‹ Les femmes comme elles sontChapitre 12 sur 45 · AUTRE FEMME, AUTRE VENGEANCE · texte numérisé non relu

AUTRE FEMME, AUTRE VENGEANCE

Je repris lentement le chemin du Palais-Royal, où je devais dîner avec mes amis, n'ayant plus d'autre désir que celui de rencontrer une autre maîtresse sur mes pas. Mais c'est avant d'avoir perdu sa maîtresse qu'il faut en chercher une autre : beaucoup de femmes ne viennent à vous que pour détrôner les majestés régnantes; et puis la Destinée, qui passe son temps à nous contrarier, détourne toutes les femmes de notre passage quand nous tendons les bras avec amour. Ne cherchez jamais une femme pour la trouver; l'Amour est comme la Fortune, il aime à s'asseoir à notre porte; l'imprévu est son premier ministre.

Le dinel* fut des plus gais en dépit de mes soucis amoureux. Mes amis voulurent m'entraîner à l'Opéra pour voir des jambes qui débutaient. Je refusai, et vers neuf heures je rentrai chez moi en regrettant et en maudissant Sylvia. ,

Le portier m'apprit, à mon grand étonnement, qu'une dame inconnue avait demandé ma clef pour m'attendre chez moi. Quelle était celte dame? Vous devinez : madame Olympe de La Roche.

— Eh bien! me dit-elle avec un charmant sourire, vous Tavez Tue? voulez-vous la voir demain?

— Jamais! dis-je avec dépit.

Ce soir-là Olympe était plus belle que jamais.

— Allons, allons, dis-je en ip'asseyant près d'elle, le serpent finira par me fasciner et m'enlacer. Le bon Dieu a commencé la femme, mais le serpent Ta finie. Savez-vous, madame, que vous jouez de malheur?

Elle était sure de vaincre ; elle me regarda langoureusement, elle laissa tomber sur mon cœur son front, comme s*il rougissait, et sa bouche ardente souffla sur moi tous les mauvais désirs.

Je voulus lutter encore.

— Pourquoi tant d'acharnement, madame?

— Pour un seul baiser.

Je lui baisai les cheveux. '

— Est-ce là tout, dites-moi?

Elle se leva, s'éloigna de moi, et regarda la fenêtre d'un œil égaré. Je fus assez impoli pour ouvrir la croisée et pour dire à Olympe :

— Allez, madame, si cela vous amuse.

Son regard fut si douloureux, que j'en eus le cœur ému; je courus à elle, et, on vérité, il était temps :

elle se serait précipitée le plus bêtement du monde. Je la ramenai au fond de la chambre en la pressant sur mon cœur. Elle pleurait; je pris ses larmes sur mes lèvres comme de la. rosée; et, dès cet instant, je lui parlai et la regs^rdai avec la voix et les regards de l'âme. J'étais vaincu à tel point, que je ne savais plus que l'embrasser. Maintenant parlez-moi de la religion du

cœuri Le cœur amoureux est un labyrinthe; on n'y saisit le fil d'Ariane que lorsque Tamour est parti.

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