‹ Les femmes comme elles sontChapitre 28 sur 45 · A MADEMOISELLE ANAÏS, FLEURISTE, RUE MARIE-SIUART · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE ANAÏS, FLEURISTE, RUE MARIE-SIUART

« Anaïs I

« Vous êtes belle comme le jour; je vous ai vue ce ce matin à votre fenêtre, une vraie aurore! Vous arroa sicz des capucines, et tout d'un coup je vous ai aimée. c< Savez-vous le latin?

Nunc ad te, mea lux, ?eniat mea littore naTis Senrata, an mediis si dat onusta vadis.

« La fenêtre était fleurie, mais vous étiez la plus belle c( fleur du bouquet. Mon cœur bat violemment, ma « tête s'égare : ayez pitié de moi ! Si je ne vous ren- « contre pas à la brune, par hasard, dans le passage « du Grand-Cerf, je ne sais ce que je deviendrai.

a ADOLPHE, c Midi. »

A la brune, Adolphe, un cigare à la bouche, s'en alla comme par désœuvrement dans le passage du Grand- Cerf.

Mademoiselle Anaïs ne vint pas.

fSO LES FEMMES

— J*ai perdu mon temps et mon billet , murmura l'amoureux ; ma passion nouvelle s*en ya en fumée.

En s'en retournant, Adolphe passa sous les fenêtres de la cruelle : il leva la tète avec une tristesse amoureuse. A cet instant la fenêtre s'ouvre, et la maîtresse du lieu arrose à son tour les capucines; mais, par mésaventure, Adolphe fut mieux arrosé, que les capucines.

— Voilà ce qui s'appelle jeter de l'eau sur le feu ! dit-il avec dépit.

A MADEUOISELLË ANA15.

« Anaïs I

« Par le ciel ou par Tenfer, réponds-moi! Tu ris de « mon martyre; vous riez de Tamour, Anaïs, vous riez a de l'amour, et vous avez vingt ans! Mais l'amour, (c c'est Ip songe charmant qui vient dans le sommçil !

(11 y avait trois pages dans ce beau style )

« Anaïs ! Auaïs ! ne me faites pas mourir de déses- « poir ! S'il faut mourir, ô mon Dieu I faites que j'aie « son cœur pour tombeau !

(( Adolphe.

H Minuit, i

Mademoiselle Anaïs fut touchée de cette lettre ; elle la lut à toutes ses amies comme un modèle de style et

GOMME ELLES SONT i81

de sentiment. Sa première pensée fut d'y répondre ; mais elle était si inquiète de sa mauvaise orthographe, qu'elle fut inquiète pour sa vertu.

— Allons donc, dit-elie, il a le temps d'altendre. Or, en attendant, Adolphe, sans cesse irrité par cette sauvagerie vulgaire, négligeait étrangement son second examen. Il dessinait des petites fleuristes de tous les côtés, jusque sur le Code civil.

Le second jour, il eut un accès d*esprit, car il écrivit cette autre lettre, qui est un chef-d'œuvre de bon sens.

A MADEMOISELLE ANAIS.

« Vous êtes une bégueule, ma chère ; vous prenez c< des airs de marquise qui ne vous vont pas; vous vous « nichez dans les lambeaux de votre vertu ; vous avez « là un méchant manteau ; et d'ailleurs ce n'est pas la « peine avec moi, qui en ai séduit des plus revêches et « des plus huppées. Voyons en trois mots : je suis « amoureux de vous ; si vous n'êtes retenue par un fil <( d'or à quelque mortel fortuné, venez sur mon cœur, « mignonne, et croyez-moi pour six semaines

« Votre esclave affolé,

' Adolphe. »

ia2 LES FEMMES

A M0H8IEDA ADOLPHE

(x Monsieur,

« J'arrive de Metz, en Lorraine, et ce n'est pas pour H VOUS que j'ai fait 100, 20 lieues. Vos lettres m'en- « nuicnt : quand finirez-vous cette comédie? Vous no « vous gênez pasi Pour qui me prenez-vous?

« AlfAÏS DUFLOT. ï^

YIIl

En lisant celte lettre, Adolphe bondit jusqu'au pl^" fond de sa chambre.

— La belle est à moi ! «*écria-t-il en jetant sa plus belle pipe parla fenêtre.

ÎX

A B!A&E3tOlSELLE ANAIS.

« Ma chère, « Pour qui me prenez-vous ! Je vous prends pour

a înoi, si vous voulez. Ce soir, passage du Grand-Ccrf, c à la nuit tombante C'est mon dernier mot.

« Adolphe »

A UONSIEÙR ÀDOLFIIE. .

a Vous saurez, monsieur, que je ne vais jamais dans « le passage du Grand-Cerf. Pour en finir, j*irai ce soir « vous prier de me laisser en repos. Etes-vous ennuyeux, « donci '

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