‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 108 sur 194 · PUDEUR — CHASTETÉ · texte numérisé non relu

PUDEUR — CHASTETÉ

^ Douce pudeur! suprême volupté de l'amour; que de charmes perd une femme, au moment qu'elle renonce à toi! Combien, si elles connaissaient ton empire, elles mettraient de soin à te conserver, sinon par honnêteté, du moins par coquetterie! Mais on ne joue point la pudeur. 11 n'y a point d'artifice plus ridicule que celui qui la veut imiter.

® Les désirs voilés par la honte n'en deviennent que plus séduisants; en les gênant la pudeur les enflamme : ses craintes, ses détours, ses réserves, ses timides aveux, sa tendre et naïve finesse, disent mieux ce qu'elle croit taire que la passion ne l'eût dit sans elle : c'est elle qui donne du prix aux faveurs et de la douceur aux refus. Le véritable amour possède en effet ce que la seule pudeur lui dispute ; ce mélange de faiblesse et de modestie le rend plus touchant et plus tendre ; moins il obtient, plus la valeur de ce qu'il obtient en augmente, et c'est amsi qu'il jouit à la fois de ses privations et de ses plaisirs. Le vice a beau se cacher dans l'obscurité, son empreinte est sur les fronts coupables : l'audace d'une femme est le signe assuré de sa honte ; c'est pour avoir trop à rougir qu'elle ne rougit plus; et si quelquefois la pudeur survit à la chasteté, que doit-on penser de la chasteté, quand la pudeur même est éteinte?

La chasteté doit être une vertu délicieuse pour une belle femme qui a quelque élévation dans l'âme.

05? Toute femme sans pudeur est dépravée; elle foule aux pieds un sentiment naturel à son sexe. .T. ,1. Rousseau.

® L'obstacle pudique éveille le désir.

® A «lucy sert l'art de cette honte virginale, cette froideur rassise, cette contenance sévère, cette profession d'ignorance des choses qu'elles sçavent mieulx que nous qui les en instruisons, qu'à nous accroistre le désir de vaincre, gourmand(;r et fouler ù iiostre apjiétit toute cette cérémonie et ces obstacles? Car il y .a non-seulement du plaisir, mais de la gloire encores d'affoler et desbaucher

cotte molle douceur et cette pudeur eufautine, et de rangera la mercy de nostre ardeur une gravité froide et magistrale. Montaigne.

® La contrainte est l'écueil de la pudeur des filles. La Fontaine.

® Les lois ont demandé des femmes un degré de retenue et de continence qu'elles n'exigent point des hommes, parce que la violation de la pudeur suppose dans les femmes un renoncement à toutes les vertus; parce que la femme, en violant les lois du mariage, sort de l'état do sa dépendance naturelle.

Montesquieu.

® Chez les femmes, la modestie a de grands avantages : elle augmente la heauté et sert de voile à la laideur, Fontenelle,

^ La chasteté est une vertu morale par laquelle nous modérons les désirs déréglés de la chair. Parmi les appétits que nous avons reçus de la nature, un des plus violents est celui qui porte un 'sexe vers l'autre; appétit qui nous est commun avec les animaux, de quelque espèce qu'ils soient; car la nature n'a pas moins veillé à la conservation des animaux qu'à celle de l'homme; ot à la conservation des animaux malfaisants qu'à celle des animaux que nous appelons hicnfaisanls. Mais il est arrivé parmi les hommes, cet animal par excellence, ce qu'on fi'a jamais remarqué parmi les autres animaux ; c'est de tromper la nature, en jouissant du plaisir qu'elle a attaché à la propagation de l'espèce humaine, et en négligeant le but de cet attrait. C est là précisément ce qui constitue l'essence de l'impureté; et, par conséquent, l'essence de la vertu opposée consistera à mettre sagement à profit ce qu'on aura reçu de la nature, et à ne jamais séparer la fin des moyens. La chasteté aura donc lieu hors du mariage et dans le mariage : dans le mariage, en satisfaisant à tout ce que la nature exige de nous, et que la religion et les lois de l'Ftat ont autorisé ; dans le célibat, en lésistanl à l'impulsion de la nature, qui, nous pressant, sans égard pour les temps, les lieux, les circonstances, les usages, le culte, les coutumes, les lois, nous eutiaîneiait à des actions proscrites.

Il ne laut pas confondre la chasteté avec la continence ; et, récij)roquement, tel est continent (|ui n'est pas chaste. La chasteté est (1(> tous les temps, de tous les âges et de tous les états; la continence n'est (jue du célibat; et il s'en manque beaucoup que le célibat soit un état d'obligation. L'âge rend les vieillards nécessairement continents ; il est rare qu'il les rende chastes.

Voilà ce (pu; la philosophie seirdjie nous dicter sur la chasteté; mais les lois (le la i('li;^i()n chrétienne sont beaucoup \)\\\s étroites; en un mot, nu regard, ihk; parole, ini geste malintentionnés, llélrissent la chasteté chrétienne.

DlUEKOT.

E83 On dit rpie Jupiter, en formant les |)assions, leur donna à chaouie sa demeure : la Pudeur lut oubliée, et cpiaud elle se présenta, on ne savait pas où la placer; on lui pftrmil de se nièlei' avec toutes les autres. Depuis ce temps-là,

PrUElR — CIIASTKTK. 4ir.

AW on osl iiisoparaltlo ; elle est amie de la Vérité, et lialiil le Mensonge qni ose rattaquer; elle est liée et unie particulièrement avec l'Amour ; elle l'accompagne toujours, et souvent elle ramionce et le ilécèle; enfin l'Amour perd ses charmes dès qu'il est sans elle. C'est un grand lustre à une jeune personne que la pudeur.

® Ne croyez pas que votre seule vertu soit la pudeur : il y a bien des femmes (jui n'en connaissent pas d'autres, et qui se persuadent qu'elle les acquitte de tous les devoirs de la société ; elles se croient en droit de manquer à tout le reste et d'être inq>unément orgueilleuses et médisantes.

® Il tant avoir une pudeur tendre. M""" iie Lamblirt.

® Je ne louerai pas les femmes en soutenant que la pudeur leur est naturelle; ce serait prétendre que la nature ne leur a donné ni besoins ni passions : la réflexion peut réprimer les désirs, mais le premier mouvement porte toujouis à s'y livrer. D'ALEMnEirr.

® La modestie et la pudeur sont les plus beaux attributs de notre sexe.

® La pudeur est aux femmes ce que le point d'honneur est aux hommes. Un leur donne de bonne heure des sentiments de valeur, parce que l'on sait que les impressions qui se font dans l'enfance sont durables ; il en est à peu près de même des autres préjugés; il n'y a que la raison qui nous mette au-dessus de quelques-uns qui blessent le sens commun. Peu de gens sont en état de distinguer ceux qu'il est essentiel de distinguer. Les femmes, pour qui il semble qu'ils ont été faits, se défont souvent de ceux qui nuisent à leurs plaisirs, et cela avec une facilité qui doit faire honte à la philosophie des hommes. S'il y a de l'esprit à se mettre au-dessus de quelques préjugés, il y a de l'impudence et peut-être de l'hypocrisie à les braver tous.

S3 Une femme bien née ne doit jamais sortir des bornes de la pudeur. Sans celte vertu, la plus belle personne tombe dans le mépris. Les hommes mêmes, eux qui détruisent en nous cette vertu, l'aiment et veulent que nous leur en imposions. Une femme qui donne dans des écarts est traitée de la façon dont elle aura cédé. On peut conserver de la décence dans les occasions où on n'en a jamais mis. Plus les hommes sentent de respect pour ce qu'ils ont poursuivi, plus ils en conservent d'estime après Pavoir obtenu. M'"" de Puisieux.

® ... Qui peut séparer la pudeur de la grâce? L'imagination de ses regards discrets A peini; ose entrevoir ses mystères secrets ; Mais de son trouble heureux, de sa rougeur aimable, Elle adore tout bas le charme inexprimable. Le vice audacieux s'arrête à son aspect, Kt le Itiiilant désir est glacé de respect. Craignant ses propres yeux, clle-niôine s'ignore;

Delille.

i4i LKS F i: MM ES 1) AI' K ES LES ALT KL US FKAM.AIS

Même quand elle est nue, elle est modeste encore :

Sa décence la voile aux regards curieux,

Et la Vénus pudique est vêtue à nos yeux.

Mais comme nous voyons, délicate et craintive,

Se flétrir sous nos mains la tendre sensitive.

Un mot, un geste, un rien alarme ses appas ;

Le cœur vole au-devant de son doux embarras;

Son silence nous plaît, sa froideur même enflamme ,

Et la pudeur enfin est la grâce de l'âme.

Mais, tandis que j'essaye à tracer ce tableau.

Elle vient en mes mains arrêter mon pinceau.

It'orgueil, de modestie ineffable mélange,

Ainsi que le reproche, elle craint la louange.

Déjà je vois rougir ses timides attraits,

Et crains, en les peignant, de profaner ses traits.

^ Sans la vertu, je ne vois rien d'aimable : La décence, à mes yeux, embellit la laideur. Il n'est pour moi de beauté véritable Que sur le front où règne la pudeur.

Desmoustier.

® Si l'on ir.'i })u s'entendre sur la pudeur, c'est qu'on l'a dénaturée. Plusieurs la regardent comme un résultat nécessaire de notre organisation; quel([ues-uns prétendent qu'elle n'est qu'un produit accidentel de nos habitudes. Tous ont raison : mais, pour les concilier, il faut cesser de confondre la pudeur naturelle et la pudeur acquise. Ce que nous nommons pudeur s'écarte trop des lois naturelles. N'avoir aucune jjudeur, c'est s'en écarter autant.

^ La pudeur est une perception exquise, une partie de la sensibilité parfaite ; c'est la grâce des sens et le charnie de l'amour. Elle évite tout ce que nos organes repoussent; elle permet ce qu'ils désirent; elle sépare ce que la nature a laissé à notre intelligence le soin de séparer, et c'est principalement l'oubli de cette réserve voluptueuse qui éteint l'amour dans l'indiscrète liberté du mariage.

De Sénancouk.

^ Une femme ne doit point avoir de laisser aller, de crainte du laisser faire.

BoiSTE.

^ La pudeur, n'est-ce pas toute la fenuneV Bauac.

SB La pudeur donne des plaisirs bien flatteurs à l'amant : elle lui fait sentir (juelles lois l'on transgresse pour lui.

®3 Une fermne de Madagascar laisse voir, sans y songer, ce (pion cache le plus ici, mais mourrait de honte |)lutôt (juc de montrer son bras. Il est clair que les trois quarts de la pudeur sont une chose apprise. C'est peut-être la seule loi, lille de la civilisation, qui ne produise; «pie du bonheur.

l'inKl'h. CHASTblTÉ. Ub

tS5 Oii a observé nue les oiseaux de proie se cachent pour boire, c est qu'obligés lie plonger la tête dans l'eau, ils sont sans défense en ce moment.

® L'amour est le miracle de la civilisation. On ne trouve qu'un amour physique et des plus grossiei-s chez les peuples sauvages ou barbares.

Et la pudeur prête à l'amom- le secours de l'imagination : c'est lui donner la vie.

La pudeur est enseignée do très-bonne heure aux petites fdles par leurs mères, et avec une extrême jalousie, on dirait comme par esprit de corps ; c'est que les femmes prennent soin d'avance du bonheur de l'amant qu'elles auront.

Pour mie fenmie timide et tendre rien ne doit être au-dessus du supplice de s'être permis, en présence d'un homme, quelque chose dont elle croie devoir rougir ; je suis convaincu qu'une femme un peu fière préférerait mille morts.

® La seule chose que je voie h blâmer dans la pudeur, c'est de conduire à l'habitude de mentir; c'est le seul avantage que les femmes faciles aient sur les femmes tendres. Stendhal.

® Ce qui nous plaît surtout chez la femme, c'est la pudeur naïve, c'est la chasteté. Non peut-être la chasteté de Suzanne, qui n'est pas assez exposée pour être méritoire ; ce n'est pas la pudeur qui se contente de rougir, ni celle qui se tait, ni celle qui crie, ni celle qui se trouble ou s'offense de tout. — « Criez, mademoiselle, criez fort, disait le vieux Fonteuelle à une jeune personne qui fuyait ses innocentes caresses : criez, cela nous fera honneur à tous les deux ! » — La pudeur que nous aimons, ce n'est pas celle de Clarisse, qui dispute tout |>ied à pied, jusqu'à la clef de la porte par où on l'enlève; c'est celle de la jeune fille qui, Usant toute seule Bulfon, saute d'elle-même cinquante pages du livre, quoique curieuse de les lire ; c'est celle de Virginie, qui préfère la mort à la honte de s'exposer nue aux yeux d'un homme; c'est celle de Jeanne d Arc, (jui ferme ingénument les yeux,

Et qui, ne voyant point, pense n'être point vue.

L'imiocence et l'ingénuité, tel est le plus irrésistible attrait des femmes : une jeune femme qui, les cheveux épars, croit se cacher parmi les roseaux ou sous sa table de toilette ; la femme qui fuit celui qu'elle aime et qui cherche un refuge dans les bras d'un indifférent; Nausicaa craignant d'accompagner Ulysse dans la ville, et qui, néanmoins, le conduit au bain; voilà l'innocence qui nous charme, parce qu'elle n'a rien d'apprêté. D' Isidore Bouudon.

Page 1