LES ROMANS
Les choses n'allèrent pas plus loin; mais, le lendemain, Adolphe eut l'audace de pénétrer parmi les fleuristes de la rue Marie-Stuart. La maîtresse, madame Luc, qui n'avait qu un amant, l'accueillit comme pour elle, et le chat du logis vint sans façon se bûcher sur ses genoux. Les fleuristes, un instant silencieuses, se mirent toutes à parler; ce fut un éclat de voix argentines à faire bondir la tète et le cœur. Les babillardes étaient avenantes» et Adolphe s'enorgueillissait d'avoir ses entrées dans un pareil Éden. Mademoiselle Anaïs le regardait du coin de l'œil et attachait par disiraciioa une corolle de marguerite à une aigrette de bluet.
Le babil languit bientôt : quand les femmes ont p^r/é toutes à la fois, elles écoutent le silence. Adolphe ne savait comment ranimer toutes ces jolies voix qui formaient un charniant concert pour le cceur ; il regardait amoureusement Anaïs et chiffonnait les fleurs éparses sur l'étabU. Enfin madame Luc, se renversant sur son fauteuil avec l'indolence d'une maîtresse de maison, se mit à parler littérature pour montrer son qsprit. .
— Vous aimez les romans? dit-ello à Adolphe en rninaudant le plus gentiment du monde.
— Moi, dit gaiement Adolphe, je n'aime que les romans en action : c'est bien la peine d'en, lire de si mauvais quand on peut en &ire de si jolis I Si vous voulez» mes charmantes héroïnes, nous ferons ensemble un roman.
— Et vous appellerez cela les douze romans d'Hercule, dit madame Luc.
Toutes les fleuristes s'étaient récriées, surtout mademoiselle Anaïs.
Cependant, le soir, mademoiselle Aiiaïs voulut bien s'appuyer çur le bras d'Adolphe pour retourner à sa chambrette : c'était consentir au premier chapitre.
XHI
Le long du chemin, Adolphe, tout en pressant le bras de mademoiselle Anaïs, n'oublia pas de faire la satire de ses compagnes. Et mademoiselle Anais se disait tout bas :
— Mon Dieu ! qu'il a d'esprit !
Malgré tout son esprit, il perdit son temps ce soir* là : mademoiselle Anaïs se hérissa de sa vertu. Il eut beau faire, il fallut se retirer devant le porc-épic.
' — D'où lui vient cette vertu sauvage? se demanda le pauvre amoureux en s'en allant; il y a quelque chose là-dessous.
188 LES FEBIMES
kleaux de chfivalet de cette histoire mémorable. C'est à peine si nos dessins à la plume donneront l'idée de toutes ees belles folies.
AN AÏS A ADOLPHE.
<( Adolphe, je yeux aller au Gymnase ce soir.
a Ahaïs. »
ADOLPHE A ANAIS.
« Ma petite chatte,
« Je ne puis aller au Gymnase ce soir ; je passe mon « examen. Mon cœur est désolé.
«. Adolphe. »
AMAIS A ADOLPHE.
« Vous êtes charmant, monsieur, avec votre exaa men! C'était bien la peine de perdre son âme et son « temps ! Un examen I Hélas ! Tautre semaine vous « auriez tout quitté pour moi, surtout un examen I <i Mais, pour votre punition, sachez, monsieur, que je
« vais ce soir à l'Ambigu avec Arabellé.
(( Ahaïs. »