‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 119 sur 194 · SAVANTES · texte numérisé non relu

SAVANTES

Chacun connaît le chef-d'œuvre de Molière intitulé les Femmes savatites, dont la leçon est résumée dans ces quelques vers :

^ Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, iju'une femme étudie et sache tant île choses. Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfan's. Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens, Kt régler la dépense avec économie, Doit être son étude et sa philosophie.

Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés. Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez. Quand la capacité de son esprit se hausse k connaître un pourpoint d avec un haut-de chausse. Ijes leurs ne lisaient point, u)ais elles vivaient bien, Leurs ménages étaient tout leur docte entretien; Kt leurs livres, un dé, du (il et des aiguilles. Dont elles travaillaient au trousseau de leurs fdles. Les femmes à présent sont bien loin de ces mœurs.

Nous sommes loin de ré|)oque où le bonhomme Chrysale tançait de la sorte les Bélises et les l'hilamintes.

^ Les femmes maintenant, — dit madame Necker, — sont un peu trop avisées pour être pédantes, Molière et Boileau ont mis ordre à cet orgueil-là. De nos jours l'on voit des prétentions au bon ton, à l'élégance, à la naïveté, à la sensibilité, à V impressio7iuabiliié, jamais au savoir.

Molière et Boileau, que madame Necker cite seuls, eurent de nombreux auxiliaires dans la grande guerre contre les femmes savantes. La Bruyère, entre autres, a dit .

ae L'on regarde une femme savante comme on fait une belle arme; elle est

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ciselée aitistement, dune polissure admirable et d'un travail fort roclierchc ; c'est une pièce de cabinet, que l'on montre aux curieux, qui n'est pas d'usage, qui ne sert ni à la guerre ni à la chasse, non plus qu'un cheval de manège, quoi- (jue le mieux instruit du monde.

Voilà les femmes savantes bien classées !

Plus tard, au temps on, paraît-il, se voyaient encore des femmes savantes, madame de Puisieux écrivait :

^ Les femmes savantes se donnent un travers dans le monde, soit par envie, soit qu'en effet il soit ridicule de voir une jolie femme raisonner sur des matières qui ne semblent pas avoir été laites pour elles. Les conversations sur les affaires de l'État ou sur celles de la religion, ne vont point du tout aux femmes : cela demande un sérieux qui les dépare. En effet, ne voilà-t-il pas une belle occupation pour une personne de notre sexe, de passer les nuits à lire le P. Quesnel ou les Lettres provinciales? J'aimerais mieux donner à ma fille les Contes delà Fontaine que tous ces livres-là. Ce qui pourrait en arriver, c'est qu'elle saurait des choses qu'elle se garderait bien de paraître savoir. Mais, dût-on la soupçonner de celte lecture, je l'aimerais mieux que de l'entendre argumenter comme un docteur de Sorbonne,

Selon mademoiselle de Lespinasse :

^ Les femmes doivent être instruites, mais non pas être savantes.

Selon la Fontaine :

^ Ce n'est point une bonne qualité dans une femme d'être savante, et c en est une très-mauvaise d'affecter de paraître telle.

Selon madame de Puisieux :

^ Une femme doit avoir une extrême modestie sur son savoir et cacher soigneusement, surtout devant les autres femmes, qu'elle sait quelque chose qu'elles ignorent.

Balzac a dit aussi :

^ L'une des premières conditions de l'instruction, chez la lemme, c'est dèlre profondément cachée.

C'est, croyons-nous, fort sagement raisonner; mais, connue il est rare (pTuiic mesure prise contre les abus ne dégénère en obstacle à l'usage modéré, le ridicule jeté sur les femmes savantes pioprement dites a produit en (piehpuî sorte l'interdiction pour les femmes d'ac(ju(rir la science. C'est ce (|ue Thomas constate dans les pages suivantes :

6^ Dans le siècle le plus éclaiiê on ne pardonna |»oiut iuiv fennnes de s'iu- -Iruirc. Il '^ond)l(î (pic la n;ilioM ilislingnée par sa valeur et |>ar ses grâces ait

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