VIEILLESSE
® Quand les femmes ont passé trente ans, la première chose qu'elles ou» blient, c'est leur âge, lorsqu'elles sont parvenues à quarante, elles en perdent entièrement le souvenir, dit cette Ninon qui fut aimée pour sa beauté à soixantedix ans.
Si nous avions voix au Recueil, nous affirmerions que la célèbre et spirituelle courtisane aurait pu rapprocher davantage de la jeunesse l'époque où les femmes s'efforcent d'oublier ou de dissimuler leur âge, car c'est là — dit-on — un petit travers assez généralement reconnu au beau sexe; mais nous n'avons pas à prononcer; notre tâche se borne à recueillir les témoignages.
C'est à peu près à la même époque (de 1710 à 1720) que le Sage et Montesquieu inséraient, l'un dans Gil Blas, l'autre dans les Lettres persanes^ les boutades suivantes :
® Il n'y a point de pays où les femmes se rendent justice sur leur âge. , Il y a un an qu à Paris une fille de quarante-huit ans et une femme de soixanteneuf allèrent en témoignage chez un commissaire, pour une veuve de leurs amies dont on attaquait la vertu. Le commissaire interrogea d'abord la femme mariée et lui demanda son âge. Quoiqu'elle eût son extrait de baptême écrit sur son front, elle ne laissa pas de dire hardiment qu'elle n'avait que quarante ans. Après qu'il l'eut interrogée, il s'adressa à la fille : « Quel âge avez-vous? — Passons aux autres questions, monsieur le commissaire, lui répondit-elle, on ne doit point nous demander cela. — Vous n'y pensez pas, reprit-il, ignorez-vous qu'en justice... — Oh ! il n'y a justice qui tienne, interrompit brusquement la fille; et qu'importe à la justice de savoir quel âge j'ai? Ce ne sont pas ses affaires. — Mais je ne puis recevoir votre déj)osition si votre âge n'y est pas, dit-il. — Si cela est absolument nécessaire, répéta-t-elle enfin, regardez-moi avec attention et mettez mon âge en conscience. »
Le commissaire la regarda, et fut assez poli pour ne marquer que vingt-huit ans. Le Sage.
420 LES FEMMFS D'.M'RKS LKS ATTl-lRS FRANÇAIS.
ES L'aiilre jour, j'étais dans une société où je me divertis assez bien. Il y avait là des femmes de Ions les âges : une de quatre-vingts ans, une de soixante, une de quarante, laquelle avait une nièce qui pouvait en avoir vingt ou vingtdeux. Un certain instinct me fit approcher de cette dernière, et elle me dit à Poreille : « Que dites-vous de ma tante, qui, à son âge, veut avoir des amants et fait encore la jolie? — Elle a tort, lui dis-je; c'est un dessein qui ne convient qu'à vous. » Un moment après, je me trouvai auprès de sa tante, qui me dit : « Que dites-vous de cette femme, qui a pour le moins soixante ans, ({ni a passé aujourd'hui plus dune heure à sa toilette? — C'est du temps perdu, lui dis-je, et il faut avoir vos charmes pour devoir y songer. » J'allai à cette malheureuse femme de soixante ans, et la plaignais dans mon âme, lorsqu'elle me dit à l'oreille : « Y a-t-il rien de si ridicule? Voyez cette femme qui a quatre-vingts ans et qui met des rubans couleur de feu ; elle veut faire la jeune, et elle y réussit, car cela approche de l'enfance. » Ah ! bon Dieu ! dis-je en moi-même, ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres? C'est peut-être un bonheur, disais-je ensuite, que nous trouvions de la consolation dans les faiblesses d'autrui. Cependant j'étais en train de me divertir, et je dis : Nous avons assez monté, descendons à présent et commençons par la vieille qui est au sommet : « Madame, vous vous ressemblez si lort, cette dame à qui je viens de parler et vous, qu'il semble que vous soyez deux sœurs; et je ne crois pas que vous soyez plus âgée l'une que l'autre. — Eli ! vraiment, monsieur, me dit-elle, lorsque l'une mourra, l'autre devra avoir grand'peur; je ne crois pas qu'il y ait d elle à moi deux jours (le différence. » Quand je tins cette femme décrépite, j'allai à celle de soixante ans : « Il faut, madame, que vous décidiez un pari que j'ai fait ; j'ai gagé que cette dame et vous (lui montrant la femme de quarante ans) étiez du même âge. — Ma foi, dit-elle, je ne crois pas qu'il y ait six mois de difféi'cncc. » Bon, m'y voilà; continuons. Je descendis encore, et j'allai à la femme de quarante ans : « Madame, faites-moi la grâce de me dire si c'est pour rire que vous appelez cette demoiselle qui est à l'autre table votre nièce. Vous êtes aussi jeune qu'elle; elle a même quelque chose dans le visage de passé (]ue vous n'avez certainement pas, et ces couleurs vives qui paraissent sur votre teint... — Attendez, me dit-elle; je suis sa tante, mais sa mère avait pour le moins vingt-cinq ans plus que moi; nous n'étions pas de même lit ; j'ai ouï dire à feu ma mère que sa fille et moi Ma(piîmes la même année. — Je le disais bien, madame, et je n avais pas tort (l'être étonné. »
Les fcnunes (pii se sentent Unir d'avance par la porte de leurs agréments voudraient reculer vers la jeunesse. Eh ! comment n(^ chercheraient-elles pas à trom[K!r les autres? I-Ilcs font Ions leurs elîorts pour se tromper ell(>s-mêmes et se dérober à la plus aflligeante de toutes les id(';es. iMoîNTEsjiUiEii.
Un peu |)lus tard, madame (hî Piiisieux disait :
?83 II y a une ïvauhiv, (\\ù ne m'a jamais paidouné de lui avoir dil (pi ClIe était de la KKime année que le roi.
M Kl URSS F i21
|)o Mi)> jours, M. Ad. (rilomlclol Mltiniio {\\u' :
S5 l no roiniiie ne ilit jamais son àiio, à moins quo ce ne soit l'occasion de faire connaître l'àjîe d'une antre ienime qui a plus d'intérêt encore à le cacher.
Oioii merci, Alphonse Karr a trouvé du même coup la cause et la justification de ce travers :
ge^On reproche souvent aux femmes l'habitude ({u'ontla plupart d'entre elles de ne pas dire la vérité sur leur âge. Il me semble que cela dénonce un ridicule des lionuues, bien plus qu'une fausseté des femmes.
Cette juslilleation admise, passons.
SB II Pst saison à trente ans, dit la reine de Navarre, que les femmes chauffent le titre de belles en bonnes.
« Bonnes. » Ou sait ce que cela signifie ; mais peu de femmes — dit-on — veulent le comprendre.
Madame Necker fixe à la même époque l'opportunité pour une femme d'être « bonne. »
® A moins qu'elle ne soit un vrai phénomène, une femme, même spirituelle, doit, après trente ans, se résigner à ne plus briller d'un grand éclat.
Madame d'Arconville est plus généreuse, qui recule le terme de dix années :
® Les femmes devraient au moins cesser de l'être à quarante ans. C'est assez, ce me semble, d'avoir joué à la poupée et à la madame pendant vingt-cinq.
Qu'on ne s'y trompe pas, les femmes, et surtout les jolies femmes, y jouent plus, en effet, à dix-huit ans qu'à six.
Quelles terribles expressions emploie madame d'Arconville ! « A quarante ans, femmes, cessez de Vêtre. » C'est rigide! c'est navrant! mais est-ce inévitable? Non, sans doute; nous n'osons pas, nous ne voulons pas le croire. En tous cas, nous osons être de Tavis de Boiste, quand il conseille aux femmes d'apprendre de bonne heure à vieillir, w ce qui — remarque-t-il — n'est pas un médiocre talent, » car, nous osons encore affirmer ce point, le rôle de la femme vieille — c'est de la'femme bonne que nous voulons dire — est assez beau pour n'être pas dédaigné. Mais il faut savoir être vieille — lisez boiine — comme on a su être jeune et belle.
Au dire de Saint-Évremond :
® L'enfer pour les femmes — qui n'ont été que belles, — c'est la vieillesse.
Mais il est bon d'ajouter avec Voltaire que
® C'est un enfer de vivre avec des femmes désespérées de vieillir ou de s'enlaidir.
»22 LES FEMMES D'APRÏ-S LES ALTEIRS FRANÇALS.
® Oiicl terrible combat, en effet, que celui d'une femme (|ui ne fut (pu' jolie contre le temps qui l'amaigrit pour la scul|)ter en vieille.
Fi Ton conçoit aisément
fS Qu'il n'y ait pas d'être plus insupportable qu'une ci-devant' jolie femme, si ce n'est un ci-devant jeune bomme pourtant. Boiste.
Que les femmes qui touchent à l'âge de « bonté » en croient donc madame de Lambert, quand elle leur dit : « Vieillesse avancée est moins vieille, » et de .Tony, quand il leur enseigne :
« Que les prétentions à la jeunesse donnent toujours à une femme quelques années de plus qu'elle n'en a. » Qu'elles laissent Théophile Gautier s'étonner
« Que celles qui ont trente ans — ou la petite vérole — ne se jettent pas du haut d'un clocher en bas ; » et qu'elles parcourent, si elles en ont le loisir, les pages suivantes, dans lesquelles s'offriront à elles, à côté de quelques traits malins, mais non blessants, plus d'une assertion consolante, plus d'un conseil profitable.
g;' Tue vieille femme qui veut briller par sa parure, par son enjouement et par ses discours, et qui emprunte, pour faire l'agréable, tous les airs d'une jeune personne, me représente le geai de la fable, qui devient la risée de tous les autres lorsqu'il se pare des plumes du paon. Quand on a perdu la jeunesse, c'est une folie de croire qu'on en puisse retenir les agréments : les grâces disparaissent avec elle, elles abhorrent les cheveux gris.
^ Les femmes qui ont été belles et (jui ont recours à l'artilice pour réparer l'outrage du temps ont encore plus de torts que celles qui ne le sont point et (pii cherchent à réparer le refus de la nature. Le regret dé n'être plus belle doit en queh|ue sorte être effacé par la vanité de l'avoir été. Une femme qui n'est plus en état de l'aire des conquêtes peut toujours s'applaudir en secret de celles (pi'elle a faites autrefois, et, si elles lui ont échappé avec ses charmes, elle jouit toujours de l'idée flatteuse de les avoir faites. Mais le chagrin d'être dépourvue d'attiails, dans l'âge où l'on en pourrait avoir, send)le plus juste et plus raisonnable; et il est l)(;aucoup plus cruel, quand ou est jeune, de ne point trouver de cu'uis (pii veuillent se rendre, que de n'en |)oiivoir plus soumettre lorsqu'on en a perdu les moyens. SAiiNT-KvKEMOisi).
9^ Dans la jeunesse, les femmes se soulieiment par l'ardeur du sang, (|ui les enlraiiuî vers les objets sensibles, qui les livrcî aux |)assions permises ou défendues : l:i nouveauté des objets les excite et nourrit leiu' ( uriosité ; tout cela les soutient, l'our rv.Wc.s (pii ont de la beauté vi des a^réniciils, elles jouissent des ;ivautages de Iciu- propre ligui'(( ci de l'impression (pi'elles l'ont sur les autres :
• \ I i'|><M|iic où lloislf ('criviiil. (('[{c i'\Mh-\i- Af n-lli'l>aill .iv.iil riKou' hik' lune irà-|iiii|>(i>- iiu'clli' ;i |ICIllllC ilc|iiiis.
VIKILLKSSE. ^*25
I amoiir-i>io|no t>t loujoms iioum de ce qu'elles voient en elles, ou de ce (|u'elles inspirent. (}nA\e domination est plus prompte, plus douce cl plus absolue que celle de la lioauté'.' La majesté et l'autorité n'ont droit que sur les choses extérieures la beauté en a sur l'iune : il n'y a i;uère de iemmes aimables qui n'aient joui de ces triomphes secrets. De plus, quelle source d'amusements ne fournit pas Tenvie do plaire? Tout l'appareil de la galanterie permise à une jeune personne, la parure, les spectacles, tous ses plaisirs sont l'occupation d'un certain âge. Quels mouvements iu> donnent point les |)assions! Peut-on être plus vivement et plus lortement renuiée que par elles?
® Pour celles qui n'ont rien ménagé, qui ont été infidèles aux préjugés et aux vertus de leur sexe, elles perdent infiniment ; les plaisirs, le seul lien qui les unissait aux hounnes, venant à manquer, elles ne tiennent plus à eux, ni eux à elles. Pour celles qui se sont respectées, qui ont su joindre la probité et l'amitié à l'amour, elles tiennent aux hommes par les vertus et la société; car la vertu seule a droit de nous unir. Les caractères sensibles ont plus à souttrir ; le cœur ne s'use pas comme les sens. La fidélité à vos devoirs est souvent suivie d'une longue et pénible sensibilité ; Tamour se dédommage sur les sentiments du cœur de ce que les sens lui ont refusé. Plus les sentiments sont retenus et plus ils sont vils.
^ Les événements de la vie des femmes en dépendent; et de grands établissements ont été souvent la suite et la récompense d'un sentiment. Toutes ces choses sont enchaînées et relatives au cœur, et font une vie pleine et occupée, même pour celles qui n'ont pas fait un mauvais usage de leur liberté.
Tout cela échappe dans un certain âge, oii, si vous voulez faire quelque usage de votre cœur, vous ne sentez plus que de la douleur. Il vient un temps où il faut mener une sorte de vie convenable aux bienséances et à la dignité de son âge ; il faut renoncer à tout ce qui s'appelle plaisir vif. Souvent vous avez perdu le goût pour les amusements ; ils ne peuvent plus occuper ni remplir vos heures; vous avez perdu même vos véritables amis, et le temps est passé d'en faire d'autres. Le revenu de la beauté, c'est l'amour, et la récompense de l'amour vertueux, c'est l'amitié; et vous êtes bien heureuse quand toutes vos belles années vous ont acquis un ou deux amis véritables. Enfin, vous quittez chaque âge de la vie quand vous commencez à le connaître, et vous arrivez toujours neuve dans un autre. Toutes les choses extérieures ne vous soutiennent plus ou vous sont interdites. Chez vous, vous ne trouvez plus qu'infirmités dans votre corps, que réflexions tristes dans l'esprit, (jue dégoûts. Il faut rompre tout commerce avec vos sentiments : on sent les liens quand il les faut rompre.
&B Les femmes n'ont qu'un temps iort court pour plaire par les agréments de la figure. Quand une fois elles ont (piarante ans, elles ont beau avoir été belles et l'être encore, les gràces.s'éloignent avec la jeunesse et les amours avec elles ; on s'aperroit avec dépit que l'on ne fait [)lus la même impression de plaisir sur
4*J4 I.ES FEMMES D'ArUÈS LES AUTEUUS FRANÇAIS.
les hommes que l'on faisait autrefois en se montrant ; et Ton toml)e dans la tristesse, à moins qu'on ait été assez prudente pour faire un grand fonds d'esprit et de talents, qui console des ravages du temps.
® Il y a des femmes assez folles ou assez heureuses pour ignorer les ravages du temps sur la beauté. Madame la marquise de R... avait été fort belle femme et fort galaute. Le goût des ajustements coquets lui était resté dans un àgc forl avancé. Il y avait quarante ans que sa femme de chambre lui demandait le matin quelle robe elle voulait ce jour-là, et la marquise répondait depuis quarante ans : « Mais ma robe couleur de rose et des rubants vert gai ; car, ajoutaitelle, j'en mis hier, j'en peux bien mettre aujourd'hui. » En faisant ce raisonnement tous les jours, elle léussit à mettre, à soixante ans, une robe couleur de rose et des rubans vert gai; et quand elle mourut, on lui faisait une robe couleur de rose, et elle avait des rubans vert gai. M'"'' de Puisieux.
JS 11 m'arrive quelquefois, en considérant tant de jeunes personnes qui se livrent si imprudemment, et j'ajouterai si innocemment, aux seuls amusements de la vie du monde, de me demander comment elles s'y prendraient pour vieillir, et cependant il faudra bien (ju'elles vicdlissenl!
^ Si dans la jeunesse une femme a porté tout son intérêt sur des émotions fugitives, si elle a cédé aux séductions de l'imprévoyance, et livré son fragile esprit aux futilités du beau monde, elle se présentera bien légèrement armée contre les atteintes du temps; elle n'aura pas appris à supporter les revers de la nature; et infailliblcMuent elh; tombera dans une telle détresse, dans ini abattement si profond, qu'il serait possible qu'elle envisageât avec plus de fermeté la chance de la mort que la perspective de la décrépitude. Mais si, au contraire, elle a considéré toute sa vie comme une mission sérieuse et continue, les circonstances inévitables entre lesquelles elle doit la poursuivre lui paraîtront accessoires et lui seront moins sensibles; son cœur et son esj)rit lui offriront toujours les moyens de les apprécier, d en jouir ou de s'en distraire.
M. DE RrâlUSAT.
^ Jeunes ou vieilles, les femmes font bien de se cacher: mais, vieilles, elles le doivent indispensablement.
1^3 Sous tous les rai)|»orts possibles nous dirons (|uc res|)rit de conduite dans la vieillesse exige des fennnes deux (pialilés dont nous leur avons déjà l'ail scnlir l'importance; j'entends la dignité et l'humilité. Toutes deux, à litre différent, leur imposent une grande réserve dans leur manière de se comporter. La dignité est le partage, de l'être immortel qui habile par la pensée son sc'^our fiitm-, el qui, s(;nlanl déjà se, déployer ses aile.s, allacbe peu de prix aux choses d'ici-bas. L hinnililé eon\ienl à la lennne faibl(\ (htscmie plus (lé|ien(lanl(; «pu' jamais, se jugeant inférieuic, à ses (ispéi-ances, el ne |i()n\,Mil les voir léaiisées (pie i; race à un iiiérile i|ui n'e>| pus le sutii.
MKIl.l.KSSK. 'iSS
rcç II lie r;iiit pas so lo dissimuli>r ; le sort le plus nouerai des femmes âgées, c'est l'isolemeut, et les uières de l'auiille u'en sont pas exemples. Les enfants se dispersent ; loin- vocation, leur ironie do. vie, leurs goûts ne s'accordent plus avec les habitudes dun âge avancé, et Ton se sépare tout eu s'aimant. La solitude de fait ou de cœur tuiit ainsi par devenir le partage d'une foule de femmes, et un sentiment de malheur ou au moins de profond découragement en est trop souvent la suite.
® Le bonheur ou le malheur de la vieillesse n'est souvent que l'extrait de notre vie passée. M""^ Necker.
E^s 11 faut (pi'nne femme proportionne à son âge ses goûts et sa parure. La coquetterie de la toilette est un ridicule odieux quand on n'est plus jeune, et la vivacité de la jeunesse dans un âge avancé ressemble à une parure neuve sur une vieille robe.
^ Il est une situation cruelle, embarrassante pour une femme qui a excité longtemps les désirs des hommes et la jalousie de son sexe; c'est le moment où sou miroir lui dit : Vous n'êtes plus charmante comme autrefois; vous avez beau être indulgente h vous-même, votre beauté s'efface ; quoique l'éclipsé de vos attraits soit imperceptible, elle n'en est pas moins réelle.
Elle voudrait démentir ce cristal véridique. L'amour-propre a beau parler, la vérité terrible est plus forte que lui. Une angoisse amère abat son cœur; en perdant ses agréments, elle sent qu'elle perd son existence.
Quoi! ceux (|u'clle avait enchaînés à son char bientôt ne laisseront plus tomber sur elle qu'un regard de complaisance! Ceux qu'elle a rebutés triompheront en voyant ses attraits flétris! Ce monde qu'elle a trompé et dont elle était l'idole, à peine se souviendra d'elle ! Bientôt elle ne devra plus qu'à la politesse ce qu'elle devait à l'amour. Ses regards inviteront en vain les regards de ses voisins ; dès qu'on l'aura fixée, on détournera les yeux. Quel état pénible, surtout lorsque le cœur est encore avide du désir de plaire, lorsqu'on veut toujours paraître, et que personne ne s'empresse à vous remarquer! *
C'est alors qu'une femme, exilée de la société, ressent un chagrin cent fois plus vif que le ministre ambitieux qui se trouve tout à coup dépossédé du pouvoir dont il était si fier et si jaloux. Tous doux versent des larmes secrètes en jetant de loin un coup d'œil vers le monde, vers ce maître changeant et tyrannique qui, dans son ingratitude, oublie tQut ce qu'on a fait pour lui. Tous deux sont encore dévorés d'une ambition sourde, celle d'une femme se trouve la plus impuissante. N'être plus de mise dans le tourbillon du monde est pour elle un ridicule plus cruel que le déshonneur.
Pour la sauver de cet état affreux, de cette honte de n'être plus rien, de cet ennui indélinissable, il se présente à elle deux ressources, la dévotion et le bel esprit. Mais ces deux états sont surannés; la dévotion n'est plus de mode, et l'aftlche du bel-esprit est devenue trop difficile à soutenir.
Oiio riiit-cllodonc? Elle s'entoure de jeunes demoiselles, brillantes de irauheur t'I de beauté, elle les dirige, les endoctrine, entre dans tous leurs secrets, el parvient ainsi à faire encore rechercher sa société, et à prolonger cette espèce d'empire dont elle est si jalouse.
L'expérience du monde lui a appris que toutes les affaires se tra^^lillaient comme la tapisserie. On voit naître les couleurs et la main est cachée; elle se livre donc à l'intrigue, elle a un bureau, un secrétaire ; elle écrit trente lettres par jour : vingt-neuf sont rejetéjes, une réussit, et la voilà satisfaite. Elle protège; on y croit parce qu'elle le dit tout haut. L'espérance qui vous abuse fait qu'on ajoute foi à ses promesses ; elle se mêle d'un emploi de quatre cents livres, comme de la nomination d'un premier commis. Rien ne la rebute, et pourvu que son nom soit cité chez les ministres, pourvu qu'on dise qu'elle négocie des places et des mariages, qu'on a aperçu dans son salon un évèque et un maréchal de France, on lui attribue une grande existence, et quelquefois elle se contente de la simple apparence du crédit et du pouvoir. Mercier.
® Femme qui plaît à soixante ans
Par son aimable caractère, Possède bieu mieux l'art de plaire Qu'une belle dans son printemps.
Les prestiges de la jeunesse Cachent mille défiuits au jour ; Mais le charme fuit : la vieillesse Lève le bandeau de l'Amour.
Alors la raison, qui s'éveille.
Cherche l'esprit. Si c'est en vain, La Beauté, dès le lendemain, Pleure ses amants de la veille.
Mais si l'on trouve en vous les talents, les vertus, L'amitié tous les jours ajoute à vos conquêtes. Et l'on vous aime encore malgré l'âge oïli vous êtes, Connue l'on vous aimait à l'âge qui n'est plus.
On regrette le temps passé sans vous connaître. Cond)ien l'on (!Ùt joui d'un commerce si doux ! Il seinbKî (\\U' plus tôt ou auiail. voulu nailre. Pour avoir le boubciu' de vieillir avec, vous.
Lorscpic vers sou déclin le soleil nous éclaire. L'éclat de ses rayons n'en est point all'aibli ; On est vieux à vingt ans si l'on ces$e de plaire; Et qui plaît à cent ans meurt sans avoir vieilli.
Demoustiers.
£83 LesjciMUîs et jolies femmes ont toute |»ei'mission (l'étr»' sottes, étant sûres d'être admirées toujours; mais m)n pas la l'ennne âgée : il faut (prelle ait de
rC8J)rit. MlCIlKLET.
vii:iLi,KssE. mi
^ La lomnie n est pas vieille tant ([irollo inspire de rainour... D'ailleurs, (pfest-ce ipiètre vieille? Ce n'est pas avoir ilépeiisé un certain nombre d'années du nombre mystérieux qui nous a été donné à chacun. Etre vieille, c'est n'avoir plus ni beauté ni eliarnie. Si une fennne conservait jusqu'à cent ans tous les attraits de la jeunesse, elle serait plus jeune qu'une femme de vin^t ans qui les aurait perdus. Ali>if. Kah».
SG Une femme est jeune tant qu'elle peut inspirer de l'enthousiasme — ou de l'amour. — Une femme qu'on n'a jamais aimée a toujours été vieille.
A. GUYA.RD.
^ Quand une vieille femme
Aime eiuor les plaisirs, pour eux elle est de flamme.