‹ Les femmesChapitre 23 sur 28 · ADR [EN NE 1)1 MARCILLY · texte numérisé non relu

ADR [EN NE 1)1 MARCILLY

Hélas! indu pegrel le plus amer esl de n'y avoir pu contribuer ! »

Tant de gens onl pu se trouver dans une situation analogue à colle de M. do Marcilly, qu'il serait, je crois, superflu île décrire en détail tous les sentiments qui l'agitèrent.

Il était très-attaché à sa femme, et ce lut, sans doute, un coup affreux pour lui (pie de perdre, en mi moment, le bonheur dont il avait joui pendant six années; mais son affection n'était point égOÏSte, et son âme était au-dessus des petitesses de la vanité. Il avait aimé autrefois, et s'en souvenait encore ; et, comme l'a dit une femme illustre. comprendre, c'est pardonner. Assez éclairé d'ailleurs pour qu'aucun préjugé ne vint mettre des bornes à sagénérosité naturelle, sou caractère sortit bientôt vainqueur de la lutte, et s'éleva beaucoup plus haut que sa position. Le troisième jour, au matin, Adrienne recul sa réponse; la voici :

"A votre place, Adrienne, toute autre eût essayé de d me tromper, et telle était en vous ma confiance, que vous » y auriez probablement réussi. Vous avez dédaigné île le » l'aire... Hélas! mon malheur serait moins cruel peut-être, » si en vous perdant je pouvais cesser de vous estimer. Me » venger! vous punir! et de quoi? D'avoir dorme votre - amour à qui l'a su mériter? Je sais trop qu'à mon âge il >< ne m'était plus permis d'y prétendre. Vivez donc heureuse o avec l'homme que vous avez choisi, et si vous quittez ce » pays, comme je le pense et vous le conseille, prenez son a nom, je n'y mettrai point obstacle. Hais je n'entends pas » que vous soyez jamais à sa merci , et vous recevrez demain « le premier quartier d'une pension de quinze mille livres ,

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» laquelle vous sera toujours régulièrement payée. C'est le » tiers de mon revenu : je ferais mieux , sans les obligations » que m'impose mon état dans le monde. Adieu donc, » Adrienne ; puisqu'il le faut, adieu pour toujours. . . à moins » que vous n'ayez besoin quelque jour d'un consolateur, » d'un appui. Je me croirais offensé cruellement si, dans » ce cas, vous vous adressiez à un autre. »

M. Nyon trouva Adrienne baignée de larmes, et cette lettre à la main. « Tenez, lui dit-elle, et voyez ce que je vous ai sacrifié ! »

11 lut, il l'admira, il pleurait lui-même. « Vous le regretterez, Adrienne?

— Cela dépendra de vous. . . » Puis, se reprenant aussitôt : « Non ! non ! jamais, n'est-ce pas? »

M. de Nyon en fit le serment, et il tint parole. Retirés dans une habitation délicieuse , à quelques lieues de Florence, ils jouirent durant sept années d'un bonheur qui eût été sans mélange, si 'Adrienne avait pu oublier M. de Marcilly. Cependant la position de ce dernier s'était grandement modifiée. Il n'était resté étranger à aucun des graves événements qui avaient transformé la France. Membre du parlement, et l'un des plus éclairés de sa compagnie, il fut comme Duval d'Espréménil , mais avec des vues plus élevées, l'instigateur des manifestations qui attirèrent à ce grand corps la disgrâce de la cour. Représentant de la noblesse aux états généraux , il fut d'avis de la réunion des trois ordres, et, l'un des premiers, il en donna l'exemple. Puis il vota successivement toutes les grandes mesures qui assurèrent à la nation la liberté politique devant là loi. Mais, plus que personne, il honorait les vertus privées du monar-

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que, el déplorait le fatal aveuglemenl qui lui avait l'ait une position si périlleuse; el lorsqu'enfin les courtisans delà royauté eurent disparu, le roi malheureux, et presque captif trouva tout à coup en lui un défenseur intrépide. Il fui un

'les agents de la fuite à Varennes; il mit son nom sur la liste des otages de Louis XVI, el protesta énergiquement contre l'attentat du 20 juin. Après le 10 août, il fut enfermé à l'Abbaye.

Adrienne, qui voyait de loin se former l'orage, était a Genève depuis quelques semaines. Elle apprit l'arrestation 'le son mari le 2i août : elle arriva à Paris le 28 ; elle avait exigé que M. de Nyon demeurât à Genève, jugeant avec raison qu'une femme, qui voyagerait seule, passerait partout plus librement.

Elle était parente d'Hérault de Séchelles, et courut aussitôt chez lui. « Annoncez madame de Marcilly, » dit-elle au valet d'antichambre.

C'était la première fois, depuis sept ans, qu'elle se faisait appeler de ce nom.

« Vous, ma cousine! lion Dieu! est-ce donc une résurrection ?

— Trêve de plaisanteries, mon cousin; ce n'en est pas le cas. M. de Marcilly est arrêté; il me faut un permis pour entrer à l'Abbaye.

— Cela ne sera pas très-facile , peut-être ; mais j'essaierai; je verrai Danton. Devenez dans trois jours. »

L'invasion subite des Prussiens avait exaspéré les liassions populaires et donnait crédit aux bruits les plus extravagants. On parlait vaguement d'intrigues secrètes à déjouer, de complots à prévenir : toul se préparait enfin pour la ea-

112 amuf.nm: i»e marcilly

tastrophe du -2 septembre. Madame de Marcilly comprit la nature du danger qui menaçait, son mari, et aussitôt sa résolution fut prise. Au jourindiqué, elle se rendit chez Hérault de Séchelles.

« Voici ce que vous m'avez demandé, lui dit-il; mais cela ne vous servira qu'une fois , et je ne vous dissimule pas qu'après cette démarche vous serez vous-même horriblement compromise. Il y a aussi des femmes à l'Abbaye! Vous en sortirez, cependant, mais je vous conseille de quitter aussitôt Paris et même la France. Pourquoi ne retourneriez-vous point à Genève?

— Je ne demande pas mieux.

— Eh bien ! voici un passeport qui vous y conduira sûrement; vous passerez sur la route pour un espion des affaires étrangères... Mais que vous importe, pourvu que vous arriviez? Adieu donc, cousine, et puissé-je vous revoir dans un moment plus calme ! »

Adrienne avait un domestique intelligent et fidèle ; elle lui donna ses ordres, prit rapidement toutes ses mesures, et se rendit à l'Abbaye. Dire ce qui se passa dans l'àme de M. de Marcilly lorsqu'il la reconnut, serait une tâche audessus de nos forces ; elle l'arrêta bientôt dans l'expression de sa reconnaissance.

« Nous nous reverrons plus tard , mais il faut que surle-champ vous sortiez d'ici. Demain, peut-être, vous n'y seriez plus en sûreté. Moi , c'est différent : je ne suis qu'une femme, et d'ailleurs Hérault de Séchelles doit venir me réclamer : c'est convenu.

Nous allons donc changer de vêtements. Vous n'êtes pas plus grand que moi, vous portez comme moi de la poudre.

ADItll \\l 1)1 NARCILU . Il"

el grâce à la finesse de vus traits, quand vous aurez mon bonnet sur la tête, vous aurez tout l'aird'une femme; c'est cequ'il nous tant. Mou domestique attend à la porte. Quand vous serez sorti, vous direz : Raymond; il vous donnera smi bras, cl vous vous laisserez conduire. Il y a, chez moi, une voiture de poste tout attelée qui vous mènera droit à (ici lève.

Tout cela s'exécuta; et le surlendemain, lorsqu'Adrienne, eu culot tes de satin noir et en robe-de-chambre, comparut devant le terrible tribunal qu'avait improvisé l'émeute, personne ne se doutait encore delà substitution.

« Ton nom? lui dit le président Maillard. Théodore-Gabriel, comte de Marcilly.

Drôle de voix, pour un comte !... observa Maillard. El qui t'a appris à te présenter, devant un tribunal, le chapeau sur la tête?...»

Un des hommes qui l'avaient amenée, fit sauter le chapeau d'un coup de la pointe de son sabre, et les longs cheveux de madame de Marcilly se répandirent sur ses épaules.

« J'ai fait échapper mon mari , et j'ai pris sa place, ditelle avec la plus grande simplicité. Prisonnier pour prisonnier, que vous faut-il de plus?

— Pas mal joué, nia toi! pas mal joué, dit Maillard. Qu'en pensez-vous, citoyens?»

lue acclamation unanime témoigna de l'admiration générale, tant le courage et le dévouement commandent impérieusement la sympathie.

« Citoyenne, ajouta gravement Maillard , le peuple français n'en veut point aux femmes. Tu as sauvé Ion mari :

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une aussi bonne épouse ne peut être qu'une bonne Française : acquittée !

—Vive la république ! » cria la foule ; et madame de Marcilly fut conduite bors de la prison au bruit des acclamations.

Elle courut à Genève ; mais la fatigue et des émotions trop violentes avaient épuisé les forces du vieillard, et elle n'arriva près de lui que pour lui fermer les yeux.

LA

VICOMTESSE DE RÉVOLLES

Sous la République.

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Semblable à ces enfants qui , sans bériter du caractère et des habitudes de leur père , ont reçu de lui l'empreinte de ses traits , la cour de Louis XVI , tout en s'éloignant des traditions de sa devancière , avait gardé quelques signes qui la faisaient aisément reconnaître pour avoir succédé aux héros de VGEil-de-Bœuf. Le léger comte de Maurepas avait été un point de transition entre un règne galant et un règne plus austère. Du reste, les principes des encyclopédistes avaient germé ; les petites maisons entouraient , comme naguère , la capitale d'un cercle de luxe et de plaisirs faciles ; et cette espèce de ceinture de Vénus était rehaussée par des habitations charmantes, par des maisons de campagne qui ca-

chaient leurs portiques grecs , leurs perrons de marbre , leurs statues et leurs peintures mythologiques au sein d'ombrages épais; si bien que, pour les nommer, on avait dû créer le mot de Délices , ou même faire à la sagesse l'outrage d'avouer tout haut que c'étaient des Folies , des folies dont on s'enorgueillissait , et qui absorbaient les anciennes fortunes de la noblesse ou la jeune opulence des financiers.

Sur les bords de la Seine votre œil mesure , non sans plaisir, cette colline pittoresque qui , de Meudon , descend vers le fleuve par pentes mollement inclinées ; ce n'est plus Paris, ce n'est pas encore la campagne; mais, en ce lieu, l'art pouvait trouver dans la nature assez de ressources pour produire des merveilles. A côté des colonnes de stuc , celle-ci dressait ses peupliers , et en regard des tapis d'Orient , elle étalait ses tapis de verdure. Il y avait comme une lutte entre les ileurs des parterres et les rosaces que le pinceau de Boucher avait semées sur les plafonds.

Une de ces maisons de délices , situées ainsi aux portes de Paris , venait de recevoir belle et nombreuse compagnie. L'aimable hospitalité de la vicomtesse Adélaïde de Révolles avait tout prévu pour les jouissances de ses amis. Une habile succession d'enchantements tenait les esprits dans une sorte d'alerte perpétuelle : on ne savait si les masses de feuillage , fraîches et silencieuses , n'allaient pas se remplir soudain de lumière et de bruit ; les pavillons recelaient chacun leur surprise : ici une collation , là un orchestre , plus loin une loterie de ces charmantes choses qui se brodaient au tambour par la main des grandes dames. Tandis qu'une longue file de carrosses armoiries amenait sans cesse de nouveaux invités, la Seine portait jusqu'à la rive des barques élégantes

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qui, glissant sur l'onde avec leurs lanternes de couleur, rappelaient les rêves du Lido, la poésie des longues nuits de Venise.

La société se trouvait réunie dans un vaste salon de verdure. Déjà les violons de l'Opéra avaient donné le signal des menuets, lorsqu'une jeune femme et un brillant officier de mousquetaires se glissèrent hors du quinconce sans affectation et comme pour achever plus loin une conversation purement amicale ; mais à peine furent-ils loin de la portée des regards , que la voix du cavalier devint plus tendre , et que son bras pressa plus étroitement le bras arrondi et couvert de longues dentelles qu'on lui avait confié. Leur pas était rapide ; le bonheur mettait sa flamme dans leurs yeux ; ils étaient beaux , parés, spirituels, riches et nobles , car ils s'appelaient la vicomtesse Adélaïde de Révolles et le chevalier Emile d'Avrigny : que leur manquait-il ?

Ils s'étaient arrêtés au centre d'un bosquet formant audessus de leurs têtes un dôme mobile. Appuyés contre le piédestal d'une statue de l'Amour, dont les reflets de la lointaine illumination éclairaient doucement les traits gracieux , ils s'entretenaient de leur bonheur et arrangeaient l'avenir.

« C'est trop retarder le jour de notre union , disait à demi-voix le chevalier ; de grâce, madame, songez à la juste impatience d'un bomme qui vous aime. Est-il naturel de ne pas s'élancer vers un trésor, quand ce trésor nous est destiné?

— Chevalier, songez que le monde m'impose des lois sévères. Veuve depuis deux ans seulement , je ne pouvais , bien que j'aie connu à peine mon mari, faire à sa mémoire

une sorte d'outrage en acceptant trop tôt de nouveaux liens. Attendons encore.

- Attendre , Adélaïde! Oh ! vous avez une àme froide; vous ne savez pas aimer.

— Moi ! Nous verrons , monsieur , répondit en souriant la vicomtesse, qui de nous deux saura aimer le mieux et le plus longtemps.

— Attendre ! reprit -il , et qui sait, madame , s'il reste encore à notre pauvre France beaucoup de jours tranquilles. La cour ne voit pas sans inquiétude la convocation des états généraux. Il s'imprime des choses inouïes. Le peuple est d'une insolence...

— Le peuple ! s'écria dédaigneusement Adélaïde , c'est un chien hargneux et lâche qu'on musellera... »

En ce moment une sorte de rire saccadé se fit entendre derrière la charmille ; le feuillage et les branches s'agitèrent. La vicomtesse , retournant vivement la tète , aperçut un visage qui lui était inconnu. Les traits de cet étranger portaient un, caractère de dureté remarquable. Madame de Révolles ne put s'empêcher de frémir. Le chevalier, a qui son mouvement n'avait point échappé , s'élança vers l'inconnu pour lui demander compte de sa curiosité ; mais ce dernier ne lui laissa pas le temps de l 'interpeler, car, s'avançant aussitôt , il salua et dit :

« Madame, veuillez , je vous prie , excuser mon indiscrétion. Fatigué du bruit de votre brillante fête , j'avais cherché dans ces allées un peu d'ombre et de silence. Vos dernières paroles ont éveillé mon attention , et je vous avouerai que j'ai trouvé quelque peu sévère votre comparaison sur le peuple.

Monsieur, dit la vicomtesse l'un ton de voix où perçait la hauteur , je n'ai pas l'honneur de vous connaître ; puis-je savoir...

- C'est juste, madame : j'ai été amené ici par un de vos amis , le docteur Boehler, et je me nomme Fouquiér de Tain ville.

— Ah ! dit le chevalier, j'ai lu des vers adressés par vous au roi , en 1781 , ce me semble... »

Dans la vie ordinaire et dans le cours des siècles, quatre ans sont quatre points marqués rapidement l'un après l'autre , un peu de temps sans durée, de jour sans reflet , de passé quelquefois sans souvenir. Mais de 89 à 95 où recommence ce récit , la vie avait été lourde , étouffante , comptée heure à heure, angoisse à angoisse, de même que les victoires du peuple se comptaient tête par tète. On semblait n'exister que pour mourir; résigné pour soi-même, on s'étonnait de rencontrer ses amis. Des amis! en avait-on , osait-on en avoir? Comme cette peste de Florence qui avait chassé les convives des festins , les frères de la maison de leurs frères, et séparé même les mains des amants, la liberté républicaine se plaçait soupçonneuse et terrible au sein de toutes les familles , au fond de tous les cœurs , glaçait les courages , et annihilai! les forces morales et physiques de ses adversaires en isolant les défenseurs de la royauté.

Mais les grandes circonstances n'étonnenl que les petits caractères. Il v eut alors des dévouements inouïs. Toutes ces

tommes qui apparaissent encore à nos rêves le front couronné de fleurs ou de plumes , le sein éclatant des feux de leurs diamants , on les vit rejeter sans murmure , et peutêtre sans regret , les parures d'un temps meilleur, peu faites pour ce long hiver politique. Elles devinrent sublimes d'abnégation ; et , dépouillées de ce luxe qui les avait en quelque sorte cachées à moitié , elles laissèrent admirer toute leur majesté.

La simplicité d'ameublement d'un petit hôtel du faubourg Saint-Honoré , où nous allons pénétrer, indiquait le désir de vivre à l'abri de tous les regards, de tous les soupçons.

La tète appuyée contre sa main , une jeune femme , en costume de l'époque , paraissait lire avec attention quelques journaux épars sur un guéridon ; mais ses yeux noirs se dirigeaient souvent vers la rue qu'on apercevait par-dessus la tête de deux lions de pierre qui gardaient l'entrée de la cour. On frappa. Au bruit connu elle tressaillit, se souleva et se laissa retomber dans sa profonde bergère en murmurant : « C'est lui ! »

Un instant après le chevalier, ou plutôt le ci-devant d'Avrigny était auprès de la ci-devant vicomtesse de Révolles : les regards qu'il attachait sur elle indiquaient plus d'intérêt que d'amour. Du reste, ces quatre années, sans altérer la beauté des traits du chevalier, l'avaient mûrie : ce n'était plus ce charmant cavalier qui faisait entendre des paroles passionnées au sein des mystères élégants d'une fête de nuit, mais un homme éprouvé par les souffrances , battu par l'orage, mal à l'aise au milieu d'événements dont la portée se cachait à son esprit.

L'entretien qu'il eui avec Adélaïde lut long el pénible. Si

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l'on eût prêté l'oreille, les mois d'indifférence , de froideur,

répétés fréquemment par la jeune femme, eussent donné Le secret de sa tristesse , et les molles assurances de tendresse, les réponses vagues du chevalier eussent paru un indice de changement.

<( Oh ! disait-il , pardonnez-moi , ou plutôt laites la part des événements. Vous savez que j'ai dû me rendre plusieurs fois en Bretagne pour protéger les biens de ma famille , et que la cour m'a confié d'importantes missions secrètes auprès des souverains d'Allemagne ; mais bientôt, j'espère, l'heure de notre félicité sonnera , s'il est vrai qu'on puisse être heureux aujourd'hui.

— Emile , s'écria la jeune femme avec un mélange d'enthousiasme et de mélancolie , quelquefois un rayon de soleil vient percer les nuages les plus sombres.

— Écoutez! dit-il...

— Ce sont des cris , la voix du peuple ; j'y suis accoutumée. La liberté fait tant de bruit !

— Mais ! n'entendez-vous pas les mots de conjuration et à.' aristocrates ?

— C'est vrai. »

Et tous deux prêtèrent l'oreille. Semblable au mouvement de la marée montante , le bruit allait toujours croissant. Les rumeurs éloignées étaient devenues des menaces , des imprécations proférées par la bouche des femmes et des enfants eux-mêmes.

La foule agglomérée s'augmentait sans cesse des oisifs cl des curieux ; le bonnet rouge tranchait sur la teinte sombre et sinistre des carmagnoles ; çà et là brillait le fer de quelques piques veuves, par hasard , «le leurs trophées de tètes COU-

pées. Cette foule roulait comme un torrent fangeux ; et une voix criait : « Encore un complot découvert ! » et elle nommait , aux applaudissements de la multitude , les aristocrates incarcérés. Cette liste fatale se terminait par les noms de l' ex-marquise d'Espercieux et de sa fdle.

Le chevalier, qui avait jusque-là prêté à cette scène l'attention d'un homme habitué à de pareils spectacles, poussa un gémissement , répéta en pâlissant : « Madame d'Espercieux ! . . . » et , sans donner d'explication , sans presque saluer la vicomtesse , il partit précipitamment.

Adélaïde comprit avec la double pénétration d'une femme , ii d'une femme qui aime. Loin de s'arrêter à d'inutiles plaintes, elle sonna son domestique.

« Mon fidèle Gervais , dit-elle , donnez-moi une nouvelle preuve d'attachement et d'intelligence. Rendez-vous chez le baron de C... mon ami ; il connaît toute la noblesse bretonne ; vous lui demanderez si madame la marquise d'Espercieux , qui vient d'être arrêtée avec sa fille, n'est pas des environs de Nantes : vous prendrez , enfin , tous les renseignements possibles sur cette famille. »

Lorsqu'au bout d'une heure Gervais fut de retour, il trouva sa maîtresse dans un état d'angoisse inexprimable, la tète renversée sur les coussins d'un canapé et les tempes baignées d'éther.

« Madame , dit-il , la marquise d'Espercieux est de Bretagne ; c'est une royaliste très-exaltée : on l'a conduite ce matin à Saint-Lazare.

— Et sa fille, sa fille?...

- Pauvre enfant... si tôt malheureuse... mourir à dixsept ans !

LA VII OM l I SSI M RÊVOI I I » 125,

Elle n'a que dix-sepl ans.'

Oui, madame : elle est, assure-t-on, belle comme le jour. Gervais, il faul que je la voie

- Vous, madame ; grand Dieu '. el comment? .Mais vous vous exposerez?

- N'importe; je te le répète, il faut que je la voie.

— Mais on ae pénètre pas ainsi dans la prison; et, sans un ordre de la municipalité ou d'un des membres du comité de salut public , vous ne pourrez...

— Eh bien ! j'ai vu une t'ois l'un de ces farouches misérables ; j'irai à lui ; il ne me refusera pas le droit d'entrer à Saint-Lazare.

- De grâce, ma lionne maîtresse... songez-y bien, cette démarche peut vous perdre.

— Pauvre Gervais! crois-tu donc qu'aujourd'hui on ail de bien fortes raisons pour tenir beaucoup à la vie? Viens, suis-moi , nous allons prendre une voiture de place. »

Quelques hommes au visage féroce , au costume négligé entouraient le citoyen Fouquier-Tainville, qui , d'une voix animée, leur donnait des ordres, et venait de leur prêcher une surveillance plus grande que jamais à l'égard du modérantisme et des brigands de nobles et de prêtres. Iiesté seul , il s'était rassis à son bureau, orné des deux bustes de Marat el de I.eprlletier. Quand la porte s'ouvrit pour laisser entrer une femme couverte soigneusement d'une longue niante de taffetas brun , Fouquier-Tainville fronça le sourcil à cette apparition subite ; mais on regard plus attentif jeté sur l'inconnue changea les dispositions du républicain.

Devenu empressé , el presque poli , il dit d'un ton de voix moqueur :

« \<»iis ici, madame de Révoltes :

- Oui , citoyen. Je vous rends aujourd'hui la visite que vous m'avez faite il y a quatre ans.

Vous vous en souvenez ?

- Parfaitement.

- Ah ! les choses sont bien changées. Vous donniez des fêtes alors. . .

- Et maintenant nous pleurons.

- Chacun son tour. Les bons principes ont triomphé. Il a fallu que la révolution fût impitoyable , que le comité de salut public fit tous les jours des feux de file.

- Et cependant , monsieur, j'ai compté sur vous. Vivant retirée , je ne conspire pas , et je crois pouvoir vous prier de m'accorder un permis pour visiter à Saint-Lazare la marquise d'Espercieux et sa fille, arrêtées ce matin.

- Quoi ! des intrigantes, des agents de l'étranger!

Me refuserez-vous ce que je suis venue franchement vous demander?

- Vous êtes une enchanteresse ; on ne peut vous résister. Tenez , voici ce papier. Si vous avez besoin de moi , je suis toujours visible à cette heure , — pour vous , pour toi , citoyenne. »

Et en lui remettant le permis, il lui pressa la main. Bien que froissée par ce contact odieux , Adélaïde ne laissa percer aucune émotion .

D'après l'ordre écrit de Fouquier-Tainville , les guichetiers de la prison laissèrent entrer librement la vicomtesse. On la conduisit jusqu'à l'extrémité d'un long corridor ; la porte d'une chambre s'ouvrit avec fracas : les habitantes de cotte cellule s'étaient retournées en donnant des signes de

terreur. A l'aspect d'une femme belle cl distinguée, elles se

rassurèrent , et elles accueillirent par des sanglots la visite de l'inconnue, ignorant si les pourvoyeurs de Saint-Lazare leur avaient envoyé une consolatrice ou une compagne de captivité. La vicomtesse se hâta de dissiper leurs doutes en se nommant à elles. Mais , tandis qu'elle s'adressait à la marquise , ses regards étaient invariablement attachés sur la jeune Rosine d'Espercieux, blonde et angélique créature qui , agenouillée auprès de sa mère , semblait , avec ses yeux bleus et sa chevelure ;iux reflets dorés, un de ces Séraphins qui chantent devant Dieu.

« Mesdames, disait Adélaïde, j'ai appris la nouvelle de votre arrestation par M. le chevalier d'Avrigny, un de mes amis et des vôtres, et j'ai voulu braver tous les périls pour vous apporter quelque consolation . »

Au nom de M. d'Avrigny, Rosine laissa échapper ces mots :

« Je savais bien , moi , qu'il ne nous oublierait pas !

— Le chevalier vous est dévoué , n'est-ce pas , mesdames ?

— Comme un fils , répondit la marquise : nous l'avons connu en Bretagne , et dans un temps meilleur. Pourquoi faut-il que la guerre civile nous ait forcées de fuir, et de demander asile à cette ville inhospitalière où il s'est commis tant de crimes ! Hélas ! ce n'est pas pour moi que je m'afflige; mais ma pauvre enfant, si jeune, si innocente, elle sera donc condamnée? je la verrai périr, pauvre fleur moissonnée avant le temps. Oh ! non , plutôt que de la leur abandonner, il faudra qu'ils m'arrachent le cœur ! »

Les larmes des deux prisonnières recommencèrent à couler abondamment. La vicomtesse les contemplai! avec envie.

car elle aussi était bien malheureuse, et elle ne pouvait pleurer. Partagée entre l'ardente jalousie d'une amante el la pitié d'une chrétienne, elle sentait mille projets différents t inverser son esprit et s'y livrer combat. Plongée dans ses réflexions , elle n'entendit pas la porte se rouvrir ; et ce ne fut qu'en se détournant , au cri de joie jeté par Rosine , qu'elle aperçut le chevalier d'Avrigny.

«Vous ici, madame!» murmura-t-il d'une voix étouffée.

Il fallut à la vicomtesse un immense effort de courage pour rester en ce moment maîtresse d'elle-même. Elle répondit par quelques mots , afin de justifier l'intérêt qu'elle avait pris à ces dames, et laissa la marquise épancher librement sa douleur. Au bout d'une demi-heure, un guichetier vint mettre un terme à la conversation, et. annonça qu'il fallait se retirer.

Madame de Révolles sortit avec Emile , emportant les bénédictions de la marquise et de la douce Rosine.

Quand Adélaïde et le chevalier furent montés dans la voiture de place qui avait amené la vicomtesse , celle-ci parut pendant quelques minutes réfléchir profondément, tandis qu'Emile était en proie à la fébrile agitation d'un homme qui se sent coupable. Enfin elle fit un mouvement violent comme si elle venait de prendre tout à coup une grande résolution , et rompant le silence , elle dit :

« Ne me parlez pas , monsieur, je lis dans votre cœur ; vous y cherchez des excuses, et n'en trouvez pas. La seule réponse qui pourrait venir à vos lèvres, c'est : « J'ai cessé de t'aimer. » Pensez-la cette réponse, mais sans la prononcer.

— Madame..

LA VICOMTESSE !>! RÉVOLLES. l"29

Non, chevalier... votre voix me fait mal. Jo le répète, il ne me faul pas d'excuse ; je ne pardonne poinl , je comprends, voilà tout. Je sais ce que c'est que l'amour; on ne le donne jamais sans setre réservé le droit de le reprendre... Eh bien ! tout est fini. . . Mais une amie vous reste , et de loin elle rêvera de vous et priera pour vous... Cette jeune fille est un ange ; il faul que je la sauve. — 0 ciel! vous, Adélaïde?

- Oui , moi. . . Est-ce la difficulté de l'entreprise qui vous effraie, ou la grandeur du sacrifiée qui vous étonne?

- Mademoiselle d'Espercieux ne peut vous intéresser au point de vous compromettre dans son intérêt : c'est pour vous une étrangère.

— Non , Emile , puisqu'elle n'est pas une étrangère pour vous... Je la sauverai !

. — Mais, comment?... Et dois-je accepter...

— Quoi ! repousseriez-vous un service, parce qu'il viendrait de moi ?

— Oh ! pouvez-vous le croire !

— Demain matin, à six heures, soyez près de Saint- Lazare avec une chaise de poste... Gervais vous attendra... il vous remettra l'ordre de délivrance de la marquise el de sa fille.

— Je partirais en vous laissant seule dans celle ville que la terreur couvre d'un manteau de plomb ! . . . Il faudrait que je fusse bien lâche ! . . .

— Emile , je m; vous ai jamais prié en vain ; entendezmoi aujourd'hui qu'il s'agit de votre salut. Ce départ est indispensable... Soyez tranquille sur mon sort... Plus tard nous nous reverrons !.. . Mais séparons-nous, et promettez-

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moi, mon ami, de garder mon nom inscrit dans votre souvenir.

— A jamais , Adélaïde !

— A jamais !... Oui , je crois plus à la durée de l'amitié qu'à celle de l'amour. Adieu... Descendez : j'ai une course à faire... Encore une fois, adieu. »

Il s'éloigna d'un pas chancelant , et en essuyant quelques larmes. La vicomtesse le suivit du regard le plus longtemps possible , puis elle donna ordre au cocher de la conduire chez le farouche terroriste qu'elle avait déjà une fois honoré de sa visite.

Autant, le matin, elle avait été ferme et résolue, autant la difficulté réelle de sa tâche l'accabla d'émotions. Toute faible et palpitante, elle fut obligée de se jeter sur un fauteuil en paille que Fouquier-Tainville lui montra du doigt. Cet homme avait promptement compris qu'il s'agissait d'un recours à sa puissance dictatoriale , et il savait bien aussi que rien ne se donne pour rien.

Impassible , et même dur, il tenait fixés des yeux d'une teinte vitreuse sur madame de Révolles qui , en ce moment , était d'une beauté admirable. — Pauvre oiselet devant le serpent ! — L'entrevue ne dura pas plus de quelques minutes. Quand la vicomtesse partit , elle avait à la main un papier que l'accusateur public l'invita , d'un geste rapide , à cacher dans son sein , en lui disant à voix basse :

<( Je compte sur ta parole , petite aristocrate ; notre arrangement doit être sacré... Service pour service... Mais attendre jusqu'à demain soir, c'est bien long... Ainsi donc à demain huit heures. Tu peux te vanter d'être la seule de ta caste à qui je me sois fié. C'est qu'il y a quatre ans je te trouvai bien belle, ma petite vicomtesse. »

Et une seconde luis elle sentit la main, qui avait signé tant de condamnations capitales, presser ses mains qui ne savaient que se joindre pour la prière...

Le lendemain , Gervais rentra à l'hôtel vers sept heures du matin... Le digne serviteur vit sa maîtresse accourir, et put à peine répondre à ses questions , tant il était essoufflé. Quand Adélaïde eut appris que la chaise de poste , contenant le chevalier , Rosine et la marquise , avait pu sortir librement de Paris , elle se prosterna et tomba dans une profonde extase, d'où Gervais essaya vainement de la tirer, en lui donnant de nouveaux détails. Impassible à tout ce qui l'entourait, elle semblait habiter un autre monde, converser avec des intelligences supérieures, ou bien suivre, à travers les distances , et dans leur marche rapide , les êtres qui emportaient les joies de son cœur.

Oh i qu'elle était admirable à voir ainsi agenouillée sur le parquet de sa chambre , les coudes appuyés contre le bois doré d'un fauteuil , les yeux noyés de larmes , et brillant cependant d'un éclat surnaturel ! Sa bouche fine et pâlie , entr'ouverte par les sanglots , laissait échapper des plaintes si douces, qu'on eût dit une musique céleste. Pas un murmure, pas une accusation contre le sort. LaVallièrcn'élait pas plus touchante lorsqu'elle pleura, avec la reine, sur les jours du roi, son amant.

Mais cet état de prostration physique devait avoir un terme. Une subite lueur se répandil sur le visage de la vi-

comtesse. Gervais, qui pleurait dans un coin de la chambre

en suivant du regard tous les mouvements de sa maîtresse . tressaillit de joie, et s'écria :

« Dieu soit béni ! »

Adélaïde jeta les yeux sur le cadran d'émail de sa pendule. ■

« Je n'ai pas trop de temps, dit-elle, pour avoir toui achevé. Gervais, du papier, de l'encre, vite! »

Elle se plaça à une table , écrivit une douzaine de lettres pour ses parents et ses amis les plus intimes , les cacheta soigneusement et les confia à son vieux serviteur.

Puis elle ouvrit tous les tiroirs de ses meubles de toilette , en retira les colliers de perles, les bagues de diamant , les éventails ornés de peintures, les parures complètes, toul ce qui lui restait de ce temps où l'on pouvait être belle , riche et aimable impunément ; elle en fit des paris , les enveloppa , y mit des adresses.

Enfin, rassemblant ses titres de rentes, de baux, et l'or et l'argent qui se trouvait chez elle , la vicomtesse les serra dans un coffret , et écrivit sur une carte qu'elle y fixa :

.« Pour M. le chevalier à'Avrigwj, a Londres. »

Gervais ne fut pas oublié. Sa maîtresse lui commanda ensuite, malgré sa résistance respectueuse , de la quitter, d'aller s'établir au Marais chez une vieille parente, bonne et dévouée , qui vivait complètement inconnue , et auprès de laquelle il serait à l'abri de toutes poursuites.

Il fallut qu'il partit. Adélaïde lui avait annoncé qu'elle se mettrait en route, le soir même, pour un grand voyage.

Le soir un homme , enveloppé d'un manteau couleur muraille, se glissa dans l'hôtel de la vicomtesse ; il monta

l\ VICOMTESSE DE RÉVOLLES. 135

au premier étage, guidé par la lueur d'une lampe de bronze (|iii brûlail dans le vestibule. Uu jour douteux régnai! dans le salon. Cel homme tirail déjà bon augure du silence et du mystère qui l'entourait, lorsqu'il frémil en voyanl devanl lui une femme couverte de vêtements uoirs qui faisaienl ressortir encore plus la pâleur mortelle de son visage. .

" Vous êtes exact, dit-elle; c'esl bien, l ne heure encore , el vous seriez peut-être arrivétrop tard. Livrée à un désespoir insensé, veuve de toul honneur, j'eusse commis un crime en brisanl la vie donl le dépôl m'a été confié par Dieu... Grâceàvous, je paraîtrai innocente devant mon juge suprême.

Qu'est-ce à dire? Plaisànte-tu ? Hier, «tu étais belle et brillante; ee soir, tu es sombre el presque mourante. Est-ce donc ainsi que tu veux justifier ma confiance?...

Je ne vous ai pas trompé ; J'ai promis de me donner à vous pour la rançon de deux infortunées. Mais commenl se donne-t-on aux héros de la commune? les mains liées, sous le ici- qui va tomber, el l'on a pour couche nuptiale un lit de planches mal jointes !.. Il vous fallait la vicomtesse de Révolles, elle est à vous; prenez-la des mains du bourreau. Je ne voulais que la mort , et je n'ai pu mieux m'adresser qu'à vous. Puisqu'il vous faut, chaque jour, des victimes, je vous en. offre une de plus. Vous le voyez, Adélaïde de Révolles vous aura appartenu-! »

Ces dernières paroles ne lurent pas entendues de celui à qui elles s'adressaient. La rage dans le cœur, il s'était éloigné ; mais déjà des misérables (|iii l'accompagnaienl , toujours à certaine distance , gardaient par son ordre toutes les issues île l'hôtel.

Le lendemain, le convoi des martyrs s'achemina, selon sa coutume , vers la place teinte du sang d'un roi. Si Gervais se fût trouvé sur le passage du char de deuil , il eût jeté un cri envoyant, parmi les condamnés, une femme jeune, belle et résignée , et il eût dit :

« Grand Dieu ! c'est madame la vicomtesse ! »

ELISABETH DE SEPT-FONDS

Sous l'Empire.

r ELISABETH DE SEPT-FOND :

pena si pua dir i

Le il mai isio. anniversaire de la .bataille d'Essling, un grand dîner était donné au château de Sept-Fonds, à cinq lieues de Paris, chez M. le général baron Jacquet, où étajent réunis vingt-cinq braves, tous ayant fait partie des grenadiers Oudinot, qui, comme on sait, vinrent s'achever h cette bataille d'Essling, si meurtrière et si mémorable!

On parlait librement à ce dîner, car madame Jacquel avail prié le général de l'exempter du dîner d'hommes: ce qu'elle faisait d'habitude, e1 ce qui convenait assez à son mari.

Au dessert, le commandant Philipeau, qui avail gagné la croix d'officier de la Légion d'honneur à Essling, et qui

ELISABETH DE SEPT-FONDS

venait , comme od disait alors, de gagner un coup de soleil au dîner du général , parla guerres, éternel texte du temps ,

et femmes , étemel texte de tous les temps.

« Messieurs, dit-il, avez-vous remarqué, comme moi, qu'en France il n'y a plus de belles femmes?... Ah ! il est passé le temps OÙ l'on disait : la beauté court les rues. Ce serait bon à Vienne ou à Berlin , à Milan ou à Venise , à Gênes ou à Turin ; mais à Paris... c'est fini , la beauté n'est plus qu'une fiction : c'est une illusion de théâtre propre à consoler les habitués du mélodrame.

» Décidément nos longues absences nuisent à la perpétration du beau sexe en France. Les belles femmes s'usent , les belles femmes s'en vont... Laissons passer les belles femmes ! . . .

» Pauvres belles femmes ! les voilà donc passées !... Il est vrai que nous en avons fait une telle consommation , qu'elles devaient finir par s'engloutir dans le gouffre de nus victoires...

— Allons, monsieur le gros major, continua le commandant en se tournant vers le major de Saint-Ange, vous qui êtes poète élégiaque , quand vous ne mettez pas aux arrêts pour un bouton mal attaché, faites-nous l'oraison funèbre des I elles femmes , et nous verserons ici , chez mon général , dans nus verres de vin de Champagne, toutes nos larmes sur leurs belles cendres '.... »

Le général et les vingt-cinq convives partirent d'un éclat de rire ; chacun donna l'essor à sa gaité ; les verres de Champagne lurent remplis, et l'on but aux femmes de Venise ou de Milan , de Brescia ou de Montebello, et l'on forma le pn gel de se quitter n\ se donnanl rendez-vous en Espagne <>u eu

ELISABETH DE SEPT-FONDS. 139

Russie, pour frotter l'ennemi, augmenter la gloire de la France, et voir si les péktns conservenl encore de jolies femmes.

Si le bruit, le mouvement, les éclats, n'avaient transformé ce banquet militaire en une espèce de scène de tabagie, un observateur attentif aurait pu remarquer que le major de Saint-Ange avait bu peu , parlé encore moins, et que le mal de tète qu'il avait prétexté pour ne point dépasser les bornes qu'il s'était données, avait paru s'accroître à l'interpellation du commandant Philipeau.

Le même observateur aurait pu remarquer que le général était dans la plus entière conviction de la vérité du texte de Philipeau , et que seulement il avait ajouté avec bonhomie :

Ce drôle de corps , il est toujours farceur J — mais qu'il ne s'était pas rappelé, le moins du monde, qu'il avait pour femme une des plus belles, des plus séduisantes, des plus remarquables femmes de l'empire. — Pour la faire connaître au lecteur, il faut reprendre de plus haut cette véridique histoire.

Madame la baronne Jacquet était fille du comte de Septl'onds, mort en 1793 sur l'échafaud révolutionnaire. Restée fort jeune, sans fortune et sans soutien, Thomas Jacquet , fermier du comte, lui avait donné asile, secours et protection ; et après avoir racheté la terre de Sept-Fonds , il l'avait donnée pour dot, à sa majorité, à Elisabeth de Sept-Fonds , en lui disant que le bonheur de ses vieux jours sérail de la voir unie à son fds le colonel qui arrivait de l'armée ; mais qu'il voulait, auparavant, la rendre libre dé sa fortune et de son choix, afin de ne la contraindre en rien.

Une foule de procédés semblables de la part du père Jai -

quel , depuis sa paternelle hospitalité , avait placé dans une

I il) ELISABETH DE SEPT-FOKDS.

sorte de dépendance consciencieuse mademoiselle de Sept- Fonds : aussi, tout en soupirant sur la destruction d'espérances secrètes qu'elle avait formées, elle trouva juste <!r s'acquitter ainsi d'une longue dette de reconnaissance, el

donna son consentement au vieux Thomas Jacquet.

Son fils arriva quelques jours après, et descendit au château de Sept-Fonds qu'il ne connaissait pas, car il était parti fort jeune, et il savait seulement que son père avait fait l'acquisition d'une grande partie des terres de la seigneurie de Sept-Fonds. —Peu intéressé, ne rêvant que gloire et batailles, il ne s'en était pas occupé davantage. Le soir même de son arrivée, son père lui apprit ce qu'il avait l'ait dans l'intérêt de sa conscience et dans celui du bonheur de son fils.

« Mon père, lui dit celui-ci, je vous approuverai toujours, car vous avez des idées généreuses, et l'empereur nous a habitués aux grandes choses. Quant à la dépendance de ma personne, tant que j'ai été sous le toit paternel , je vous ai obéi; mais, dès quej'ai été soldat, je n'ai plus eu qu'un chef, qu'un père : c'est l'empereur! Permettez que j'aille à Saint-Cloud demain ; lorsque la parade aura défilé , je me placerai sur les pas de l'empereur, et s'il me parle, je tacherai de lui raconter nos projets , et je ferai ce qu'il ordonnera. »

Le lendemain, lorsque le général Dorsenne eut fait défiler la garde montante devant Napoléon, le colonel Jacquet, en grande tenue, se plaça sur le chemin de l'empereur, qui rentrait dans ses appartements.

« Ah! vous voilà, colonel? Comment va votre blessure au genou ?

Très-bien , Mie : ri je ^ns prêi à

l'i rSABETH l»i: SEPT-FONDS. I \ I

Où avez-vous laissé votre régimenl ?

Dans les cantonnements de Newbrisacb , sire. C'est bien: allez, demain matin, chez le prince de Neufchàtel.

— Oui, sire, a

C'est ainsi que Napoléon déroutait presque toujours ceux qui formaient le projel de lui parler.

« Voilà qui est clair, dit le colonel en rentrant chez son père, demain je retournerai d'où je viens, sur les bords du Rhin, et le mariage est à vau-l'eau »

— Eh bien ! Philistin , ajouta le colonel en regardant le vieux grognard qui le servait depuis dix ans, tu n'entends pas?... Va donc refaire ton sac comme si de rien n'était ; bourre ma malle , et laisse seulement dehors mon uniforme , afin que je prenne demain congé du major général . »

Tout était ordre et ponctualité chez le colonel : aussi tout fut prêt le soir même, comme s'il eût dû repartira l'instant pour l'armée.

Elisabeth était soulagée d'un grand poids, qu'elle aurait eu cependant le courage de supporter encore... Le vieux Thomas gémissait et se plaignait du sort , et le colonel fumait tranquillement de mauvais tabac dans une belle pipe d'écume de mer que lui avait donnée le maréchal Oudinot.

Le lendemain , à huit heures , le colonel était chez le prince de Neufchàtel. Le chef d'escadron Galbois, aide de camp du prince , l'introduisit ; et voici ce que lui dit le major général :

« Colonel , vous irez demain remercier l'empereur à son lever.

Oui , mon prince. »

I i* ELISABETH DE SEPT-FONDS.

On annonça le maréchal Moncey, et le colonel se retira dans la salle des officiers de service. Ne comprenant rien à ces allées et venues , et surtout aux remercîments du lendemain , il trouvait même que c'était lui faire perdre un jour, et qu'il valait mieux partir en sortant de chez Berthier. Mais c'était un ordre ; cela rentrait alors pour lui dans la série des choses rationnelles et indispensables , et il se soumettait sans observations.

Le maréchal Moncey sortit , et le pauvre colonel se crut libre; mais une belle dame, brune, à l'œil de feu, aux grandes manières , le poussa doucement , passa devant lui , et l'huissier annonça madame la comtesse Visconti .

Quelques minutes qu'il prit pour une heure vinrent encore fatiguer l'attente du colonel ; et si le prince n'eût fait prévenir qu'il partait pour Saint-Cloud , dix visites importunes seraient venues user ce qui lui restait de patience.

Enfin Berthier lui remit en passant un paquet cacheté , en lui disant :

« Général , je suis fâché de vous quitter sitôt ; mais l'empereur me fait demander à l'instant. »

Le colonel ne put que s'incliner, en souriant de la distraction du prince qui l'avait appelé général. Il remonta dans le cabriolet qui l'attendait sur le boulevard des Capucines et retourna promptement chez son père , hôtel de la Moselle , rue Yilledot , où le colonel avait toujours un logement lorsqu'il était à Paris.

Le paquet fut ouvert ; il contenait une note du bureau du major général et trois décrets de l'empereur. Voici le texte de la note :

« D'après les renseignements obtenus par le ministre

ELISABETH DE SEPT-FONDS. ! lu

de la police générale, il existait, près Paris, une riche héritière, mademoiselle Elisabeth de Sept-Fonds, dont le père, le comte de Sept-Fohds, est morl révolutionnairement. L'ancien fermier du comte a racheté , dans le temps ,

pour 600,000 francs en assignats le château et les terres qui en dépendaienl , et a donné le tout à mademoiselle de Sept -Fonds. Un tel trait de désintéressement ne pouvait rester ignoré de l'empereur, et ne demeurera pas sans récompense. L'empereur verra avec plaisir l'union du colonel Jacquet avec mademoiselle de Sept-Fonds ; et, pour cadeaux de noces, il joint , sous ce pli , trois décrets datés de Saint- Cloud : l'un qui élève le colonel Jacquet au grade de général de brigade; l'autre qui le nomme baron de l'empire, avec le titre de baron Jacquet de Sept-Fonds. Par le troisième décret, l'empereur nomme M. Thomas Jacquet membre de la Légion d'honneur. »

Quinze jours après, Elisabeth était madame la baronne Jacquet de Sept-Fonds.

Puisque j'ai voulu tout, vous dire avant d'achever ce banquet militaire , il faut bien que je vous dépeigne maintenant L'intérieur de ce ménage d'inclination , comme l'assurait à tous ce bon vieux père Jacquet.

Le colonel , bon soldat s'il en fût , avait une de ces figures à la Philippe II , dont la vue du portrait seul vous fait détourner les yeux avec une sorte d'effroi ; un regard de glace, une hauteur stupide, des sourcils épais et sinistres sur un front large et osseux, une barbe noire et deux balafres sur un visage cuivré, en faisaient un véritable épouvantail. Quant au moral, c'était un homme de bronze, comme il en tant aux conquérants.

lii ELISABETH DE SEPT-FONDS.

La jeune femme ayant passé les trois quarts de sa vie dans un des pavillons du château , ou dans les allées sombres du parc de Sept-Fonds , avait commencé un rêve doux el tranquille qu'elle espérait continuer. Cette vie contemplative et un peu mystique avait été, au contraire, brusquement interrompue par les habitudes militaires du mari ; l'âme de la pauvre femme en avait soubresauté, dès les premiers jours du mariage , pour se briser quelques mois après...

Pauvre femme qui , mariée , voulait vivre de la vie des anges ! . . . Mais , vous toutes , femmes mariées ou non , ne trouvez-vous pas que, pour vivre de cette vie intellectuelle que vous rêvez toujours, il faudrait retrancher de cette vie terrestre les travaux , les besoins , les obligations , les ennuis matériels, puis les peines, les déceptions, les amertumes, les désespoirs du cœur?...

Vous allez me dire qu'il y a des joies dont le parfum s'élève au ciel, et fait envie aux anges eux-mêmes? Je vous dis, moi, que la terre est si près de nous que ses exhalaisons mortelles viennent toujours nous atteindre...

Croyez-moi , bonnes âmes , tout est incomplet ici-bas : . Dieu nous laisse sur cette terre avec des fins que lui seul connaît, et qu'il nous faut subir...

Pour en revenir à Elisabeth , elle professait h culte de l'ide'aï, la plus fatale des religions de l'âme : et au milieu de mœurs ambiguës et sans relief, au milieu d'une nation qui vit au jour le jour, qui ne conserve fortement empreintes il saillantes ni foi antique, ni traditions morales, qui ne s'attache qu'à l'accident du jour, abandonné bientôt pour celui du lendemain , elle avail l'ambition de vivre comme

ELISABETH DE SEIT-FONDS. I l->

un lype de vestale, comme l'eûl désiré la Cécile d'EugèneSue.

Pauvre âme !...

Le major de Saint-Ange, voisin de terre, avait connu Elisabeth avant sou départ pour l'armée, et en rentrant en

France il avait formé, dans l'isolement , des projets que le mariage précipité du colonel avait fait tristement avorter.

(Jne circonstance fortuite, le hasard d'une promenade solitaire dans le parc, où il avait rencontré la pauvre Elisabeth qui vivait toujours errante et seule, leur dévoila à tous deux une affligeante vérité : c'est que le délicat silence de Al. de Saint-Ange les avait condamnés au malheur!...

Depuis ce jour, Albert de Saint-Ange alla plus souvent au château , tandis (pie le général , employé depuis peu à Paris par le duc de Feltre, laissait sa femme planter ses choux, comme il le disait.

Quant à Elisabeth, elle s'occupait à revêtir de formes radieuses et célestes le rêve de son imagination, je déviais dire maintenant la passion de son cœur; car la comparaison de M. de Saint-Ange, avec le général, suit sous le rapport du ton, des manières, de l'instruction et de la figure, soit sous celui de la délicate tendresse, ne justifiait que trop le sentiment qu'elle lui portail.

fil lien pur et exalté se forma entre eux ; el à l'époque où ce banquet d'anniversaire avait eu lieu, le major ('lait en proie à de violentes inquiétudes. La santé d'Elisabeth déclinait; une mélancolie invincible ternissait sa vie; elle ne sortait presque plus de son appartement que pour aller. le soir, respirer la fraîche senteur du parc, en s'appuyanl sur le bras d'Ail» mi île Saint-Ange : bonheur aussi doux que dangereux...

I i(i ELISABETH DE SEPT-FONDS.

Albert avait vainement cherché les motifs de cette douleur profonde ; il faut un cœur de femme pour comprendre un cœur de femme , a dit lady Blessington ; et malgré sa supériorité intellectuelle , il n'avait pu s'identifier entièrement avec Elisabeth , qui était du nombre de ces femmes nerveuses et tendres , susceptibles et impressionnables qui usent incessamment leur vie dans des éprouves auxquelles nous ne résisterions pas, qui mettent leur force à se revêtir au dehors de calme ou de froideur lorsque leur cœur brûle au dedans , et qui laissent bien souvent errer un sourire sur leurs lèvres alors qu'une larme roule dans leurs yeux...

Il semble que les émotions de la femme intellectuelle soient trop sacrées pour nous être révélées...

Ce repas militaire terminé enfin , les voitures et les charà-bancs reprirent le chemin de Paris. Le major, à cheval, se tenait à la portière de la voiture qui ramenait le général , et l'on s'entretenait des belles charges de cavalerie que les cuirassiers avaient faites , une année auparavant , et le même soir, dans la plaine d'Essling, en avant de la Briquerie, où l'empereur avait été si longtemps en observation..

Lorsque le major eut reconduit le général chez lui , rue Villedot , il mit ses éperons dans le ventre de son cheval , et , comme un trait , franchit les cinq lieues qui le séparaient d'Elisabeth.

Pauvre Elisabeth ! contre ses regrets venaient se heurter des craintes...

A un an de date , un diner anniversaire des grenadiers Oudinol fui donné chez BeauviUiers ; le nouveau colonel

ELISABETH DE SEPT-FONDS. I i7

de Saint-Ange y manquait , el le général Jacquet de Sept- Fonds y paraissait en deuil.

Le dîner tut sérieus : on parla de la Russie el des guerres à venir.

Le commandant Philipeau , avant de se mettre à table, avait dit à voix liasse au général , en lui serrant affectueusement la main :

n Je ne croyais pas, mon général, que vous aviez une des femmes les plus remarquables de l'empire, et que vous étiez destiné à la perdre si tôt!... »

Le général lui serra la main sans répondre.

A la fin du repas, le commandant Philipeau porta ce seul toast :

« Au brave colonel de Saint -Ange ! qui a été se faire tuer en Espagne. »

LA

DUCHESSE D'HARAUVILLE

Sous la Restauration.

§©US JLA JâXSTATLHRATlŒIï .

J'ai toujours pensé que l'aventure du vicomte de Séméac cl de la duchesse d'Harauville pouvait donner !a mesure de la fatalité qui présida toujours aux événements les plus 'simples de la Restauration. Les souvenirs de galanterie que la belle duchesse a laissés dans l'esprit de la génération nouvelle sont, pour le monde des salons, ce qu'étaient , pour les gens de la rue, les ignobles pamphlets qu'on vendait publiquement à Paris, le jour du saccagemenl de l'archevêché. — La Restauration eul quelquefois les apparences. contre elle. Dans cette triste position , le meilleur parti qu'elle eût pu prendre, eût été de taire beaucoup de mal, car alors il y avait une chance pour qu'on en dit un peu de

152 LA DUCHESSE DIIAIi M V [LLE.

bien ; mais elle eut le tort d'être innocente en paraissant coupable : ce qui est bien pis , aux yeux du monde , que d'être coupable en paraissant innocent. Aussi me suis-je toujours représenté la Restauration, entre l'Empire et notre époque, comme une femme vertueuse assise entre deux mauvais sujets qui la compromettent : tôt ou tard, elle doit être calomniée.

Vers la fin de janvier de l'année 1818 , par une soirée sombre et pluvieuse , deux hommes se promenaient avec une constance héroïque devant les fenêtres splendidement éclairées de l'hôtel de Parthenay. A leur démarche louche et indécise , à leur maintien à la fois gauche et insolent , on reconnaissait aisément des gens à intentions suspectes , toujours prêts à vous montrer leurs papiers parfaitement en règle. Chaque fois qu'une des nombreuses voitures, qui entraient dans la cour de l'hôtel, venait à passer devant eux, ils se retiraient dans l'ombre produite par le reculement de la maison voisine ; mais à peine la voiture les avait-elle dépassés , qu'ils allaient se placer sous la voûte de l'hôtel , comme pour examiner le visage du nouvel arrivant.

Il était environ dix heures ; les voitures devenaient de plus en plus pressées , et la tâche des deux inconnus commençait à devenir très-laborieuse , lorsqu'on vit venir de loin une berline assez simple , mais flanquée d'un énorme cocher et de deux grands laquais. A cet aspect, nos inconnus se firent rapidement un signe de convention , et se rendirent à leur poste. Ils virent la voiture s'arrêter, un homme à cheveux blancs en descendre; et lorsqu'ils furent assurés que le cocher s'était rangé à la file pour attendre , ils disparurent liiul à coup.

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