ÊLÉN0RE DE CHASTENAY
« Une voix fraîche, qui vient, comme un écho, se graver dans le cœur et dans le souvenir, qui vous fait rêver délicieusement, que l'on croit toujours entendre lorsqu'on l'a écoutée une fois , qui chasse le sommeil de vos yeux , et vous fait préférer un chant de deuil et de mort à des scènes de vie et de honneur.
— Pourtant, à votre âge, reprit la dame en rougissant, l'existence ne se compose que d'espérances et d'illusions. Le souvenir n'est encore compté pour rien , et l'on sait apprécier les jouissances d'un bal comme les promesses d'un brillant avenir.
— L'avenir, dit Gaston avec feu et d'une voix basse, c'est devoir se réaliser les rêves dorés de sa jeunesse, ces songes riants dont on s'est bercé; c'est d'entendre des sons qui enchantent l'imagination et sympathisent avec notre àme ; c'est l'amour que l'on ressent , que l'on inspire, c'est un sourire , c'est un aveu. . . »
Et Gaston sentait son sang circuler avec vitesse dans ses veines , et mille pensées diverses passaient et repassaient dans son esprit. Élénore, émue et agitée, ne pouvant soutenir l'expression des regards du jeune homme , baissait timidement ses yeux ; mais les battements de son cœur soulevaient le charmant corsage de sa tunique de satin blanc , et ce muet langage était plein d'éloquence !
Puis quatre heures du matin sonnèrent tout à coup à l'horloge du château, les femmes et les lumières pâlirent , les danses cessèrent , les salles devinrent désertes , et Gaston fut tiré de sa rêverie par le bruit des voitures qui s'éloignaient, des chevaux qui piaffaient... L'inconnue avait disparu comme une vision qui ne laisse après elle que le
ÊLÉNORE DE CHASTENA1 Al
regret et le souvenir. Et Gaston aurait pris tout cela pour un songe, si le bouquet de fleurs n'était resté entre ses mains.