PRUDES
M;ul{«nie de Bradi délinit ainsi la pruderie :,
^ Affectation de sagesse, de décence, de délicatesse dans le langage et dans le maintien, dictée par le désir d'obtenir une bonne réputation.
Et elle accompagne cette définition des réllexipns suivantes :
® Les femmes galantes que la société n'a pas encore rejetées de son sein, et qui veulent réunir les plaisirs du vice aux honneurs de la vertu, sont nécessairement prudes, c'est-à-dire qu'elles outrent la modestie dans leurs paroles et dans leurs gestes, par la crainte de laisser pénétrer leurs pensées, et pour réprimer en présence de témoins le ton familier que les hommes contractent avec elles dans l'intimité : toute femme qui a des amants, et qui n'exerce pas la professioii de courtisane, doit remplacer la chasteté par la pruderie. Si la pruderie n'est pas toujours une preuve de la corruption du cœur, elle en est une de vanité prétentieuse à l'estime qu'inspire le genre de vertu dont la pruderie n'est point l'image, mais la caricature. On ne peut allier à la pruderie de la probité et un bon naturel, puis(pie l'on exagère jusqu'au mensonge les habitudes d'une sévérité qui exclut l'indulgence. Les prudes sont enrmyeuses dans le monde par leurs exigences, et dangereuses par leurs observations et leurs jugements dépourvus de charité; elles cherchent à rehausser leur mérite en publiant les torts qu'elles
.ir)8 LKS FEMMES D'APRÈS LES ÂITEIRS FRANÇAIS.
découvrent ou créent, et passent rapidement de la médisance à la calomnie. Le manque de naturel rend insipide et pénible dans leur bouche l'éloge de la vertu, et elles en flétrissent la beauté aux yeuv du vulgaire. Mais si ce travers, comme toute fausseté, est éminemment répréhensiblo, les femmes, surtout dans la jeunesse, n'en doivent pas moins être en garde contre la crainte d'être accusées de pruderie. Les hommes ont intérêt à leur persuader que l'extrême réserve, la vigilance scrupuleuse, Fembarras, rinquiétudc, la fuite à la simple apparence du mal, suffisent pour les faire appeler j^rurf^s, et leur représentent ce nom comme synonyme de sottes : que les femmes n'en conçoivent aucune frayeur! Etre jeune, belle, et s'attirer de certaines gens le reproche de pruderie, c'est remplir ses devoirs et ne pas s'exposer à les enfreindre en vivant avec des personnes légères et peu mesurées dans leurs discours et dans leurs actions. La conscience, quand on l'interroge de bonne foi, n'abuse point sur les intentions, et il est facile de s'assurer si l'on hait le mal ou si l'on veut seulement persuader aux autres que l'on ressent cette haine. S'encourager à se bien conduire et à vaincre de funestes inclinations en faisant hautement profession de principes austères, que l'on reconnaît difficiles à suivre, n'est pas pruderie, mais courage, si l'on est vraiment dans l'intention d'employer toutes ses forces à résister. Les dames anglaises passent pour être les femmes les plus prudes de l'Europe, non-seulement parce qu'elles ne reçoivent point dans leur chambre à coucher, mais encore parce que la rencontre d'un homme et d'un lit dans la même chambre les trouble jusqu'à l'effroi ; parce que le nom de plusieurs vêtements leur paraît un attentat à la pudeur, et qu'elles portent si loin la délicatesse de l'expression quand il est question du corps qu'elles ne disent jamais qu'une jambe de poulet ou de perdrix pour en désigner la cuisse : ce n'est point la pruderie, mais la coutume qui a décidé en cela. Nulle part la mode (jui découvre les bras, les épaules et la poitrine n'a fait autant de progrès qu'en Angleterre ; nulle part le théâtre n'est moins châtié; nulle part les mères ne manifestent plus franchement le désir de marier les fdles; nulle part ces dernières ne déguisent moins les sentiments qu'on leur inspire : les dames anglaises no sont donc point prudes quand elles observent les vieux usages de leur pays, et en parlent la langue avec les mots choisis et consacrés par la bonne compagnie; car, il faut le répéter, la prude est celle qui, substituant la forme au fond, ])aye seulement de maintien et de paroles, ou qui, ne se contentant pas d'être chaste, veut encore que sa chasteté fasse du bruit. Les moralistes ont toujours montré un juste mépris pour la pruderie ; les poètes, la confondant avec l'hypocrisie, en font le sujet de leurs railleries, et les hommes sans mœurs s'efforcent de la signaler dans toute conduite régulière, et tâchent de la confondre avec la vertu pour se dispenser de rendre luunmagc à cette dernière.
£83 Un comi(pie outre sim' l;i scène ses personnages; ini poêle charge ses (IcH lipliitris ; un peintre i|iii fail d'après nature, force (;t cxM^^ère une passion, un coiilraslc, des attitudes, et celui (pii copie, s'il ne inesinc au compas les
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graiuloui-s^el les pioiiorlions, <irossit sos iiguros, doiuic à toutes les pièces qui t'ulronl dans ronloniuuioo tle sou tal)loîUi plus île volume (pio n'eu ont celles de l'original. l>e nièuie la pruderie est une iuiilaliou de la sagesse.
Une femme prude paye de maintien et de paroles ; une femme sage paye de conduite; celle-là suit son humeur et sa comple-\ion, celle-ci sa raison et son cœur; l'une est sérieuse et austère, l'autre est, dans les diverses rencontres, précisément ce (p»i faut (prelle soit. La première cache des faibles sous de |)lau sihles dehors; la seconde couvre un riche fond sous un air libre et naturel. La pruderie contraint l'esprit, ne cache ni l'âge ni la laideur; souvent clic les suppose ; la sagesse, au contraire, pallie les défauts du corps, ennoblit l'esprit, ne rend la jeunesse que plus piquante, et la beauté que plus périlleuse.
La Bruyère.
® Le mal que les prudes disent de l'amour, la résistance qu'elles lui opposent, le peu de goût qu'elles affectent pour ses plaisirs, la peur qu'elles en ont, tout cela est de l'amour; c'est s'en occuper, c'est lui rendre hommage à leur manière. Il sait prendre chez elles mille formes différentes : comme l'orgueil, il vit de sa propre défaite. Ninon de Lenclos.
^ (jui dit prude, ne vous déplaise,
Dit toujours ou laide, ou mauvaise.
^ ... Tout homme qui prend une prude pour fenune Devient un sot monsieur gouverné par madame.
® Plutôt qu'une autre une prude est séduite.
\ oltaire prête ce langage à une prude ;
S^ Qu'il faut souffrir quand on veut être prude ! Et que sans craindre et sans affecter rien, Il vaudrait mieux être femme de bien !
La FoiNTAINE.
dufresny.
Florian.
Allons; tâchons du moins de le paraître : C'est bien assez quand on fait ce qu'on peut.
ES3 La pruderie est une espèce d'avarice, la pire de toutes. Stendhal.
^ ® Les prudes savent s'imposer de grandes privations ; elles ont en cela plus de mérite que les femmes vertueuses ; celles-ci, du moins, ont pour elles la vertu les autres n'ont pas même l'amour.
»T ^ Vous ne connaisse^ pas les prudes; quand elles ont une fantaisie d'amour en tête, elles ne peuvent y résister ! Eh ! c'est pour cela qu'elles sont prudes ; le voile n'est si épais que parce qu'il y a beaucoup à cacher.
gs Pour une prude, la vie d un homme n'est rien auprès de la bonne réputation d'une femmci M'"" E. de GiRARoiNi
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