‹ Les femmes comme elles sontChapitre 43 sur 45 · ÉTOILES FILANTES · texte numérisé non relu

ÉTOILES FILANTES

L'amour se paye avec de Tamour. Toute autre monnaie est (le la fausse monnaie.

Les femmes se donnent plus de mal pour acheter l'enfer qu'elles nen auraient pour acheter le cicK

11 y a des femmes qui sont des jardins français; il y a des femmes qui sont des jardins anglais. J'estime plus les premières; j'aime mieux les secondes.

Les femmes galantes vendent aujourd'hui leur temps.

Voici une conversation du jardin Mabille : « Madame, voulez -vous venir fumer chez moi? — Y a44i des glaces? — Il y a du jambon d'York. — Qu'est-ce que vous me gardei*ez de temps? — Pas un siècle, soyez tranquille. »

On part, on cause, on fume, on mange, on boit. Et tout à coup : « Onze heures! dit la dame; j'ai perdu deux heures I Donnez-moi deux louis, el deux francs pour mon carrosse. — De bonne foi, ma chère, il faudrait donner les deux louis pour les chevaux et les deux francs pour vous. »

Cbamfort a dit : ci II faut choisir : aimer les femmes ou les connaître, il n'y a pas de milieu. » Quoiqu'il connût les femmes, il persistait à les aimer. Duclos s'accommodait de la première venue. « Pour moi, disait Ghamfort, je recherche surtout celles qui vivent hors du mariage et du célibat. Ce sont quelquefois les plus honnêtes. » Quoique le sentiment romanesque manquât à son cœur, il eut quelques élans de poésie dans l'amour, ce qui explique ce mot : « Je li'ai jamais perdu terre avec les femmes, si ce n'est dans le ciel. »

Il aurait pu, mieux qu'aucun autre faiseur de paradoxes, écrire l'histoire de l'amour. Il avait étudié la femme et les femmee; il savait lejs -ouille et une attaques contre les places (orj^s de la vertu. Il commençait souvent le siège au petit lever. Au dix-huitième mècle, les marquis allaient voir le lever des femmes.

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Lb siikl «I h» fei aes ani iHyMHs de ce noaée , matf ■e ae lèmfll plas c» paUk. CkwrfHrt trasTail que le ■Miii a MK sarte Je aéwilé blak «a anmreox. A truis lie«r«s« as pouvait ownr fe roBoan, sauf à Tinkmoapre a b prevwre page; à six heares» il Edkit raitfer av Km de s'attesJffir; à seiif hettres, conter qpeii|«e iitsioire éflWBvaBle; à aaiiuiil, soiTre son ior apiralioa^ et, «ne bâ» en cani|i^ney ne p«s rebroosser dMain» nèaae si k fen était à la naiaûB. Selon ChamiiMrt, il j a tant d^iHogisaie dans la feonne» que les raiae h prennent jamais. Il but saYoir cire le même nHMnent vn homme d'esprit et une bâe, nn maître et nn eadave; nn sage et un fou. « Savezvotts pourquoi, disait Qnaribrt à Krabcao, j'ai séduit madame de*^? C*est que je me suis aperçu le premier que, puisqu'elle a^ait changé ai cramoisi le meuble bleu de son boudoir» il bllait chaîner avec elle le ton de la oonTcrsation. »

Les femmes consollaient Chatufort comme un eon- Eesseur do Tordre profane. « Mon fils ya entrer dans le monde, lui dit un jour madame deMontmorin; comment le sauver de la première traversée? — Recommandez-lui avec fe.nreur d'être amoureux de toutes les femmes, n

Les philosophes ont toujours aimé les courtisanes,

même Platon, même Socrate; c'est qu'ils considèrent la femme comme un livre, et que, à ce point de vue, la courtisane est une étude plus curieuse que la vierge ou la mère.

On ne bâtit pas une passion sans pétrir le ciment avec des larmes.

Il y a des hommes prédestinés à l'amour; ils ont le charme,.comme si une bonne fée eut répandu sur leur berceau le parfum voluptueux des cheveux de Vénus sortant de la mer et de Diane sortant de la forêt. La plupart des hommes «ont condamnés à vivre de peu en amour; ils prennent une femme, et c'est fini; leurs vanités les emportent ailleurs. L'un va à la guerre, l'autre trône dans une boutique, celui-ci va à la philosophie, celui-là ne fait rien du tout. Quelques-uns jettent un regard en passant sur le pays des joies amoureuses, ou du moins ils se contentent d'avoir vingt ans une fois dans leur vie. Mais ceux que j'appellerais les vrais privilégiés de la terre, les enfants prodigues de leur cœur, qu'ils donnent toujours et qu'ils retrouvent toujours, parce que leur vie est dans leur cœur, ceux-là ont vingt ans pendant vingt ans. Aussi les femmes lés reconnaissent; ils n'ont qu'à paraître pour répandre autour d'eux le charme de la baguette d'or. Et ce qui les rend plus forts, c'est qu'ils ont le charme sans le savoir; mais les

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femmes le savent bien ; ils n'ont qu'à parler, — spirituel» ou bêtes, — ils n'ont qu'à sourire, pourvu qu'ils aient des yeux et une bouche, — car j'en connais plus d'un qui n'a des yeux que pour n'y pas voir et une bouche que pour se mettre à table, — mais jamais au banquet des dfeux, où Hébé chante l'éternelle chanson ' de la jeunesse.

Ce ne sont pas les financiers qui font la fortune des femmes de théâtre. Us ont tous la prétention d'être adorés sur parole.

Le célèbre M. Hope, qui se croyait aimé pour luimême, est mort (il avait alors cinquante millions), comme un simple mortel dans son palais de la rue Saint-Dominique. Il n'avait que cinquante ans. Quand je Tai connu, il y a quelques années, il n'avait que cinquante millions. Le pauvre homme I il est mort à peu près ruiné. On jouait gros jeu chez lui ; je lui ai vu perdre un million sans sourciller, ne paraissant inquiet que d'une gelée à trente-six carats qui allait at^ teindre les orangers de sa serre.

De million à million, il est descendu jusqu'à une pauvreté de sept à huit millions.

La dernière fois que j'ai diné avec lui, il me disait :

— Je vous en supplie, constilucz-moi une rente viagère de douze cents francs, cela me fera vivre vieux, car j'ai toujours remarqué que ceux-là seuls vivent \ieux qui ont des rentes viagères.

Et il me citait à l'appui de celte vérité huit serviteurs de son père, qui, depuis plus de vingt-cinq ans, portaient vertement leur vieillesse, quoique la plupart d'entre eux eussent quatre-vingts ans.

— Ces coquins-là me feront le chagrin de mourir après moi, qu'ils ont élevé» Depuis que mon père est mort, en leur léguant a chacun douze cents francs de rente viagère, ils n'ont songé qu'à vivre : ils se sont tous mis de la Société de tempérance, et ils sont allés habiter le comlé de Middlesex, le pays le plus sain de la Grande-Bretagne.

J'ai oublié de faire une rente viagère de douze cents francs à M. Hope, — et il en est morti

II était l'amant en titre de Jenny Colon, quand Gérard de Nerval chaulait des sérénades sous la fenêtre de la prima donna. Eh bien , il est mort le même jour que Gérard de Nerval, lequel avait quitté la terre le même jour que Jenny Colon, à quelques années près. Quand Gérard de Nerval était Irès-amoureux de cette beauté charmante, dont le nez en virgule m'a toujours déplu, il se présenta un matin chez elle, décidé à tout, même à se jeter par la fenêtre; mais, de tous ces massacres prémédités, il ne resta sur le champ de bataille qu'un cabaret de porcelaine de Saxe. Gprard avait saisi la belle inhumaine et la voulait convaincre; mais voilà que tout à coup il renverse un guéridon qui portait deux cents louis de porcelaine. Qui le croirait! ce ne fut pas M. Hope qui paya, — ce fut le poète.

Si TOUS voulez voir passer Paris, la province, TEu* ropc, les quatre parties du monde, — il y en a bien une cinquième qu'on appelle TOcéanie, mais je ue la compte pas, parce qu'il n'y a pas encore de femmes; — si vous voulez voir la chrétienté et Tantichrétienté, allez prendre une stalle aux Champs-Elysées entre deux averses, deux aquilons et deux femmes plus ou moins légères. L'avenue des Champs-Elysées, c'est le chemin de Corinthe. Les Athéniens de Paris y chantent une épitre aux Corinthiennes. (Pourquoi Théodore de Banville, qui a chanté tous les raisins, a-t-il oublié les raisins de Corinthe?) Etrange spectacle I singulière pluraUté des mondes! Fonteuelle n'aurait pas vécu cent ans s'il avait assisté à la comédie des Champs-Elysées. Comme ce tourbilon perpétuel aurait dérangé sa plaâditél Certes, lui qui a découvert les mondes n'avait pas prévu celui-là. En effet, rien ne donne une idée de ce Paris impossible et charmant qui s'embarque tous les jours pour Cjtlière — sur le lac du bois de Boulogne : hummçs d'affaires et femmes d'affaires, agents et agentes, courtiers et courtières, gentlemen et amazones, courtisans et courtisanes, lorets et lorettes, ambassadeurs et marchandes de modes* ducs et couturières, chemisiers et duchesses, philosophes et comédiermes, tout ce qui fait et défait Paris, tout ce qu'il vend, tout ce qu'il achète, tout ce qui le pille» tout ce qui le meta feu et à sang; — kaléidoscope, fournaise ardente, boîte de Pandore, descente aux enfers de la vie parisienne.

GOMUE ELLES SONT 275

L'amour, c'esl Tarc-en-ciel qui traverse la jeunesse orageuse, — les larmes et le sourîr e, comme la pluie et le soleil. — Les uns appellent cela Tare de Cupidon, les autres la ceinture de Vénus. Quand Tare esl détendu, quand la ceinture est dénouée, le prisme retourne au ciel, d'où il est venu.

Franlz voulait d'abord prendre une épée pour se frapper au cœur; il prit une plume et ouvrit son âme.

« Tu ne me reverras pas ou tu me reverras morte, m'écris-tu dans ton mot d'adieu.

u Partiel — parce qu'il y a un crime entre nous.

«L'hiver a Frappé mon âme; — mais, dans la neige, Je cueille encore pour toi les pâles fleurs du désespoir.

c< toutes les fleurs de la passion, tu les as effeuillées dans mon âme. Mais n effeuilleras-tu pas mon âme tout entière? Je t'envoie, là où tu me fuis, une moisson de roses sépulcrales pour couronner ta folie, ô ma belle Ophelia !

« Partie avec l'amour et la mort, — l'amour et la mort, ces deux anges du tombeau, ces deux anges de lumière.

« Va, tout n'est pas fini et tout n'est pas perdu* Nous nous fuyons pour nous rencontrer. Dieu ne le

Yoiit pas, dis-tu? mais Tamour, n'est-ce pas Dieu? Tenfer, n'est-ce pas la porte du paradis?

« C'est un amant qui a dit ce mot : souffrir mille morts.

(( Tu n'es pas si loin que tu le crois, tu n'es pas partie tout entière. Tout à Theure j'ai ouvert mes bras et j'ai senti ton âme sur mon cœur.

« Je relis tes lettres, — mon seul livre, — et j'y trouve toute la poésie de l'amour. Nulle n'est descendue si profondément dans ton cœur, nulle ne s'est élevée si haut pendant ton voyage dans le bleu. Que de larmes idéales, ces perles du sentiment!

« mon adorée I je traverserais la tombe toute noîre pour appuyer encore ton cœur sur mon cœur, — pour revoir dans tes yeux ce beau pays d'outre-mer qui est le pays des songes, — pour rouvrir les lèvres sous les miennes et y laisser mon âme immortelle.

« L'amour aime la mort. Si je le retrouve — encore amoureuse — je veux mourir et t' emporter là-haut, — ou m'enterrer avec loi.

« J'avais raison do te comparer à Cléopâlre. Elle buvait des perles, tu bois des larmes, — tu bois mes larmes dans une coupe taillée dans le marbre d'une tombe antique.

« Mon cœur est la vigne de la Bible ; le soleil a empourpré les grappes en les frappant à l'heure de la rosée. Chaque fois que tu me blesses au cœur, les groppes saignent dans ta coupe de marbre' sépulcral. Et tu bois avec volupté. Et tu t'enivres avec folie de ce^i^ qui rsl ma vie.

COMME KLLES SONT 37S

« Adieu donc. Hais (u me trouveras sur ion ehcmin dans chaque bouiîée de vent, dans les jeu\ de la lumière, dans les voix de l'infiiii, quel que soit rhorizon.

« Ab ! bien beureux, bien heureux ceux qui s'etidorment sur un sein brûlant pour ne se réveiller que sur le sein glacial de la mort l

« Les étoiles d'or descendront dn ^el pour te dire que je t'aime, que je t'ai aimée et que je t'aimerai.

K Car, comme lu me le disais, ils n'ont jamais aimé, ceux-là qui n'aiment plus.

* Oui, je t'ai aimée, et je t'aimerai mâme dans la haine, mèmednns l'oubli, même dans la mort, parce que tu es tout à la fols femme et chimère, parce que lu aimes comme Madeleine et comme sainte Tliérèsc, folle de ton coq>s et folle de ton âme, parce que (u aimes jusqu'au crime et jusqu'à la vertu, un pied dans l'enfer et un pied dans le paradis. »

Après ce chef-d'œuvre de folio dans la passion — ou de passion dans la folie, — Frantz brisa sa phimect saisit son épéc.

Un jeune banquier, déjà beaucoup connu parce qu'il masqpe sa laideur par le refltl de l'or, était devenu très-amoureux d'une femme beaucoup plus connue encore parce qu'elle veut clfacer tous les jours le reflet de l'or par le reflet de l'amour. I! s'imaginait que pour triompher il n'avait qu'à adresser à cette femme un» de ces brûlantes déclarations qui ne trouvent pas do

cruelles dans le demi-monde (car le jeune banquier fréquente les gens de lettres et s'imagine qu'il sait écrire). Mais la jeune dame lui renvoya son billet par son valet de chambre, en lui disant qu'elle ne connaissait pas cette signature-là, et qu'elle ne recevait que les billets signés Garât.

Elle ajouta en post-scriptum, sur l'escalier, que les lettres acceptées n'étaient jamais rendues.

Garât! voilà, dans ce monde doré, le dernier mot de Tam^ur — quand ce n'est pas le premier.

Je propose d'inscrire ce dislique sur le temple de M. de Cupidon :

lion ! aujourd'hui, si tu veux prendre un rat, Glisse dans la ratière un billet de Garât

Marie a raison contre Marthe. — Vivre de ce qui est éternel, n'est-ce pas plus vivre encore que de vivre de la mort de chaque jour ?

AVENTURES SENTIMENTALES

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