CLAIRE !»; CHARMIANE. !I
raisonnable ; vous perdrez un rival , et un rival dangereux , je vous en avertis, depuis surtout que vos rigueurs le frappent à cause de moi ; et vous gagnerez un ami qui vous sera dévoué, parce qu'il vous devra le bonheur. . . Et vous hésitez encore?
— Que savez-vous des intentions du comte?
Ne m'avez -vous pas dit qu'il aime mademoiselle de Charmiane? Ne me l'a-t-il pas dit aussi? Il faut qu'il en soit bien épris pour en parler ainsi à celle dont il recherchait les faveurs. »
Mademoiselle Cornélie était ravissante de grâce après souper ; M. le marquis avait un grand faible pour elle ; le mariage dont elle l'entretenait, avait été longtemps dans ses intentions; la colère sans cause qui sépara sa sœur et M. le comte, et la tentative que, dans son dépit , celui-ci avait essayée auprès de Cornélie, avaient seules rompu ses projets. Vers le matin , M. de Charmiane était presque décidé à tout promettre, si M. le comte venait lui-même lui demander la main de sa sœur. C'était ce que mademoiselle Cornélie avait prévu avec la perspicacité d'une femme qui, habituée aux intrigues d'amour, connaît toutes les faiblesses du cœur. Ce qu'elle savait de l'amour du comte pour mademoiselle Claire, et des causes de leur brouillerie, lui avait inspiré la folle envie de les réunir pour une nuit, à l'improviste. Le pavillon qu'habitait la jeune personne avait été longtemps la petite maison mystérieuse ou le marquis la recevait incognito au sortir de l'Opéra. Quand sa sœur en prit possession, il oublia de réclamer les ciels que la danseuse possédait. On a vu l'usage qu'elle en avail fait.
Ce fut précisément la bizarrerie de ses projets el la diffi-
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culte de leur réussite qui la décidèrent à tenter l'aventure. Et puis cela était si plaisant , si incroyable, un mariage t'ait par une danseuse :
Mademoiselle Cornélie s'échappa une minute du boudoir à l'heure où les bougies se mouraient ; elle griffonna à la hâte quelques lignes, et les remettant à un des laquais, elle lui ordonna de se rendre au château de M. de Charmiane, d'attendre à la porte du jardin , et de donner le billet au comte O'Sullivan qu'il en verrait sortir au point du jour.
Elle avait encore deviné que Reginald serait longtemps retenu auprès de mademoiselle Claire. Mais elle s'était trompée de cause. Elle avait auguré du résultat avec l'esprit d'une danseuse qui ne comprend pas l'amour, comme le cœur d'une jeune fille qui n'a encore rien deviné.
Quand le comte O'Sullivan reçut cette lettre , voici ce qu'il lui :
« Monsieur le comte , vous ne vous souvenez peut-être plus d'une femme que, l'an dernier, vous avez défendue, au sortir d'un bal masqué, contre les tentatives insolentes de quelques mousquetaires échauffés par le vin. Vous fûtes blessé en la sauvant. Cette femme, c'était moi. Depuis lors vous m'avez courtisée ;' mais, pour acquitter la dette de ma reconnaissance , il vous fallait mieux que ma personne. Vous aimez mademoiselle Claire de Charmiane , et vous la méritez. Elle vous a pardonné sans doute. M. le marquis consent à vous donner sa main : osez la lui demander.
» Encore une fois, je réponds di SUCCÈS.
» Cornélie, danseuse à l'Opéra. »
CLAIRE ItK CIIAKMIAM
Le soir môme, M. de Charmiane avait donné sa parole à M. le comte O'SuUivan ; l'ordre d'exil était retiré; Reginald rêvait le ciel aux pieds de Claire,- etCornélie, en Diane chasseresse, dansai! à L'Opéra.
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