‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 11 sur 194 · FACULTÉS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

FACULTÉS INTELLECTUELLES

CÉNTE. — P. AfSnN. — LOniOrE. — APTITUDES ARTISTIQURS ET SCIENTI l'IQP ES.

IMAr.INATinN.

Nous croyons devoir nicttro ici à la première place les principaux passages où Jean-Jacques traite des facultés intellectuelles de la l'ennne, et d'en l'aire en (|uel- (pie sorte un texte que les autres citations viendront commenter.

^ Quoi (pi'eu disent les plaisants, le bon sens est également des deiix sexes.

E§3 La recherche des vérités abstraites et spéculatives, des |)rincipes, des axiomes dans les sciences, tout ce qui tend à généraliser les idées n'est point du lessort des femmes; leurs études doivent s(i rap|)orter toutes à la pratique ; c'est à elles à faire l'apidication des principes que l'homme a trouvés, et c'est à elles de faire les observations qui mènent l'homme à l'établissement des principes. Tontes les réflexions des femmes, en ce qui ne tient pas imnu''diatement à lem-s devoirs, doiv(!nt tendre à l'étude des hommes on aux connaissances agréables (pii n'ont (pie le goût |)our objet; car quant aux ouvrages de génie, ils passent jciu- jxiitéc; elles n'ont pas, non plus, assez de justesse et d'attention pour réiissir aux sciences <;xacles ; et (piant aux connaissances physi(pies, c'est à celui des deux (pii est l(! plus agissant, le plus allant, (pii voit le plus d'objets, c'est à celui qui a le plus (le l'orce, el. (pii l'exerce davanlage, à juger des rap|)orls des êtres sensibles et des lois de la nalinc.

(lonsulte/ 1(! goùl des fennues dans les choses pliysi(pu's, et (jui lieuiUMil au jugenu'iit des s(!ns; celui des li(>nuu(>s dans les choses morales, et qui dépendent pins de l'cintendenuMil. Quand les l'euunes seront c(Mprelles doivent être, elles se JKMneronl aux choses de leur conq)étence, et jugeionl toujours bien ; mais depuis (pi'elles se sont établies les arbitres de la liltératuic, depuis (pi'cllesse sont mises i'i jui^er les livres, el à eu l'aire ;'i Iniile l'(»r((', elles ne se cdiuiaisseul pins à lien. Les iMileuis qui cdiisullenl les savantes sur leurs duviages, soûl loujoms

I Adl.TKS IMEMKCVIIKLLES. 80

siiis d'ctrc mal coiisi'ilh's ; les ^^alaiils iiiii les ronsnllcnt sur loiirs |»ariii'('s fionl loujoui's ridionloiiUMil nii>.

SéB La raison des rcimiics est imo raison prali(|U(', (|ni leur fait (louvoi- trèsliahilouuMit It's uiommïs tlaniviM- à une liii ('(>mni«\inais (|iii n<' lenr lait pas jiouver cotte fin.

I,a ivlation d«^s sexes est admirable ; de cette société résnlle une personne morale dont la femme est l'œil et l'homme le bras, mais avec nne telle dépendance lime de l'antre, que c'est de l'Iioimne (jne la l'ennne apprend ce (pi' il faut voir, et de la femme que l'homme apprend ce qu'il faut faire.

Si la femme pouvait remonter aussi bien que l'homme aux principes, et que riiomme eût aussi bien qu'elle l'esprit des détails, toujours indépendants l'un de l'autre, ils vivraient dans une discorde éternelle, et leur société ne pourrait subsister. Mais, dans l'harmonie qui règne entre eux, tout tend à la fin commune ; on ne sait lequel met le plus du sien. Chacun suit l'impulsion de l'autre, chacun obéit, et tous deux sont les maîtres.

^ Si la raison d'ordinaire est plus faible et s'éteint plutôt chez les femmes, elle est aussi plutôt formée, comme un frêle tournesol croît et meurt avant un chêne.

® La présence d'esprit, la pénétration, les observations fines sont la science des femmes; l'habileté de s'en prévaloir est leur talent.

® Les femmes ont le jugement plus tôt formé que les hommes ; étant sur la défensive presque dès leur enfance et chargées d'un dépôt difficile à garder, le bien et le mal leur sont nécessairement plus tôt connus.

^ Les hommes philosopheront mieux que la femme sur le coeur humain, mais elle lira mieux qu'eux dans les cœurs des hommes. C'est aux femmes à trouver pour ainsi dire la morale expérimentale, à nous à la réduire en système.

La femme a plus d'esprit, et l'homme plus de génie ; la femme observe et riiumnie raisonne : de ce concours résultent la lumière la plus claire et li science la plus complète que l'entendement humain puisse acquérir dans les choses morales; la plus sûre connaissance, en un mol, de soi et des autres qui soit à la portée de notre espèce. Et voilà comment l'art peut tendre incessamment à perfectionner rinstrument donné par la nature.

Le philosophe de Genève ayant prononcé son dixi, ouvrons la discussion.

£^ Les femmes sont semblables à la vigne ; elles ne sauraient se tenir debout et subsister par elles-mêmes ; elles ont besoin d'un appui, encore plus pour leur ('S|)rit que |)Our leur corps. Mais souvent elles eniraînent cet appui, et le foui tomber. Nicole.

ESî Je crois moins impossible de trouver dans les femmes la saine raison des hommes, que dans les hommes les agréments de la femme. Saim-Kvremo^d.

00 f.FS FFMMKS D'APRÈS LES AI ÏKIRS IIIANÇAIS.

^ Les rcmiiios iio coiisiilèiciil (jiio récorcc dos choses. .M\i.KBii\Ncni:.

ES On a VII (les femmes très-savantes, comiiio il on lui (\v uuorriôros ; mais il n'y 011 a jamais on (rinvciitrioos. Yoi.t.\ii;i:.

r-o Les femmes ont liop d'imaiiioation otdo soiisiliilitô pour avoir Loanoonp do io.:ii(pu\ M""' Di! Dkfiam.

^ Fante de réflexions et do prinoi|)os, rien no pénètre jnscju'à nno certaine profondonr de conviction dans l'entendement des femmes ; les idées do jnsfico, de vertu, de vice, de bonté, de méclianceté, nagent à la superficie de loin' àmo. Elles ont conservé ramonr-pro|)io et l'inlérét personnel avec toute l'énoigio do nature : plus civilisées (pio nous on dehors, elles sont restées (]o vraies sauvages en dedans.

£S Toutes machiavélistes du pins au moins, où il y a un nuu' d'airain p(tnr nous, il n'y a souvent (junne toile d'araignée pour elles. Dideuot.

® Pour les rochorchos laboriousos, pour la solidité du raisonncmoni, pour la force, pour la profondeur, il ne faut (pie dos hommes. Pour une élégance naïve, pour une sim|)licité lino et j)iquante, pour lo sontimonl (h lioat dos oonveiiancos, pour une certaine fleur d'ospi'it, il faut dos liommos [)olis par lo oommoico Ac^ femmes. Il y en a en France plus (pie partout ailleurs, grike à la fornu> do notre société; et do là nous viennent des avantages dont les auiros nations lâcheront inutilement ou do lahaisser on de dissinndor le |)rix. Fo>ti:nki.i r..

^ Les femmes n'avanl ni piofondour dans leurs aperçons ni suite dan^^ leurs idées, no peuvent avoir do génie. ^1"" i>k Siau..

f^ Cliorclicr l'cspril. dans iiii diainc, IjC hou sens dans un roman, F;a raison ciio/ une l'onime, elc r,'osl, clicrclicr nno aifiiiillc F);ilis mil' IkiIIi' de loin.

l>i.sM c.u:ii.

im Les yen\ el le (-(eiw sont Iroj) S(»n\ont la somce du jugomenl dos feunnos.

Mku.iun.

^ Los pens(;urs (•lieiclient à gém''ralisor les idées; l(>s lénmios, au contraire, les ramènent à des (dtjots (h'-lorminés. I)i; Lkvis.

^ Le ciel refusa lo génie aux feunnos pour (pie lonio la llannuo juit se porter an ed-nr. ^ . liivvitdi..

gig II osl rail! (pie, sans être innés par les circonstances, les foiiunes projettent avec sagesse, avec pi'évovanco ; aussi voit-on (prolles sVmphtiont et no se destinent pas. Tous h!s efforts leur sont possililes dans leur (>nlh(Misiasnie, si l'on a

FAriLTKS INTEMECTrEUKS. 'M

recours à elles; mais elles savent rareiiieiil (rellos-nièiues se doinier la pci|ie (le réfléehir pour éviler le mal (|u'elles j»ié|)ar(Mil,

g5 Les femuies ue sout uées ([ue |)oui' perreclioiuier, pour découvrir, dans les choses déjà couçues, des liiiesses, des nuauces, (pu^ nous ue pouvtuus sans doule apercevoir. De là, le clianue de leurs écrits, en certains i>eurcs, où leur ambition doit s'arrêter. De là, leur av.aulage sur nous dans le style épistolaire, dans une classe de romans qui demandent ]>lus de grâce, d'^spiit et de (iuesse, ([ue de lorce d'invention, tels que ceux de 1 inimitable Ri(Co!)oni. Mais, chose extraordinaire, elles n'ont pas toujours un goût bien sur; ce qui pourrait faire croire cpie ce mérite tient plus à la science des principes, à la profonde méditation que nous enseigne l'ait de les appliquer, qu'à un don naturel, à un heuieux instinct, seuls guides habituels des femmes, mais trop incertains, pour ne pas les égarer ([uelquefois. Combien aussi leur talent inné de saisir les nuances, les rapports, les fdialious secrètes de nos pensées, de nos goûts, de nos faiblesses, leur doiHie-t-il de supériorité sur nous ! Séguh.

® On retrouve les femmes semblables dans tous les climats quand elles sont lîdèles à leur vraie nature. Hors un penchant trop général pour la mollesse, la sensualité les domine peu. Assez portées à la gourmandise dans leur enfance, elles ont bientôt surmonté de vulgaires désirs ; cire admirées, être aimées, est tout à leurs yeux: et lors même que la vanité les a gâtées, on reconnaît encore leur spiritualisme d'instinct. C est toujours ce qui se passe dans les âmes qui les intéresse, la sensualité de l'amour-propre efface l'autre. Occupées à découvrir ce qu'on pense d'elles, ce qu'ont ressent pour elles, le but de celte recherche est bien égoïste, et néanmoins leur vie est dans autrui.

Celte espèce de divination, ce commerce secret avec le fond intime des âmes, a pu autrefois donner l'idée que les femmes avaient quelque chose de surnaturel. On les a crues aisément en rapport avec les esprits d'un autre monde. Elles-mêmes vraiseudjlablement ont partagé cette opinion ; l'effet qu'elles produisaient se communiquait à elles, car rien ne les émeut aussi fortement que les impressions dont elles sont cause. Leur Hicilité d'élocution , que des sentiments exaltés élèvent jusqu'à l'éloquence, a pu contribuera l'illusion, et sans doute les pythonisses, les sibylles se sont crues vraiment inspirées. Qui sait même si leur organisation délicate, si leurs sens mobiles n'ont jamais été ébranlés par ces iniluences mystérieuses dont on revient de siècle en siècle à soutenir la réalité sans pouvoir leur assigner une cause? Il est du moins certain (pie chez des peuples entiers l'admiration pour !a beauté des femmes, jointe à l'effet de ce mélange d'enthousiasme, de dignité et de pureté angélique qu'on observe en elles, a donné un caractère divin et sacré à l'idée qu'on s'en est formée. Dans des temps moins desséchants que le ncMre, peutêtre ce sentiment était-il naturel, et il est permi de regretter ({u'il n'en reste pas fpielquc trace. Serait-ce donc une superstition que de voir dans les femmes une race plu> pure, desêtres que le mal ferait déroger, des êtres destinés à inspirer au reste de la race humaine le ^«entiment de tout ce qui est noble, généreux, dévoué'.'

92 LES FEMMKS D'Al'HKS LES MTEIRS FRANÇAIS.

No siij)poit('raipMt-ellcs pas mieux mille privations iiéccssairos, en y vovaiit la coiisrrpu'ncc d'un rang élevé, plutôt qu une condannialion arbitraire '.'ïonterois leui' résignation doit se fonder, selon nous, sur des sentiments plus humbles.

Avec une pareille constitution, on conçoit que le sentiment du beau a i\ù être Irès-vit'cliez les femmes. L'aspect delà nature les encbanle, el agit parfois religieusement sur leur cœur. Les arts aussi les trouvent sensibles, n\ais ce sont là chez elles des dons marquants plutôt que distinctifs pour leur sexe. Elles n'ont pas de privilèges à réclamer sous ce rapport. Ce qui les caractériserait plus particulièrement, c'est une sorte de bon sens inné, c'est une certaine justesse de vues qui, dans l'état d'impartialité, les fait tomber droit sur le meilleur parti à [)rendrc. Elles paraissent indiquer par inspiration la chose nécessaire et la chose pressée, sans trop réfléchir, et sans que les raisonnements réussissent à les dérouter. Estce un instinct moral, un goût naturel pour l'ordre, une connaissance anticipée, de ce qu'exige le moment? On l'ignore. Elles-mêmes ne motivent guère leur avis. « Nous ne savons pas toujours la raison de notre bon sens, » a dit l'une d'elles. On ne peut mieux désigner, et ce que les femmes ont, et ce (pn' leur manque.

^ Les femmes arrivent de plein saut, ou n'arrivent pas. Si admirable chez elles que soit la patience quand il s'agit de soulager les maux d'autnii, ell(> est nullf! dans le dcmiaine intellectuel.

^ Les femmes croient briller par les écarts de leiu' imagination; mais ces disparates font pour elles l'elTet de ces veines colorées qu'on trouve dans un bloc de marbre, et qui semblent encore ajouter à sa bea\ilé : (pie l'arliste preinie son ciseau pour faire de ce bbx; une statue, la veine» moins compacte se brise, et tout le maibre est mis au icbut. M"" Nkckki!.

^ Les f(>mmes ont plus d(! tact (pie de disceniement. S. l)ri!\Y.

® (Jui n'a lu souvent, ipii n a souvent entendu dire (|iie les reinmes ont en elles une inq)ulsion innée (pii les conduit aussi bien (pie le calme de la réflexion '.' C'est une faiblesse ou un don attribué à leur sexe (pie de ressentir el de suivi-e d(!s instincts égaux et parfois supérieurs aux calculs mêmes de la raison. Les hommes répètent avec complaisance (pielles n'ont point de j)lus grand attrait (pie c(!tle nature vive, indélibérée, (pii donne à tous leurs moiivemeiils (piebpie chose d'involontaire; vi de naïf, (pii embellit pour elles le dévoiieiiient le plus pénible et |)iète de la grâce à leur vertu. (Mi Oiil-elles donc besoin de maximes IVdides et stériles (|n'elles appli(piei aieiil peiil-elic mal, (piClles ne sauraient peut-être ni concevoir ni suivre;'.' Il leur faut des illnsioiis pour croire, de l'éinolidii pour agir, et vous prétendez imposer la vérité à leur es|)rit, le sang-h'oid à leur ( niidiiite! Ne craigiuv/.-vous pas d'intimider, d accabler, d'énei'vei' leur nalur<',en surchargeaiil leur intelligence'.' ne lisepiez-vons pas d'éteindre le foy»;r inlérienr tpii les iuiinie'.' reiilhousiiisine seul leur déndie le secret de leur faiblessi- ; pour (pi'elles deiiieiirenl aclixcs, laissez-leur donc renlhousiasnie, (piaiid

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