TOMBÉS DE LA GERBE
De tous les livres, le livre de sa vie est le plus difficile à faire, surtout^quand on veut y mettre son nom.
Pour la femme» le livre de la vie n'est bon que s'il nest pas signé.
Quand on a vingt ans, on trouve toute une carrière de marbre pour bâtir sa maison ou son palais ; mais trop tôt on s'aperçoit qu'on manque même de pierres, — et le monument est en ruines avant d'être achevé. Il n'y a que Philémon et Baucis qui aient supporté en cariatides le monument de leur amour. Mais c'était une chaumière.
Nous portons tous dans notre âme un exemplaire du livre infini. Mais nous passons notre vie à savoir' en quelle langue jl est écrit. Les plus savants en ont
Iraduit, quelques pages à coupi^ de dictionnaire; les plus ignorants ont lu ces mêmes pages à livre ouvert. Ah! si le cœur et l'esprit étudiaient ensemble I mais ce sont deux étrangers ou deux ennemis. C'est le chien et le chat de la maison.
Qu'est-ce que prouve la vie? La mort. — Qu'est-ce que prouve la mort? La vie. — Qu'est-ce que prouvent la vie et la mort? L'amour.
On cherche toujours sa première maîtresse dans la seconde; voilà pourquoi la seconde maîtresse est celle qu'on aime le plus.
Tous les philosophes disent du mal de la beauté. Est-ce parce qu'elle est plus éloquente que la philosophie? Socrate dit que la beauté est une tyrannie. Est-ce parce que sa femme était laide?
J'ai imprimé ce vers :
La beauté! coupe d*or, pleine de mauvais vin.
Je ne sais pas si le vin est meilleur dans une coupe d'argile; j'aime mieux m'enivrer au vin de la coupe d'or.
Pour inspirer de la conGance aux femmes, il faut avoir confiance en soi.
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Tout homme d'esprit porte un roman dans son cœur.
postéritél que pensais-tu il y a cent ans de ce roman célèbre, la Nouvelle Héloise, et de ce petit roman dédaigné, Manon Lescaut?
Dieu, en nous donnant la raison et le sentiment, savait qu'il nous condamnait à ne rien savoir : il logeait en nous deux compagnons dç voyage qui se fuient et .se retrouvent, mais jamais dans le bon chemin, hormis à Vheure de notre mort.
Si Machiavel avait fait une politique pour Tamour, il aurait dit aux hommes : « Faites aux femmes ce que vous ne voudriez pas qu'elles vous fissent. »
Tout honune qui dompte une femme peut devenir un dompteur de bêtes; mais qu'il y prenne garde : le lion se réveille un jour dans sa force et sa colère.
f02 LES FEMMES
Les amoureux sont des écuyers. Le bon écuyer s'en ¥a enfourcher au passage la cavale, et la dompte sans mors et sans éperons; le mauvais écuyer bride la cavale, mais elle prend le mors aux dents et le jette sur le pavé.
Le bonheur nous attend quelque part, à la condition que nous n'irons jamais le chercher : c'est le château en Espagne qui s'écroule dès que^nous mettons le pied sur le seuil.
Les comédiennes sont deux fois femmes, quand çà et là elles se dépouillent de la frigerie du théâtre.
Ce ne sont pas des poëtes ni des amoureux, ceux-là qui ne franchissent pas le Rubicon, car c'est de l'autre côté que sont la poésie et l'amour.
Il fallait plus de génie à don Quichotte pour combattre les moulins à vent qu'à Sancho Pança pour rire de don Quichotte.
La princesse de Conti était-elle femme galante ou femme d'esprit? Lettre du prince à la princesse : a Madame^ je' vous recommande de ne pas me faire c...
GOMME ELLES SONT lOS
pendant mon absence. » Réponse de la princesse : « Monsieur le prince, soyez tranquille, je n'en ai jamais envie que quand je vous vois. »
L'amour change de caractère tous les cent ans. C'est toujours Tamour, mais ce n'est plus le même masque.
La vocation d'une femme est de mettre en démence Vhomme le plus raisonnable. En reyanche, une femme est toujours une enfant, qu'on amuse avec des contes de fées.
Pour apprendre à connaître les femmes, pratiquez les femmes. Pour apprendre à connaître les hommes, pratiquez les femmes.
Car les hommes ne sont des hommes qu'avec les femmes. \
Dès. que Dieu eut fait les sept jours de la semaine^ Satan fit les sept péchés capitaux.
Dieu se reposa le septième jour, Satan fit du dimanche le jour de la paresse.
<2ttand Dieu eut mis la dernière main à son œuvre des six jours, il s'aperçut qu'il y avait bien des retou^
ches à faire; mais, tout en se reposant le septième jour, il mit dans Tesprit de la femme la curiosité, et dans celui de Thomme le sentiment de l'idéal. Depuis la création du monde, Thomme cherche sans cesse à parachever Tœuvre de Dieu.
Il fallait bien laisser à la femme quelque chose à deviner, et à rhomme quelque chose à faire.
Il serait bon de s'entendre une fois pour toutes sur les conditions de la beauté, mais il faudrait commencer par avoir le même regard; or il est prouvé que nous avons tous une paille dans Tœil (c'est peut-être un ' prisme) qui nous fait voir les femmes avec mille et une nuances dissemblables.
Depuis les Grecs, nos maîtres éternels, ceux-là qui avaient été admis dans le conseil des dieux pour régler les lois du beau, la forme a été consacrée avec tous ses prestiges, et les types des sculpteurs d'Athènes et de Sicyone sont encore aujourd'hui les symboles radieux de la surface humaine. Si nous comprenons si bien la beauté grecque, nous qui sommes les païens de l'éternelle Renaissance, c'est que plus que jamais Paris est une autre Athènes où Pradier et Clésinger ont continué Praxitèle et Cléomène. Mais, si nous nous détachons de l'heure présente, où nos filles de marbre tressent leurs chevelures à la manière antique et chan-
COMME ELLES SONT i05
lent silencieusement par leurs lèvres ardentes et leurs regards noyés toutes les ivresses panthéistes; si nous recouchons pour une heure dans Toubli la Vénus de Milo avec les fresques de Pompéia; si nous déchh*ons la grammaire du Beau écrite par Winckelmann et les autres, nous retombons dans toutes les vagues aspirations des amoureux et des poètes.
Et si nous consultons Thistoire, et si nous consultons les peuples, nous irons nous perdre au chapitre des contradictfons. Les Romains vous disent que les Romaines n'étaient belles que lorsqu'elles avaient le front petit et les sourcils mariés, parce que les Romains ne considéraient la femme que comme un monument de volupté jusqu'au jour où les Byzantins vinrent éloquemment leur prouver que la femme, elle aussi, avait son auréole divine, et que Dieu ne Tavait pas créée à la seule fin de manger les pommes du paradis terrestre. Et alors le front de la femme s'élève et s'élargit pour y recevoir comme un diadème la couronne d'épines qui fera jaillir des gouttes de sang sur les roses de son sein.
Entre la beauté païenne et la beauté chrétienne tout un monde a passé. Parlerons-nous de la beauté africaine, qui consiste à avoir une bouche fendue jusqu'aux oreilles? Les fllles du roi, s'il y a encore des rois là-bas, passent leurs loisirs à se déchirer les lèvres avec des épingles pour réaliser cet idéal. Au Brésil, le nez camus appartient au type consacré. Chez les sauvages, n'avoir pas de nez du tout, est le prototype du beau.
fOO LES FEMMES
En Chine, on ne regarde les femmes que par les pieds, la figure n'entre pour rien dans le charme de la personne. Qhez les nègres et les Maures, on est d'autant plus beau qu'on est plus noir : les blancs oseront*îls s'élever contre cet axiome? Chez les anciens Juifs, la femme dorée était la plus belle. Les Hollandais aiment les colosses; lés Napolitains aiment les pygmées. A Paris, TAcadémie des beaux-arts aurait bien de la peine à se tirer d'affaire si on la mettait en présence de cent femmes brunes, blondes, rousses, dorées, pâles, roses^ pourpres, grandes et petites, grasses et maigres, matérielles et vaporeuses, spirituelles et naïves, enjouées et* mélancoliques. A qui donnerait-elle la pomme?
Non, la beauté n'est pas' une. En vain on cite la Vénus de Milo ; Je la récuse, parce qu'elle n'a pas de bras, — ou plutôt parce qu'elle n'a plus sa souveraine beauté quand oh essaye de lui remettre ses bras, tant il est vrai que, dans les arts, ce qui est en ruines s'éloigne ^6 l'homme et s'approche de l'inGni.
La vertu, comme les sources vives, jaillit des hauteurs de la montagne et tombe dans le lit impur du torrent si on ne la fait remonter à force d'écluses.
l*es poètes vivent pour les autres; — leur âme se cristallise et devient un miroir où tout le monde va se contempler. — Les femmes gardent toujours leur miroir pour elles.
La beauté est sacrée; c'est un crime de Taltérer, même par la douleur, jamais par TefTort. L'antique Atalante vole paisiblement, malgré la rapidité de la course. Niobé, veuve de tous ses enfants, est belle encore dans sa douleur, parce que c'est une douleuf calme et silencieuse. On n'a pas oublié, dans la tragédie de Sophocle, ces paroles d'Electre, qui sont toute une peinture des mœurs grecques : « Je rougis, chères compagnes, de pleurer devant vous; daignez me le pardonner. » A ceci on peut répondre que, du temps de Sophocle, les épines du Christ n'avaient pas couronné le monde.
Le poëte prend la poésie pour sa vie ou pour son oeuvre; — poète en action ou poète par l'esprit. Si sa vie est poétique, il s'y complaît et son œuvre y perd.
Ainsi la femme prend la poésie pour elle ou la donne à son enfant.
Les femmes n'étreignent jamais que les chimères de Vavenir ou les fantômes du passé. La vie était ou sera^ , elle n^est pas ; hier et demain^ mais non pas aujourd'huL Elles ne vivent pas : elles passent dans la vie.
La nature a la beauté visible; mais, potir la peindre, il faut la voir avec amour, il faut Taimer comme Taime le soleil, — avec des rayons. — Entre la nature et l'idéal, il y a la fantaisie, muse toujours jeune, folie charmante, reine de Timprévu, femme et chimère qui a pour patrie l'imagination des artistes des amoareuxet des femmes.
Il y a des pensées qui descendent du ciel comme des rayons; il y en a qui s'élèvent de la terre comme la fumée. Il y a aussi les femmes du ciel et les femmes de la terre.
La vengeance est le plaisir des dieux. Qui est-ce qui a écrit ce sacrilège? Se venger, c*est'étre le seconda taire mal. Le lion ne se venge pas, la femme se venge.
AVENTURES SENTIMENTALES