‹ Les femmesChapitre 6 sur 28 · HENRIETTE DE SI RG · texte numérisé non relu

HENRIETTE DE SI RG

Beppo, dont t'avait menacée le marquis, lui causait une peur involontaire, bien qu'elle ne le connût pas. En vain son mari lui proposa la promenade sur l'eau ou sur les remparts, seule récréation qu'il ne lui refusât jamais, Henriette refusa, et ne bougea pas de son appartement. Le soir venu , et quand son mari , qui se couchait de bonne heure , se fut retiré chez lui, elle demeura debout, silencieuse, à la place même où il l'avait laissée. Minuit venant à sonner, la réveilla enfin comme en sursaut ; elle ne jeta qu'un coup d'oeil rapide à son miroir en passant devant lui , et toute parée , toute blanche de satin, sans songer même à couvrir d'un manteau ses fraîches épaules , elle descendit hardiment les marches qui conduisaient de son appartement sur la berge , ouvrit la porte de sortie , et la franchissant , se trouva devant un étranger.

« Madame, lui dit celui-ci, mais d'une voix si douce, que la comtesse se hasarda à lever les yeux sur ce terrible Beppo. La lune brillait au ciel ; à sa clarté, Henriette vit que celui dont on lui avait fait une si grande peur était un jeune homme de la plus belle figure et de la tournure la plus élégante. Un large chapeau à plumes cachait des yeux dont l'éclat perçait l'obscurité : sa contenance était modeste , timide même. Comme Henriette, il semblait avoir peur.

— Madame, répéta-t-il en raffermissant sa voix émue, voici ce qu'on m'a chargé de vous remettre. »

Et sa main tremblante chercha la main non moins tremblante de la comtesse ; leurs doigts se rencontrèrent ; mais tous deux , aussi craintifs , se séparèrent dès qu'une lettre eut passé des doigts de l'un à ceux de l'autre.

« Rien qu'une ! » dit Henriette à voix basse.

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