‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 107 sur 194 · I, J, ROUSSE.UT · texte numérisé non relu

I, J, ROUSSE.UT

^ II y a longtemps que l'on a dit que la femme de bonne réputation est celle dont on ne parle point, et cela est toujours vrai. 11 est si difficile d'être louée de tout le monde, (ju'il faut renoncer à l'cmvie d'être connue, ou s'exposer à cent sortes d'observations malignes. On fait |)arler de ses talents, de sou esprit, mais c'est toujours aux dépens de sa réputation; il faut bien que les autres femmes mal partagées de la nature entrepreiment d'obscurcir ce qui les rend hideuses et méprisableé par comparaison.

^ Notre sexe est assujetti à des bienséances, et le bonheur de noire vie dé-

456 l.KS FEMMKS D'APKÈS LES Al 1 Kl KS FRANÇAIS,

pend (le les garder. On ne peut être heureuse sans l'apparence au moins de la vertu, et l'étude d'une femme qui cesse d'être vertueuse doit être de le paraître.

^ Qu'entend-on dans le monde par de la probité? Ce n'est point aux femmes (pie je fais cette (juestion. Elles sont dispensées d'en avoir. On dit une femme (Thonneur, et l'on entend bien ce que c'est que l'honneur dune femme; mais l'on n'a jamais dit une femme do probité. Ce serait même s'exprimer si ridiculement que, si j'avais à parler de madame de ***, je dirais que c'est une femme d'honneur et un homme de probité. Quoi donc! la probité serait inutile aux femmes, ou les femmes ne seraient-elles point faites pour elle? C'est le premier, car il me semble qu'elles peuvent être tout ce qu'elles veulent, sans conséquence. Nous portons aux hommes une vénération bien singulière, pour n'oser avoir avec eux rien de commun que les défauts.

Peut-être ne serions-nous point fâchées d'égaler leur savoir et de ne plus passer pour ignorantes; mais je crois qu'ils nous accuseront encore longtemps d'indiscrétion, de caprices, de frivolité, d'inconstance, do peu d'entendement, d'attachements pitoyables, etc. JNous avons cependant le gern)e de toutes les vertus qui sont en eux; mais, soit défaut d'édncalion, soit faiblesse de notre part, ce germe ne produit rien en nous.

® Une belle fenmie fort sage reste avec sa vertu et la fortune avec laquelle elle est née; veut-elle l'augmenter, ce n'est qu'au moyen d'un sacrifice que les femmes galantes connaissent bien. On nous a ôté tous les moyens de nous élever avec décence; il ne nous en reste qu'un (jui, même en nous élevant, nous avilit et nous rend les dernières des femmes.

^ L'ambition a perdu de grands hommes et a lait tomber dans le travers bien des femmes qui, sans cette malheureuse passion, eussent été vertueuses, l'our vouloir s'élever au-dessus des autres, on est souvent obligé de faire des démarches qui rabaissent au-dessous d'eux et de soi-même. On ne parvient guère à ses fins qu'en caressant des gens dont on aurait méprisé la connaissance sans le besoin qu'on a de leurs services. Il faut all( iidre la fortune et les honneurs, ou, s'il faut les recbercher, que ce ne soit jamais aux dépens de la vertu, ni de la délicatesse des sentiments.

La seule ambition peimise à une l'emnie qui a d(î la raison, c'est de mériter l'estime et même radmiralion des personnes (pii ont de Ibonnenr et du jugement ; mais ce n'est pas en donnant dans tous les travers de noire siècle (pie Ton en vient là. .\i"" dk Piiisitiix.

î^. Les vertus des femmes sont iliKieihîs, parce que la gloire n'aide pas à les |»ratiqner. Vivre cbez soi, ne régler que soi et sa famille, cire simple, jnste et modeste, sont des vertus pénibles, parce qu'elles sont obscnres; il liml avoir bien du méiile poiii' n'être vertueuse qu'à ses propres yeux. Fontknkij.k.

dfô ... C'est donc (;n vjiiii (jiie j'eus loiijouis on lèle Le be;iu projet d'iHre une l'eniuie IiuiukîU; ;

HONNETU. - UÉPUTATÏON. 437

(] est donc en vain qno l'on l'ait ce qu'on peut ; .\'e>t pas toujours fenune de bien qui veut.

Qfb" ... l'no femme et tendre, et belle, et sage, De la nature est le plus digne ouvrage.

?se Vous croyez que toutes les femmes sont faites sur le modèle de celles avec (jui vous vous ruinez; vous pensez qu'il n'y en a point d'honnêtes.

D'honnêtes femmes! mais si fait, si fait, il y en a de fort honnêtes; elles trichent un peu au jeu, mais ce n'est qu'une bagatelle. Voltaire.

£§B 0 temps heureux et grossiers de nos pères, où il n'y avait que des femmes honnêtes ou malhounêtes, où toutes celles qui n'étaient pas honnêtes étaient malhonnêtes I Raynal.

ES Les femmes qui ont la réputation d'être honnêtes, chastes et vertueuses ne la méritent, pour la plupart, que parce qu'on ne leur a rien demandé ou que l'on s'y est mal pris.

^ L'honnêteté, chez bien des femmes, n'est souvent qu'indolence ou défaut de tempérament. Crébiixon fils.

® Il semble que la vertu d'une femme soit dans ce monde un étranger contre lequel tout conspire : l'amour séduit son cœur; elle doit être en garde contre la surprise des sens.

Quelquefois l'indigence ou d'autres malheurs encore plus cruels l'emportent sur toute la fermeté d'une âme trop longtemps éprouvée; il faut qu'elle succombe. Le vice vient alors lui offrir des secours intéressés ou d'autant plus dangereux qu'il se montre sous le masque de la générosité. Le malheur les accepte; la reconnaissance les fait valoir, et une vertu s'arme contre l'autre.

Environnée de tant d'écueils, si une femme est séduite, ne devrait-on pas regarder sa faiblesse plutôt comme un malheur que comme un crime'/ car enfin la vertu est dans le cœur, mais la malignité humaine ne veut juger ici que sur l'extérieur, quoique, dans d'autres occasions, elle cherche à développer le principe secret des actions les plus brillantes, pour en diminuer le prix et en obscurcir l'éclat. Quels sont donc les avantages d'une vertu si difficile à soutenir? Ktrange condition que celle d'une femme vertueuse! Les hommes la fuient ou la recherchent peu, les femmes la calomnient, et elle est réduite, comme les anciens stoïciens, à aimer la vertu pour la seule vertu. Duclos.

^ La vertu est facile aux femmes jusqu'au temps où elles sont forcées d(! communiquer avec ceux qui n'en ont pas. Bernardin dk SAiNT-PiERRb;.

® La pureté de l'àme et de la conduite est la première gloire des femmes.

M""" DE Staël.

.r.8 LES FFMMES O'APRfiS LES AUTEURS FRANÇAIS.

^ Les femmes no peuvent imaginer de parnre qni les embellisse autant que la vertu. Lf. Blanc.

^ Il y a sans doute peu dhonnêtos femmes dans l'acception qu'on attache à ce mot; mais il y a encore moins d'honnêtes hommes dans toutes les acceptions.

De LivRY.

® L'honneur des femmes est si différent de celui des hommes que Ton fait quelquefois consister l'un à détruire l'autre. Beauchène.

® La plupart des femmes sont des paons dans les promenades ; quelquesunes sont des pies-grièches dans leur domestique et des colombes dans le tèto- ;i-tète. Ch. DcFnESNY.

® Il n'y a rien de plus dangereux pour une femme honnête qu'un amant sage et respectueux, parce que sa conduite écarte tout soupçon de danger, et le rend, j)ar ce moyen, presque inévitable. M'"*" n'ÂRCoNvrxE.

^ Les femmes les plus vertueuses ont en elles quelque chose qui n'est jamais chaste.

^ Il est une exagération de pudeur que n'évitent pas toujours les femmes vertueuses.

® Aimer à gémir, — goût de femme vertueuse !

^ La vertu des femmes est peut-être une (pvestion do tompôrnmonl.

^ Une femme vertueuse a dans le cmur nno fibre de moins ou de plus (|uo l(!s autres femmes.

® Paraissez toujours honnête femme, même après votre mort!

Rai-zac .

^ L'honneur des hommes est dans le courage do leurs nclious, l'honnour des femmes est dans l'unité de leurs sentiments.

® Une femme (pii n'a donné aucun droil sui- ollo ost encore libre, quelle que soit sa passion. M'"" E. de Giuardin.

g^ Les femmes se rendent ot ne meurent pas. (Chaules w. lh;HNMU).

® La belle et noble vue que celle d'un(! honnête femnu^ quand un bon sentiment la remue !

m N'est-il |)as incroyable (in'il laillo du temps ot de l'oxpérionco pour on arriver à faire cette découverte si sinq)le : qiu' h's liîumies hoiniolos no so lionvent précisément que parmi les honnêtes fennues!

^ La founno riclic cl vrainioni honnolo a (b- la pilio ol non du dédain pour

IIO.NNKI II. — IIKIM TATION. i^)!'

celle (jui i\ (>sl m liiii ni raiilie. Son eioiir lui dit (jne la nialluuueuse (jirelle coiuloie avec elïroi dans la rue n y est pas descendue pour son plaisir, n'y cherche el n'y trouve pas le bonheur, et que le chemin qu'elle y l'ail doit être plein de misères et de douleurs sans nom. Elle se dit qu'elle serait plus coupable devant Dieu si elle tombait, elle que tout a aidé dans la vie et à ipii tout a souri, si elle tombait d'un degré seulement, (pie cette malheureuse qui, née souvent au fond do l'abime, ne connaît que l'abime, et y reste, sans trouver dans sa route une main pour l'aider à en sortir. P. J. Stahl.

^ La vertu qui convient aux mères de laniille C'est d'être la ))iomièrc à manier l'aiguille, La plus industrieuse à Hier la toison, A préparer l'habit propre à chaque saison. ... La maison d'une épouse est mi temple sacre Où même le soupçon ne soit jamais entré, Et sou époux absent est une loi plus forte, Pour que toute rumeur se taise vers sa porte. ... Ce n'est pas assez bien respecter la pudeur Que d'avoir seulement son culte au fond du cœur. Il lui (;nit rendre hommage à la face publique, Pour être vraiment chaste il faut être pudique, El comme vers ce but tout doit être tourné, C'est être criminel que d'être soupçonné. ... Le travail, il est vrai, peut ternir ma beauté. Mais rien ne ternira mon honneur respecté. Et si je dois choisir, injure pour injure , La ride au front sied mieux qu'au nom la flétrissure.

PoNSARU.

® A part quelques exceptions qui crèvent les yeux et qu'il est facile d'évitei, il y a peu de filles honnêtement nées; bien peu, quelles que soient les nuances incertaines de leur caractère, qui n'aient au fond de l'àme tout ce qu'il faut pour honorer le nom d'un homme et bénir son foyer.

^ Lue vertu, si solide qu'on la suppose, a besoin de quelque encouragement et d un peu de soutien.

S3 On aime la vertu, mais on veut en avoir le mérite. Il n'y a pas |)lus d'honneur (jue de plaisir à se sauver, s'il n'existe aucune chance de se perdre. .

Sj Si une femme, à défaut de liaison plus étroite, n'est pas suffisamment letenue par des années d'habitude affectueuse, par sa propre dignité, par cet honneur dont elle a accepté le dépôt à la face du ciel, et que des enfants lui rendent inviolable, il faut désespérer d'elle.

® Entre l'estime glaciale que le monde accorde à la vertu, et les admirations, les extases, les délices cpii font cortège à l'objet incouim de ce culte public,

440 I.KS FIÙMMES D'APKtS LtS AUTEURS FRANÇAIS.

quelle l'eninie, à un jour donné, ne sentira naitre en elle un doute anier el un* curiosité? ' Oct. Feuillet.

£^ Qu'est-ce qu'une femme honnête, dans l'élégant jargon du beau monde? (l'est une femme qui commet avec une certaine distinction toutes les peccadilles de son sexe, qui, dans le même instant, fait une aumône à Dieu, et donne un denier au diable!... Qu'est-ce qu'une honnête femme?... C'est moins que rien : on n'en parle pas.

^ Dans une rivière de diamants, j'ai vu se noyer l'honneur de bien des femmes. Ad. d'Houdetot.

^ La morale des femmes est toujours fondée si u" des principes arbitraires; leur honneur n'est pas le vrai honneur, leur décence est une fausse décence ; tout leur mérite et toute la bienséance de leur état consistent dans la dissimulation et le travestissement des sentiments naturels qu'un devoir chimérique leur prescrit de vaincre, et que, avec tous leurs efforts, elles ne sauraient anéantir. Du moment qu'une jeune femme entre dans le monde, tout conspire contre elle et confie sa vertu ; on dirait que toute la société est intéressée à sa perte ; aussi ce n'est que par le plus grand des miracles qu'elle peut échapper aux pièges tendu.s de tous les côtés à sa simplicité et à son innocence. Quand on réfléchit de bonne foi sur les malheurs inséparables de cette situation, bien loin de dire du mal des femmes, on est tenté de croire qu'elles sont, en général, beaucoup mieux nées que les hommes. Si c'est par un miracle que ce sexe aimable est préservé du naufrage, ce miracle fait honneur aux femmes. Guimm.

Page 1