M. ADOLPHE PASSE À PROPOS RUE MARIE-STUART
L*an passé, un matin du mois de mai, Adolphe Lebrun, le héros de ce roman, — s'il y a héros, — s'en revenait de je ne sais où, lorsque, dans la rue Marie- Stuart, il vit d'aventure, en levant la tête, mademoiselle Anaïs qui arrosait des capucines sur une fenêtre du second élage.
Adolphe Lebrun était un étudiant en droit d'assez bonne allure, flottant de çà, de là, entre la fumée du cigare et la musique de la Closerie des Lilas.
Mademoiselle Ânaïs était une fleuriste verdoyante et fleurie, jetant au vent sa jeunesse et son amour. Sa mère lui avait laissé pour héritage de grands yeux noirs admirablement sournois, et une bouche pleine de perles, de sourires et de baisers.
Hélas ! ce corps charmant renfermait une âme perverse : la plus douce femme est amère; ne buvez ps le fond de la coupe. Mademoiselle Anaïs était le refuge brun et rieur des sept péchés capitaux ; mais, comme à Madeleine, il lui sera beaucoup pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé.
Et d'ailleurs, dans les sept péchés capitaux, n'y en a-t-il pas cinq au moins que nous traitons en péchés véniels? 11 faut bien avoir un peu le diable au corps.
Or, à rinstant même où M. Adolphe lorgnait mademoiselle Anaïs, où mademoiselle Anaïs accrochait à ses regards le cœur de tous les passants qui levaient la tête, une couturière perchée à une fenêtre voisine se mit a crier en regardant la fleuriste :
— Bonjour, Anaïs I
Mademoiselle Anaïs repondit dédaigneusement , comme doit faire une fleuriste qui parle à une couturière :
— Bonjour, Fanny.
Et elle disparut tout d'un coup, pour rie pas se compromettre avec une pareille voisine.
— Vive l'amour I dit Adolphe en s'éloignaat; j^
sais le nom de la belle : — AnaisI En chasse, morbleu!