MA VOISINE
J'avais remis du bois au feu. Je m'amusais à écornifler une grenade, quand j'entendis un bruit étoutfé dans l'escatier. Je me levai tout palpitant, et je courus ouvrir ma porte. — Hélas! c'était une voisine. — Dieu et l'amour vous gardent d'une pareille voisine ILc proverbe a beau dire : je jure de ne jamais boire à cette fontaine-là. Ma voisine était une vertu à moustaches; aussi les jolis péchés et ma voisine ne s'entendaient p^^
du tout. Je rentrai en me moquant de mon cœur, qui m'avait trompé, et je pris un livre dans ma bibliothèque pour m'étourdir un peu dans l'attente. C'était saint Augustin, le grand poëte des rêveurs, qui confesse avec tant de charme comment il a déchiré sa robe d'innocence aux buissons de la route. Mais qu'avais-je affaire à saint Augustin? J'avais vingt ans, et toutes les éloquences du monde ne valent pas un péché de cet âge d'or. Quand mon cœur n'aura plus rien à faire, je lirai le grand saint avec fruit, je regretterai les égarements de ma jeunesse, et je m'écrierai aussi : « esclave malheureux et insensé! j'ai fui Dieu, mon maître, et je n'ai suivi que l'ombre ! » En attendant, j'en crois mot" cœur, je ferai fleurir et rc^eurir la gaieté; le bon Dieu ne nous a pas mis seulement sur la terre pour regarder le ciel .