‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 116 sur 194 · DEVOTES · texte numérisé non relu

DEVOTES

Nos lecteurs, nous aimons à le croire, ne sont pas gens à ne faire

^ Nulle distinction

Entre l'hypocrisie et la dévotion *, A les vouloir traiter d'un semblable langage, Et rendre même honneur au masque qu'au visage; Égaler l'arlibce à la sincérité, Confondre rap|)arcncc avec la vérité, Estimer le l'antôme aulant que la personne. Et la fausse monnaie à l'égal de la bonne.

Ils savent

^ Du faux avec le vrai faire la différence.

El de même qu'ils ne voient

® Nul genre de héros

Qui soient plus à priser que les parfaits dévots. Aucune chose au monde et plus noble et i)lus belle Que la sainte ferveui- d'un véritable zèle.

De même ils ne voient rien

0^ Qui soil plus odieux

Que le dehors plâtré d'un zèle spécieux.

M()Uh:iiE.

(Test pouniuoi ils comprendront (|ue nous iiyons, sans crainte de conl'nsion, mêlé aux rilalions suivantes, (jui la plupart hliunciit on critiquent soit le faux zèle^ soit le zèle outré, certains passages (|ui lendent lionnnage au zèle véritable,

• Il i'.>t à rc.iiian|iUT (|uo l'usine a consacri! uni; bizarre (liss('iiil)lim(i; ciilii! ces deux mois de ronualion onuuunc : ilévôl, dévolion. L'un, \i: deiriiiir, si^nilie toujours ei; (|ue Molicie nonune jiar péiiplnase, le véritable zèle, (andis i|ui;l'aiiUc, à moins que d'être aeeomiiagné d'une é|iilliète en i|ueli|ue soi le restrit live, n(! s'u|i|)lii|ue guèn,', d'une façon alxoliie, qu'aux liypocriles. Ain>i, dans li; langafçe usuel, (tour désii;ner une enunc qui u de la dévotion, l'on ne dil pas qu'elle est dévole mais pieuse.

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ou eu retouuaisseul la haute iuiporlance. C'est, de notre pail, être lidèles à ce svstèuu^ (le eoni|)ens:ition ipie ikhis avons adopté dès les premières pages de ce recueil,

^ La dévotion vient à (|nel(pies-nns, et surtout an^ l'eninies, coniuie une passion, ou comme le taiiiie d'un certain âge, ou connue nue mode ([u'il tant suivre. Elles comptaient antrel'ois une semaine par les jouis de jeu, de spectacle, de concert, de mascarade ou d'un joli sermon. Elles allaient, le lundi, perdre leur argent chez Ismène; le mardi, leur temps chez Célimène, et le mercredi, leur réputation chez Hélimèue; elles savaient dès la veille toute la joie qu'elles devraient avoir le jour d'après et le lendemain; elles jouissaient tout à la fois tlu plaisir présent et de celui (|ui ne leur pouvait manquer; elles auraient souhaité de les pouvoir rassembler tous en un seul jour. C'était alors leur unique inquiétude et tout le sujet de leurs distractions, et si elles se trouvaient queli|uelois à rOpéra, elles y regrettaient la Comédie. Autres temps, autres mœurs : elles outrent raustérité et la retraite, elles n'ouvrent plus les yeux qui leur sont donnés pour voir, elles ne inetteid plus leurs sens à aucun usage, et, chose incroyahle! elles parlent peu, elle j)ensent encore, et assez bien d'elles-mêmes, connue assez mal des autres. Il y a chez elles une émulation de vertu et de rél'orme qui lient quelque chose de la jalousie. Elles ne haïssent pas de primer dans ce nouveau genre de vie, counne elles faisaient dans celui qu'elles viennent dt' (|uitler par politique ou par dégoût. Elles se perdaient gaiement par la galanterie, par la bonne chère et par l'oisiveté, et elles se perdent tristement par la présomption et par l'envie.' La Bruyère.

® Il ne |)eut, sans la religion, y avoir de règle dans l'esprit ni dans le cœur des femmes si le teuq)érainent n'en est d'accord. La Rochefoucauld.

® La plupart des femmes caressent le péché avant d'embrasser la pénitence.

FoNTEINELLE.

9e On a dit que la dévotion était le faible de la vieillesse ; pour moi, je crois (pi'elje en est le soutien. C'est un sentiment décent, et le seul nécessaire : le joug de la religion n'est i)as un fardeau, mais un soutien.

M'"" DE Lambert.

® Le jeu, la dévotion, le bel esprit, sont trois grands partis pour les femmes qui ne sont plus jeunes. Vauvenargues.

&B Perdre sa jeunesse, sa beauté, ses passions, c'est l<à le vrai malheur. Voilà poiuqiioi tant de femmes se font dévotes à cinquante ans, et se sauvent d'un euuui par im autre. Voltaire.

^ Les dévotes sont naturellemenl curieuses; elles se dédonimagent des péchés (|u'elles ne font point par le plaisir de savoir les péchés des autres.

^ Les femmes de qualité dévotes :... c'est une espèce trop marquée ; il nous

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sul'lil (If savoii', en général, que la dévolioii dont il s'agit les éloigne tUi nutiide sans le plus souvent les aj)piocher de Dieu.

Quand je vois ces saintes ànies, je ne puis m'empècher de les comparer à ces soldats que leurs blessures envoient aux Invalides ; les blessures de nos fennues, cest Tàge et le déchet de leurs charmes. Adieu le monde, belle vocation! les habits, le maintien, le discours, les démarches, tout est pieux; le cœur même prend du goût pour la façon des actions pieuses ; il aime son métier ; le formulaire ambulant ou contemplatif lui en plaît : on gémira sans douleur aux pieds des autels, on versera des pleurs dont la source sera non l'amour de Dieu, mais la vive et jalouse imitation de cet amour; je veux dire que l'àme entrera dans son sujet, ainsi qu'un acteur tragique entre dans la passion qu'il représente.

Marivaux.

^ Une femme qui devient véritablement dévote avait l'àme véritablement tendre. Sainte-Foix.

^ Dieu, qui prend tous les moyens de nous attirer à lui, se sert de l'emiui [)0ur rendre les vieilles femmes dévotes.

® A cinquante ans, les femmes se font dévotes ; c'est pour elles le temps de l'apparition du diable. Helvétius.

^ J ai demandé à une dame fort pieuse ce qui lui avait le j)lus coûté à quitter quand elle s'était faite dévote. Elle me répondit ingénument que c'étaient les conversations galantes et le rouge; et, en effet, cela doit coûter beaucoup. Comment se passer de s'entendre dire que l'on est charmante, que l'on est aimée, que l'on est adorée, et mille fadeurs semblables? Comment paraître connue une déterrée, après avoir eu le visage animé des plus vives couleurs? Tout cela est terrible; mais le pis est qu'après avoir embrassé la vie mortifiée on s'en ennuie, et, un beau jour, on revient au monde que l'on a (juitté quelques années auparavant avec éclat. C'est, à mon avis, Téclat de la folie. Vous ne sauriez croire le mauvais effet que ce retour produit. Une femme passe pour une tète sans cervelle, qui ne sait ce qui lui faut et à qui sa personne est à charge. Souvenezvous, madeuioiselle, (jue, quand une fois on est dévote, il faut soutenir l'état qu'on a choisi, dût-on passer sa vie dans le plus cruel ennui. Mais ce n'est point à votre âge (|ue cela prend ; c'est ordinairement quand on a vécu vingt ans dans le monde, que l'on A été peu ménagère des plaisirs et (pi'ils sont devenus insipides à force d'en goûlci', ou bien (pie Ton a essuyé de violents chagrins, (|ne Ton (■IicicIk; à s(! consoler avec Dieu des malheurs que nous ont attirés nos folies.

Il est eiicoi(! des défauts (pie la dévotion outrée donne : c'est de nous rendic de nié(, baille hiinieur avec l(;s antres, enclines à censurer sans ménagement toutes les actions du prochain et de les interpréter toujours mal ; enlin de nous rendre l'oit eiiiiiiyeus(,'s à nous-mêmes et aii\ mitres. Voyez ce (pie pi'oduit la dévotion, telle (pie Tout la plupart des f(;mnies (Ta |U'ésent. Je n'ai jamais prét(Mulu (prune lille bien née ii ( ùt |r,is la piété. Je soutiens même (|u'il est absolument essentiel

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