur les causes de son absence; en vain Ennemond lui-même se hasarda-t-il à l'interroger; en revanche, Loys lui accorda, sur sa prière, la faveur de combattre à ses côtés ; et , dès ce moment , Ennemond se distingua par mille actions d'éclat.

Un jour, les Toscans avaient l'ait une sortie des murs de Sienne ; l'attaque fut impétueuse , le combat terrible , la mêlée sanglante ; enfin , après mille prodiges de valeur de part et d'autre , les assiégeants sont repoussés ; ils prennent la fuite. Deux chevaliers français s'élancent ensemble à leur poursuite jusque sous les barricades; tous deux cherchent à s'emparer d'un guidon ennemi ; l'un d'eux , plus agile (c'était Loys), l'arrache aux Toscans, au grand chagrin d'Ennemond, qui lui disputait ce trophée; car plus d'une fois son chef avait déjà pris a tache de le devancer aux postes les plus périlleux. Ennemond avait d'ailleurs remarqué chez Loys une réserve, une froideur à son égard, une affectation même à l'éviter vraiment inexplicables ; sa fierté s'en révolta, si bien qu'il finit par prendre secrètement en rivalité le héros qu'il admirait tant naguère.

Le fort de Limolia, qui protégeait Sienne, était gardé par un capitaine du nom de Saint-Auban : cet officier se laissa surprendre de nuit. Déjà l'ennemi envahissait les remparts, quand Montluc, instruit d'un pareil échec, se dirige en toute

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hâte sur ce point. Il arrive aux remparts au moment même où Saint-Auban éyaeuail la place. Furieux à cel aspect . Montluc pousse devant lui le malheureux capitaine . el quand il est près de la brèche, il lui crie : « Saule dedans, ou je le

lue. » L'officier, honteux, s'élance; Montluc le suit en appelant à lui ses braves lansquenets ; el LoyS étail là; déjà il

avait encore deva net- ses frères d'armes ; son uval en gloire,

Kunei I , combattait seul à ses côtés. On pénètre dans la

place, on attaque l'ennemi avec fureur. A la lueur des torches, Loys a vu soudain le drapeau toscan flotter sur les remparts; il se fraie un chemin sanglant jusqu'aux bastions; Ennemond le suit ; tous deux visent à la même proie ; mois cette fois Loys l'emporte encore, car d'une main il combat , de l'autre il enlève l'étendard. Alors les Français sont saisis d'une ardeur nouvelle, l'ennemi est refoulé, et la bannière de France reprend bientôt sa place sur les murs assiégés. Ce dernier exploit ne lit qu'ajouter un nouveau lustre à la renommée de Loys, un nouvel aliment à la baine jalouse d'Fnnemond , et il ne vit décidément plus en lui qu'un dangereux ennemi attaché à ses pas. Toutefois trouva-!-i! , suites remparts de Limolia, un doux objet de consolation : il y cueillit enfin un brillant trophée digne d'être offert à sa noble dame.

Après une campagne glorieuse, le duc de Brissac posa bientôt les armes; la France avait besoin de repos; [es preux regagnaient leurs foyers; Ennemond se rendit donc à Lyon où l'appelait son amour. \ peine a-t-il franchi les murs de celle cité, qu'il vole ''ers la demeure de sa dame pour lui

faire hommage de son trophée. Mais, ôsurprise! la maison de Louise esl déserte, son père est mon . un serviteur esl là

20 1 01 [SE LABUÉ.

solitaire , attendant sa maîtresse ; mais il ignore , dit-il , et le lieu de sa retraite et le moment de son retour. Alors l'âme d'Ermemond est déchirée par les tourments de la jalousie ; il lui semble , dans son anxiété , voir Loys près de celle qu'il adore; toutefois il attend, il attend encore; mais les jours s'écoulent, et Louise ne revient pas... Plus de doute alors, il est trahi. Dans son désespoir, il brise un beau jour son épée. Pour étourdir sa douleur, il a besoin d'une vie active ; il se fixe à Lyon ; il déserte la gloire pour l'industrie. Une flotte allait porter, en des mers lointaines, l'éclat du pavillon de France ; la tresse de cheveux qu'il a reçue de Louise était , par la solidité de son tissu , l'emblème d'un sentiment durable ; il conçoit, par une amère ironie, l'idée de prendre ce symbole pour modèle; . . et voilà qu'il s'improvise fabricant de cordages pour la marine. La manière tout à fait neuve dont ses câbles étaient tressés, le mettent en réputation : il fait une fortune rapide.

Sur ces entrefaites , Lyon a retenti tout à coup d'une grande nouvelle : c'est l'arrivée de Louise... On annonce la fin de son pèlerinage ; les trouvères accordent leur luth pour célébrer le retour de la Sapbo lyonnaise. Alors le cœur d'Ennemond bondit en secret de crainte et d'espoir. Sa dame lui serait-elle restée fidèle ? De son côté , Louise apprend , avec une surprise extrême , la vie industrielle du guerrier de son choix. Mais le jour de la rentrée de Louise est venu ; Lyon revoit sa Corinne ; et le pauvre Ennemond , caché , lui , dans la foule des ménestrels qui forment son cortège , épie en tremblant un regard de Louise , et les beaux yeux de celle-ci le cherchent avec non moins d'anxiété ; il n'en saurait douter ; elle ne l'a pas oublié ; elle l'aime donc toujours. Alors

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plus d'indignes soupçons, plus de jalousie j il est ivre de joie , de bonheur ; il vole expier sa coupable erreur aux pieds de sa maîtresse ; et, après bien des regrets, des serments, il en reçoil avec délices la douce promesse d'hyménée. Cette

union si belle fut bientôt publiée ; un banquet même eut lieu à cette occasion : banquet de fiançailles où plus d'un gai Lenson, d'une ballade, redit les exploits de l'iieureux Lnneniond. Pendant le festin, de nombreux toasts furent portés ; le nom de Loys fui célébré à son tour; et maintes damoiselles ayant alors exprimé le regret que ce paladin n'eût point accompagné les pas d'Henri II, lors de son séjour sur les bords du Rhône, Louise, jetant sur Ennemond un regard a la dérobée, dit : « (jue Loys, par un vœu secret, ne pa- » raltrait jamais dans les murs de Lyon, à moins que le » secours île sa lance ne fut utile à la défense de cette cité. »

Soudain Ennemond sentit, au fond de son cœur, se rallumer le feu de la jalousie ; un nuage passa sur ses yeux ; \\ supplia Louise de lui accorder un moment d'entretien ; et tandis que la foule des convives se répandait dans les jardins, Louise, de l'air le plus calme, dit à Ennemond d'aller l'attendre dans son oratoire.

Le pauvre Ennemond, bien triste et bien dolent, s'est dirigé vers le fatal oratoire... Il a cru venir là retremper les faiblesses de son âme au pied de l'image de Dieu... Il entrerais quels objets frappent tout à coup ses \ eux... un casque, un gantelet négligemment posés près d'un divan... et il a reconnu l'armure de Loys... « C'en est l'ail ! s'écrie-t-il éperdu. je suis donc trahi ! » Et Ennemond, la rage au cœur, s'ap-

prèle à sortir de ces lieux , lorsque Louise parait : sou air

est riant , sa démarche gracieuse , un doux incarnat colore

ri i 01 isk i aiîiu .

ses joues virginales.., Un seul coup d'œil lui ;i révélé la sombre agitation d'Ennemond.

«Quelle peine tourmente votre cœur, mon doux ami?

lui dit-elle alors d'une voix caressante.

— Eh quoi ! reprend Ennemond tout en cherchant à réprimer encore l'élan de sa fureur, se jouer ainsi de l'amour le plus vrai! Répondez à ce muet témoin de votre perfidie. »

Et , disant ces mots , il lui désignait du doigt la funeste armure.

« Las ! réplique sa dame avec le plus touchant sourire , c'est souvenance du temps passé. Encore ai son portrait ; mais , soyez sans colère , veux vous en faire don , car n'avez vu les traits de qui vous rend jaloux. »

Ennemond , demeuré d'abord stupéfait de surprise à cet étrange aveu , s'écrie bientôt hors de lui :

« Donnez , donnez ! cette image abhorrée guidera mon bras. »

Louise tire alors de son sein le portrait d'un guerrier ; puis , timide et baissant les yeux , elle le présente d'une main tremblante à son amant furieux : celui-ci se précipite au-devant du portrait, y jette un regard avide. Peut-il en cr< lire ses yeux ! . . . C'est l'image de Louise sous l'armure du capitaine Loys, dont la visière était restée constamment baissée , même aux yeux du roi.

Ainsi donc la Sapho du siècle se trouvait avoir en même temps été l'un des plus célèbres preux de son époque.

Saisi d'admiration, ému jusqu'aux larmes, Ennemond se jette aux pieds de sa maîtresse, il les embrasse, implore son pardon, et doute encore s'il rêve, tant son imagination est fascinée .. ses veux éblouis de tant de prestiges el de gloire.

I in l»l LABBÉ. 27)

Vous aviez soupçonné ma foi, [reprit en souriant la belle fiancée, et voilà ma vengeance.»

Ennemond, glorieux de sa compagne . divulgua partout le secret de Loys ; le bruit s'en répandit dans l'armée , et parvint jusqu'au roi. La fête nuptiale se célébra bientôt avec pompe ; et Henri II , pour honorer à la fois la vaillance de Loys et les talents de Louise , acquit , à Lyon , le Mail où il avait admiré la jeune amazone, et lui envoya l'acte de cette donation royale.

Louise Labbé fut, depuis son hymen, connue aussi sous le nom de la Belle Cordière , par allusion à l'industrie qu'exerçait Ennemond.

HENRIETTE DE SURGY

IBNR1ETTE m SURI

« Monsieur le marquis, j< ne tous aime plus! Après cet aveu, le brillant marquis de Grimani trouvera à la cour de Marie de Médicis des compensations sans nombre. Je vous prie de vouloir remettre au comte de Marsile , porteur de ce billet , les lettres que j'ai eu l'imprudence de v. mis écrire. Ne m'en voulez pas, marquis; je vous le répète , je ne vous aime plus ; et je suis dans un moment de doute tel , que je ne sais pas même si je vous ai jamais aimé. Adieu, pardonnez-moi et <>ubliez-m<>i.

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