‹ Les femmes comme elles sontChapitre 26 sur 45 · MIETTES DE LA TABLE · texte numérisé non relu

MIETTES DE LA TABLE

Les femmes n*aiment tant Tamant qu'elles aiment que par regret de Tamant qu'elles n'aiment plus et par désir de Tamant qu'elles aimeront.

Beaucoup de ces dames jouent avec leurs amants comme les jongleurs du Cirque avec leurs enfants : elles les adorent, mais elles leur cassent les reins.

Les courtisanes de l'anliquité païenne étaient plus savantes encore qu'amoureuses. La gaie science dont

parle Montaigne est la seule permise aux lèvres des femmes. Aspasie a beau me parler de Vàme immortelle et de la liberté des peuples avec l'éloquence de son disciple, le divin Platon, je n'écoute que des yeux . si madame de Parabère était là, je lui trouverais plus d'esprit.

Il y a des veines en amour comme au lansquenet. Les femmes passent la main, mais les hommes sont trop chevaleresques pour faire Charlemagne.

Le plus vif contraste à opposer aux figures d'un siècle, ce sont les figures du sièi^le qui précède el du siècle qui suit. Qu'il y a loin de la Vallière ou de la Montespan à la Parabère ou à la Pompadour! L'amour change de caractère tous les cent ans. C'est toujours l'amour, mais ce n'est plus le même mas<iue.

Combien d'hommes et de femmes qui sont du genre neutre! Combien aussi d'hermaphrodites dans les deux sexes ! Combien même qui, pareils au devin Tirésias, sont tantôt hommes et tantôt femmes I U y a dans l'histoire des époques mâles et des époques femelles. A la Renaissance il ji'y a que des femmes, y compris les papes et les héros ; sous la Révolution il n'y a

q[ue des hommes, y compris les poètes et les courli-

sanes.

Oq fait toujours un livre. — même un chef-d'œuvre, — pour une femme, — depuis le Cantique des eanti* qiies jusqa'à Manon Lescaut.

Si Abeilard, l'aventureux controversiste, nous a préparé à la liberté de Tâme, Héloïse, qui ne chercha la science, on peut le dire, que pour donner plus d'espace à son amour, Héloïse, fille d'Eve plutôt que fille de Marie, ne proclama-t-elle point par sa passion et par ses luttes la liberté du cœur?

On ne se convertit que par les femmes. Pourquoi ? C'est que, pour conquérir la grâce, il faut entrer dans ^^ pays de la grâce.

n y a beaucoup de femmes, surtout parmi les pécheresses, qui ressemblent à la Belle au bois dormant, parce qu'elles vivent couchées. Elles dorment jusqu'au jour où vient le prince Charmant. Mais le prince Charmant ne vient pas toujours.

Bolingbroke, pour garder la fraîcheur de sa maîtresse,

abreuraît la belle avec du sang de vipère. II y a une goutte de ce sang-là dans la beauté de toutes les femmes.

Les capitans avaient obligé la belle Paule de Yiguier à paraître deux fois par semaine à son balcon pour payer au peuple de Toulouse la dime de sa beauté « Le peuple parisien est moins exigeant et le préfet de police n'a pas de pareil édit à afficher. Mais aussi où est la Paule de Viguier?

Pour faire chanter les rossignols on leur crève les yeux : Tamour ne chante que les yeux bandés.

Les petits poissons qui tueut les baleines me montrent les petites filles du corps de ballet qui tuen t les gros poissons de la Banque.

Les fêtes de Tamour sont comme les fêtes du monde : il faut s'en aller avant que les bougies s'éteignent.

vous qui allez vous marier, oseriez-vous mettre dans la corbeille cette lettre d'Aspasie à son amie AI« pais? Est-ce que M. de Ségur ne Ta pas traduite de la prose deux fois attique d'Alciphron?

ce Eh bien y ma chère Âlpaîs, je trouve donc ^fin le « moyen de te faire parvenir, par une esclave fidèle, c( cette lettre qui suppléera à tout ce que je ne puis te c< dire, puisque la suiveillance de ton père m'éloigne « de toi avec tant de rigueur. Que veut-il? te marier; « t' ensevelir dansToubli d'un intérieur ennuyeux, où c< la monotonie viendra consumer tes jours, où ton esc< prit, tes grâces, les talents que tu as su acquérir en c< sceret, seront cachés à jamais, et ne recevront point a les hommages qui leur sont dus.

« Que te proposerais-je au contraire? de suivre la « même fortune que moi, de recueillir tous les succès, « de goûter tous les plaisirs, et, comme le diamant a qu'on arrache à l'enveloppe qui voile ses feux, de « venir étinceler de tout l'éclat de tes charmes, d'être « admirée, recherchée comme lui. — Écoute : si le « ciel ne t'eût donné que de ces beautés communes c( dans lesquelles la nature fatiguée semble n'avoir « qu'ébauché son ouvrage ; si ton esprit, formé d'une a trempe ordinaire, ne jetait que des idées sans cou- « leurs, n'offrait que ces lentes conceptions qui présa- « gent un avenir terne et dénotent une âme glacée dans « l'âge même des passions, je te dirais : Suis les con- « seils de ton père, sois femme, mère de famille, élève c< tes enfants, travaille les laines que nous envoie Cote rinthe, formes-en un tissu pour le manteau de ton « époux, veille sur tes esclaves, ne sors qu'avec un voile : « que gagnerais-tu à te montrer? Alcibiade, en allant « au Lycée, ne s'arrêterait pas pour te voir plus long- « temps, ne te suivrait pas pour savoir ta demeure ;

« Praxitèle ne t'admirerait pas, ne chercherait pas c( toi la grâce qui manque encore à sa Vénus ; Démosce thènes, en te Toyant, ne resterait pas près de toi sur « la place publique, et n'oublierait pas le moment de

« monter à la tribune pour y combattre Philippe.

c( Va, te dirais-je, la nature t'a Youée à Tobscurité ; « elle. classe tout dans la chaîne de ses ouvrages, l'ad* u. miralion n'est pas pour toi. La raison t'appelle, suis a sa voix, ses préceptes, et, si tu le peux, sois heureuse « du bonheur passif qu'elle te présente. Mais mon Al- « pais est un chef-d'œuvre de beauté : la nature a tout « fait pour elle; elle n'attend plus, pour enchanter, « que les derniers secrets de Tart, encore semble-t>elie « les avoir devinés. Ton esprit brille sans le vouloir, n tu as la gaieté ondoyante et voluptueuse, tout est eu c< toi. Le ciel, pour couronner son ouvrage, te donnant (c un cœur ardent, une âme de feu, sembla te dire, en « te produisant : Nais pour embellir la terre ; va goû- « ter toutes les voluptés, allumer tous les désirs, toutes « les passions; vis pour le charme des yeux, pour la « gloire des femmes, pour le bonheur de tes amants, <( et pour t'enivrer toi-même de toutes les délices qu'ils « le devront.

« Examine, Alpaïs, et réfléchis. Les Grecs insulaires a ont, par leur position même, des mœurs plus pures <( que le reste de la Grèce et de notre riante Athènes. « L'austère Lacédémone peut - offrir une palme salis- « faisante à la vertu. La rustique simplicité de Thèbes « présente un contraste frappant avec l'heureuse Co- « rinthe, qui, par sa situation et son commerce, semble

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« appeler les richesses, le luxe et les voluptés. — Tu

« vis à Athènes, rien ne peut t'cxiler à jamais à Lacé-

« démone, où les lois de Lycurgue pèsent sur notre

« sexe, le dégradent par un faux emploi de ses moyens ;

<c laisse ce philosophe bizarrement ingénieux vouloir

« que les jeunes beautés paraissent sans voiles aux

c< yeux des hommes pour éteindre leurs désirs. Ce

« n'est pas ainsi que nos voiles doivent tomber. Je

« saurais t'enseigner d'autres routes I J'aime la volupté

« délicate, et je fuis la grossière indécence. Qu'il est

a barbare, ce Lycurgue ! Eh quoi ? vouloir que nous

« repoussions les plaisirs? Est-ce là le vœu de la na-

« turc? est-ce là notre destination, Alpaïs? — Ouvre

«c enfin les yeux. Ceux qui, dans Lacédémone, veulent

c< nous offrir sans art à Tœil curieux de la jeunesse, et

« ceux qui, dans Athènes, veulent nous cacher sous

a d'éternels voiles, rendre la beauté solitaire, nous

« condamner à Tobscure prison d'un ménage, nous

a défendre les arts, les talents et tous les chemins qui

« conduisent à la séduction, sont également absurdes

c( et cruels; va, sois bien sûre qu'ils nous craignent.

« Retrouvons les traces de notre .empire jusque dans

<< les soins qu'ils emploient pour annuler tous nos

« moyens de plaire. Ainsi donc, grâce à cette froide

(( philosophie qui calcule tout, dessèche tout, nous se-

« rions réduites à dépendre des caprices de ces hom-

« mes qui n'ont de supériorité sur nous que par la

« force; qualité grossière et commune, qu'ils sont

« obligés même de voiler en s'en servant contre nous I

« Ainsi donc, triste supplément de Tordre social, nous

iO.

a serions destinées par eux à une éternelle servilité l « Mais, pour rtionneur de notre sexe, il appartenait à la « Grècedeproduiredesfemmes énergiques qui, remplies a du sentiment de leur force, brisassent ces indignes a liens, pour s'élever au-dessus des lois, former une <c classe à part, presque une autre nation dans la nation « même, et, reprenant la place qui leur fut assignée par ce la nature, briller de tout l'éclat qui leur appartient, « recevoir tous les hommages, et voir tous les hommes a à leurs pieds. Vois quelle existence je te propose a chez ce peuple aimable que l'imagination seule cona duit, chez ces hommes qui ont plus de lois que de «c principes, qui, tendres et voluptueux, enthousiastes « de la beauté, adorateurs des arts, semblent nés pour « la gloire, les plaisirs et Tamourl Tout nous assure « un empire aussi brillant que durable. Fatigués euxc( mêmes des mœurs austères qu'ils établissent dans c( leurs Èmilles, ces Grecs, toujours en contradiction « avec leurs lois, tyrans de leurs femmes, deviennent <x nos esclaves. Vois ce tombeau qui attire et fixe les « regards des étrangers avides de nos monuments ! Estce ce le souvenir d'un guerrier? d'un poëte? d'un phi- « losophe? C'est celui d'une de nous, qui brilla dans « Athènes, asservit tout par ses charmes . Elle n'est plus I « mais l'encens brûle encore sur sa cendre. — Tout « est encore amour autour de son tombeau I Vois cette a Vénus immortelle de l'immortel Praxitèle : la déesse « ne descendait point sur la terre ; qui pouvait servir a de modèle? Praxitèle, tourmenté du besoin secret de a produire ce chef-d'œuvre, malheureux par la lutte

€c intérieure du génie qui fait conceyoir et de l'impuis-

c< sance d'exécuter, se promène un jour sur les bords

«c du Cépbise, moins agité que lui dans ce moment.

« Tout à coup Phryné s'offre aux yeux de Fartiste

ce étonné, sans autre voile que ses cheveux épars!

« Ébloui de tant de beautés, son génie s'allume, s'en-

c< flamme, les élincelles jaillissent' de son ciseau, le

c< marbre respire, Vénus elle-même se montre à lui :

ce elle reçoit des couronnes de myrtes, Praxitèle des

« lauriers, et Phryné des autels.

« La religion même semble se mêler à notre existe tence. La déesse de la beauté n'a4-elie pas un tem* « pie ? ne nous protége-t-elle pas par une espèce de c< culte? Combien de fois ce peuple mobile rendit hom- « mage à Laïs et à Glycère des victoires de Thémisto- « cle, en les voyant implorer Vénus pour ses triomphes ! « — Brise les liens qui te retiennent, mon Alpaïs. « Sauve-toi d'une honteuse obscurité ; une fois près de « ton amie, ne crains point la poursuite de ta famille : « je plaiderai ta cause à l'Aréopage même, car Télo- « quence ne m'est point étrangère. Plus d'une fois So- « crate, Démosthènes, Périclès, ont étudié chez moi. « Je saurai te défendre, prouver à ce peuple si facile à (( enflammer que les arts et les talents te réclament, (( que les hommages de la Grèce t'attendent, et que tes « succès appartiennent à sa célébrité. »

J'ai sous les yeux un tableau de Cuyp qui est le

syaibolede la vie. Un sablier, un livre, une coupe, UDe flûte, un encrier, une rose et une tête de mort.

Au bout de toutes les amours il y a toujours une tête de mort ; mais qu'importe pour ceux qui ont respiré la roiie?

Le cœur des femmes ressemble toujours à une cathédrale : Tautel du Dieu est dans le chœur, mais que de chapelles dans les bas- côtés !

Novarre le chorégraphe disait : Quand je n'ai rien à faire, je fais des pensées deLa Rochefoucauld, Quand Je n'ai rien à faire, je fais Tamour, disent bien des femmes. Or ces femmes ne font pas plus Tamour que Novarre ne faisait du La Rochefoucauld.

AVENTURES SENTIMENTALES

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