MODESTIE
® Les anciens avaient en général un très-grand respect pour les femmes ; mais ils marquaient ce respect en s'abstenant de les exposer au jugement du public, et croyaient honorer leur modestie en se taisant sur leurs autres vertus. Ils avaient pour maxime que le pays où les mœurs étaient les plus pures était celui oij l'on parlait le moins des femmes , et (|ue la femme la plus honnête était celle dont on parlait le moins. C'est sur ce principe qu'un Spailiate, entendant un étranger faire de magnifiques éloges d'une dame de sa coimaissance, l'interroinpit en colère : « Ne cesseras-tu point, lui dit- il, de médire d'une fennne de bien? » De là venait encore que, dans leur comédie, les rôles d'amoureuses et des (illes à marier ne représentaient jamais que des esclaves ou des filles publiques. Ils avaient une telle idée de la modestie du sexe, qu'ils auraient cru manquer aux égards qu'ils lui devaient de mettre une honnête fille sur la scène, seulement en représentation. En un mot, l'image du vice à découvert les clioquai(!nt moins que celle de la pudeur offensée.
(liiez nous, au contraire, la femme la plus estimée est celle (|ui l'ail le plus de bruit, de qui l'on parle le plus, (|u'on voit le plus dans le monde...
0 temps de l'amour et de l'innocence, où les femmes étaient tendres et modesles, où les hommes étaient simples et vivaient contents ! 0 Hachol ! (illc charmante et si constamment aimée, heureux celui (pii pom' t obtenir ne regretta pas quatorze ans d'esclavage! 0 douce élève de Noémi, heureux le bon vieillard dont tu réchauffais les pieds et le cœur! Non, jamais la beauté ne règne avec plus d'empire (pi'au milieu des soins champêtres. C'est là cpie les grâces sont sur leur trône, que la sini|)licité les pare, (pic la gaieté les anime, et (piil faut les adorer malgré soi. .1. .1. Rousseau.
® La modestie est le supplément de la beauté.
£® (Jue faire d'une femme sans modestie'.' La timidité doit être le caractère des femmes; elle assure lems v(!rtiis.
^ Lesvulii^- d'échil ne sont |M)inl le partnge des l'cinMies, niiiis bien lo
MODESTIE. Ul
vertus simples et paisibles. L;\ renonimée no se charité point de nous. Un ancien dit que les grandes vertus sont pour les hommes; il ne donne aux femmes que le seul mérite d'être inconnues. « Ce ne sont pas celles qu'on loue le plus qui sont les mieux louées; mais celles dont on ne parle point. » La pensée me parait fausse ; mais, pour réduire cette maxime en conduite, je crois qu'il faut éviter le monde et rédat, qui prennent toujours sur la pudeur, et se contenter d'être à soi-nuMue son propre spectateur. M""" de Lambeiit.
ge La femme la mieux louée est celle dont on ne parle pas.
M"''' DE PUISIEIIX.
E«8 Les vers luisants sont l'image des femmes; tant qu'elles restent dans l'obscurité, on est frappé de leur éclat; dès qu'elles veulent paraître au grand jour, on les méprise et l'on ne voit que leurs défauts. M'"* Necker.
® Il y a dans la gloire je ne sais quoi de brillant, de mâle, qui ne va bien •|u'à riiomme, et Dieu a défendu à la femme de porter cette auréole, en lui laissant l'amour, la tendresse, pour en rafraîchir les fronts ceints de la terrible lumière. Balzac.
^ Les hommes se croient tous charmants; cela les préserve d'être envieux, ou du moins cela fait qu'ils sont envieux d'une autre manière ; il leur faut un sujet d'envie : ils se brouillent avec leur ami, quand il obtient un grand succès, sans doute; mais encore faut-il qu'il obtienne un succès; ils ne le haïssent pas sans raison : tant qu'un événement n'est pas venu leur révéler leur propre infériorité, ils se croient parfaits, au-dessus de tout, et ils vivent tranquilles. Les femmes sont plus modestes, elles ont plus le temps de s'observer ; elle's s'aveuglent moins sur elles-mêmes, et, dès leur entrée dans le monde, elles éprouvent une jalousie vague, une inquiétude humble qui les rend envieuses d'avance. Cette appréhension, cet instinct d'une rivale à venir, les fait s'armer sans guerre, se parer sans fête, et leur inspire cette malveillance factice qui les fait paraître méchantes, et qui n'est que de la crainte; cette coquetterie laborieuse, cette gentillesse volontaire qui les fait paraître coupables, et qui n'est que de la modestie. M""" E. de Girardin.