‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 117 sur 194 · DÉVOTES · texte numérisé non relu

DÉVOTES

(ravoir de la roligion; oUo osl \o tondemont détentes les vertus. Mais je voudrais (luelle en eût connue un liountMe lionnue lilue de superstitions. Les filles qui sont demeurées loui^leuips dans los convtMits en sont pétries. Je compte que le iirand usaiie du monde vous en débarrassera.

g5 Les personnes dévotes luient le monde, et c'est dans le monde que l'on trouve les conversations vives et brillantes, pleines de politesse et d'eiyonement, ((ui amusent l'esprit et exercent l'imagination. Non, il n'est pas permis à une fenmie dévote d'avoir de l'imagination, si ce n'est de celle de sainte Tbérèse ou de Marie Alacoque. 11 faut de toute nécessité renoncer aux plaisirs; les austérités de la vie pénitente ne s'accordent pas avec les satisfactions et les vanités du monde. Plus d'ajustements, plus de spectacles; adieu les discours de galanterie, et c'est le pire.

Si vous n'embrassez la religion que quand le plaisir vous abandonne, les railleries et les mépris du monde vous suivront jusqu'au pied des autels.

® La coquette délaissée se jette dans la dévotion pour y trouver encore l'amour. M"" de Puisieux.

SB En fait d'amour, les dévotes ont quelque chose de plus piquant que les autres femmes. Il v a dans leurs façons on ne sait quel mélange indéfinissable de mvstère, de fourberie, d'avidité libertine, et en même temps de retenue, qui amuse singulièrement. Vous sentez qu'elles voudraient jouir furtivement du plaisir de vous aimer et d'être aimées, sans que vous y prissiez garde, ou qu'elles voudraient du moins vous persuader que, dans tout ce qui se passe, elles sont vos dupes et non pas vos complices. M'** d'Argens.

® L'impiété, chez les femmes, révolte même les impies. Tous sont persuadés que la fidélité conjugale est mieux gardée sous l'influence de l'Evangile que si elle était livrée aux aberrations d'un pyrrhonisme désolant.

ESî La religion, chez les hommes, tient plus à l'esprit; chez les femmes, elle est plus dans le cœur. Chez les hommes, c'est conviction ; chez les femmes, persuasion. Voilà pourquoi lorsque, dans les matières de controverse, elles adoptent un parti, c'est plutôt par attachement aux personnes qu'à la doctrine. Une imagination excentrique, une sensibilité mal dirigée, a produit des femmes romanesques qui se mêlaient de dogmatiser. Le fanatisme peut exalter les têtes et les porter aux plus grands excès, quand la religion est méconnue ou mal entendue ; mais ces excès ne sont pas l'ouvrage de l'Evangile, dont la morale tend à inspirer de la modération et de la douceur. Il n'est pas rare de voir aussi des dévotes acariâtres, implacables pour les autres, indulgentes pour elles-mêmes, qui sont, comme on l'a dit, très-fières de Ifur humilité. Les situations respectives des femmes entre elles les rapprochent plus que celles des hommes, et, comme l'a très-bien observé Gisborne, il y a en Angleterre moins de distance entre une pairesse et une femme du commun qu'entre un législateur et un gentleman. Ce-

iCt LES FEMMKS H AI'RES LES AUTEURS FRANÇAIS.

ppmlanl no voil-oii j)as souvent des femmos (|ui, prenant la liaiitcm- poin- la dignité, prétendent concilier l'orgueil avec la dévotion? N'avons-nous pas eu sons les yeux le spectacle de femmes (ju'on appelle du (iraïul monde, à (pii personne ne conteste ce qu'on appelle nue éducation brillanle, et dont les discours, horribles échos de leur cœur, ne respiraient que le sang, parce que ce langage se retrouve dans les écrits d'un |»rètre (|ui, après une fuite de vingtcinq ans, était rentré dans sa patrie'.' Faut- il en accuser cette augnste religion qui prêche sans cesse la charité? Non, assurément; il iaut en conclure seulement, et je l'ai dit ailleurs, que rien n'est pire qu'une mauvaise femme et un mauvais prêtre.

Hàtons-nous de repousser l'aspect de ces hideuses mégères pour contempler avec Erasme et AVilberforce le bonheur domestique dont jouit une famille dirigée par une mère qui est vertueuse, parce qu'elle est religieuse. Quand un époux remarque que sa femme est décente dans son maintien, pure dans sa conduite, simple dans sa parure, attentive à l'éducation de ses enfants, soigneuse à remplir ses devoirs, charitable envers tous, il reconnaît que TÉvangile n'est pas un vain nom. Cet exemple l'encourage à l'imiter, et la religion en fait sa conquête par le ministère de son épouse.

^ A un certain âge, la femme qui ne se fait pas bel esprit se constitue dévote. Elle en prend la contenance, assiste à tous les sermons, court toutes les bénédictions, visite son directeur et s'imagine ensuite qu'il n'y a qu'elle au monde qui fasse de bonnes actions. Elle se le persuade si bien qu'elle damne tous ceux qu'elle rencontre, et surtout ceux qui impriment. Mercier.

^ La dévotion est le dernier période de la vie d'une femme. La plupart de celles qui sont devenues dévotes ont commencé par se livrer au plaisir qui les recherchait; elles ont ensuite tâché d'en prolonger le cours, et leurs efforts deviennent d'autant plus vifs qu'elles voient de jour en jour le inonde prêt à les quitter. Les regrets les occupent encoie cpielque tenqis, et elles cherchent enfin un asile et une consolation dans la dévotion. L aveu de leurs fautes ne leui' coûte point ; en se (confessant, elles se retracent leurs plaisirs, et c'est l'unique qui leur reste. Duci.os.

® Comment concevoir (ju'une femme puisse être athée? Qui appuiera ce roseau, si la religion n'en soulient la fragilité? Etre le plus faible de la natup-, toujours à la veille de la mort ou de la [)erte de ses charmes, ipii le soutiendra, cet ètn; qui sourit et qui meurt, si son esj)oir n'est point au delà d'une existence éphémère? Par le seul intérêt de sa beauté, la femme doit être pieuse. Douceur, soumission, aménité, tendresse, sont une partie des charnu's (pic le Créateur prodigua à notre première mère, (!t la i)hilosophie est niortelle à l(ill(; soilc d attraits.

La femme, (pii a naturellement l'iiistiiict du mystère; qui [ticiKl plaisii- à se voiler, (pii ne découvre jamais qii une nioilic de ses giàccs cl de sa pciisci- : ipii

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peut être ilevinéo, mais iiou ooiuuie, qui, counue uière ot couuue vierge, est pleine de secrets ; qui séduit partout par son ignorance ; qui fut formée par la vertu et le sentiniont lo plus mystérieux, la pudeur et l'amour; celte femme, renont^aut aux doux iustiucls de son sexe, ira d'une main faible et téméraire chercher à soulever l'épais rideau qui recouvre la Divinité 1 A qui pense-t-elle plaire par cet effort sacrilège' Croil-elle, eu joignant ses ridicules blasphèmes et sa frivole métaphysique aux inq)récations des Spinosa et aux sophismes des Bavle, nous- donner une grande idée de son génie? Sans doute elle n'a pas dessein de se choisir un époux : quel homme de bon sens voudrait s'associer à une compagne impie?

L'épouse incrédule a rarement l'idée de ses devoirs ; elle passe ses jours ou à i-aisonner sur la vertu sans la pratiquer, ou à suivre ses plaisirs dans le tourbillon du monde. Sa tète est vide, son àme creuse; l'ennui la dévore; elle n'a ni Dieu, ni soins domestiques, pour rcnqdir l'abîme de ses moments.

Le jour vengeur approche; le tenq)s arrive, menant la vieillesse par la main. Le spectre aux cheveux blancs, aux épaules voûtées, aux mains de glace, s'assied sur le seuil du logis de la fennue incrédule ; elle l'aperçoit et pousse un cri, Mais qui peut entendre sa voix? Est-ce un époux? Il n'y en a plus pour elle. Sont-ce des entants? Perdus par une éducation impie et par l'exemple maternel, se soucient ds de leur mère? Si elle regarde dans le passé, elle n'aperçoit qu'un désert où ses vertus n'ont point laissé de traces. Pour la première fois sa pensée se tourne vers le ciel; elle commence à croire qu'il eût été plus doux d'avoir une religion. Regret inutile ! la dernière punition de l'athéisme dans ce monde est de désirer la foi sans pouvoir l'obtenir. Quand, au bout de sa carrière, on reconnaît le mensonge d'une fausse philosophie; quand le néant, comme un astre funeste, conuuence à se lever sur l'horizon de la mort, on voudrait revenir à Dieu, et il n'est plus temps : l'esprit, abruti par l'incrédulité, rejette toute conviction Oh ! qu'alors la sohtude est profonde, lorsque la Divinité et les hommes se reliront à la fois ! Elle meurt, cette femme, elle expire entre les bras d'une garde payée ou d un homme dégoûté par ses souffrances, qui trouve qu'elle a résisté au mal bien des jours. Un chétil cercueil renferme toute l'infortunée : on ne voit à ses funérailles ni une fille échevelée, ni des gendres et des petits-fils en pleurs; digne cortège qui, avec la bénédiction du peuple et le chant des prêtres, accompagne au tombeau la mère de famille. Peut-être seulement un fils inconnu, qui ignore le honteux secret de sa naissance, rencontre par hasard le convoi ; il s'étonne de l'abandon de cette bière et demande le nom du mort à ceux qui vont jeter aux vers le cadavre qui leur fut promis par la femme athée. Que différent est le sort de la femme religieuse ! Chateaubriand.

® La littérature et la politique sont aujourd'hui ce qu'était autrefois la dévotion pour les femmes, le dernier asile de leurs prétentions.

Sô 11 est dans l'esprit des dévotes de se faire un mérite des devoirs accomplis.

Dalzac.

.ib6 l.i;s lEMMIS 1) Al'HKS Li:S AL TIA US FUA.NÇAIS.

^ La t'emme la plus vertueuse est favorablement disposée pour ceux qui sont sensibles à sa beauté; la plus dévote pour ceux (ju'elle induit en tentation.

H. Raissok.

^ Méiie-toi également des femmes qui ne sortent pas des églises et de celles ((ui n'y entrent jamais : ce sont deux espices venimeuses. Hors du cercle chrétien, je connais des hommes honnêtes, mais pas une honnête femme. Outre que les passions d'un homme ne sont pas soumises à des règles aussi sévères, elles sont moins violentes : elles s'affaiblissent d'ailleurs en se dispersant : l'honneur humain peut suffire à les dompter. Mais les passions d'une femme, à la fois plus fougueuses et plus exclusives, veulent le frein religieux. Il n'y a que Dieu contre ce torrent. Ta maîtresse est un esprit fort : il ne m'en faut pas davantage. Je vais te conter son liistoire : elle a eu des amants, et elle en aura. C'est à quoi se réduit dans la pratique toute la pliilosophie du sexe : toute femme qui n'est pas au Christ est à Vénus. Oct. Feuillet.

^ La bigote qui tient son corps en zigzag sur un prie-Dieu, létale avec grâce sur un sofa.

® Dans beaucoup de femmes, la dévotion est une aberration de l'amour, ou sa dernière flamme. Boiste.

1' ou I 11 A IT 1) l N E IlEVOTK, l'AU M A 11 1 V A U X

C'était une dévote, grande, laide, maigre, d une physionomie sèche, sévère et critique: imaginez-vous une de ces laides femmes qui ont bien senti qu'elles seraient négligées dans le monde, qu'elles auraient la mortification de voir plaire les auiies, et de ne plaiie jamais; cl qui pour éviter cet alfront-hà, pour empêcher qu'on ne voie la vraie cause de l'abandon où elles resteront, disent en ellesmêmes, sans songer à Dieu ni à ses saints : Distinguons-nous par des mœuis austères, prenons une figure inaccessible, affectons une fière régularité de conduite, afin q\i'on se persuade que c'est ma sagesse, et non pas mon visage qui fait qu'on ne me dit mot.

Et effectivement cela réussit quelquefois, et la dame en question passait quelquefois pour une femme hérissée de cette espèce de sagesse-là.

La mère Saint-Ange était une petite personne courte, ronde et blanche, à double menton, et qui avait le teint frais et reposé. Il n'y a point de ces mines-là dans le monde; c'est un enibonpoint tout dillércnt de celui des autres; tni embonpoint qui s'est lormé |)lus à l'aise et |)lus niélhodi(|ucnicnt, c'esl-à-dire où il entre plus d'art, plus de façon, plus d'amour de soi-même que dans le nôtre.

D'ordinaire, c'est ou le tenipérani( nt, ou la quantité de nourriture, ou l'inaetion et la mollesse qui nous acquièrent le notre, et cela est tout simple ; niai.-^ pour relui dont je parle, on sent qu'il faut, pour l'avoir acquis, s'en être saintcfiienl f;iit mu' IîkIic ; il n»' peut être l'ouvrage que d'inie délicate, d'une

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amoureuse et d'une dévote complaisance qu'on a pour le bien et pour Taise de son corps; il est non-seulement un témoignage qu'on aime la vie, et la vie saine, mais qu'on l'aime douce, oisive et friande, et (pi'en jouissant du plaisir de se porter bien, on s'accorde encore autant de doncenrs et do privilèges que si on était tonjours convalescente.

Aussi cet embonpoint religieux n'a-t-il pas la forme du nôtre, qui a l'air plus profane; aussi grossii-il moins un visage qu'il ne le rend grave et décent, aussi doiuie-il à la phvsionomie, non pas un air joyenv, mais tranquille et content.

A voir les religieuses en général, vous leur trouvez un extérieur aflable, et pourtant un intérieur indiflérent : ce n'est que leur mine et non pas leur âme tpii s'attendrit ponr vous : ce sont de belles images qui paraissent sensibles, et (pii n'ont que des superficies de sentiment et de bonté.

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