‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 122 sur 194 · I. EXC E PTION · texte numérisé non relu

I. EXC E PTION

La monotone Deshoulière Bêla des vers pour ses moutons, Et sa demeure hospitalière Servit d'asile à nos Pradons.

Des faux goûts sa muse idolâtre, Kuyaut Racine et Despréaux, Courait aux loges du théâtre.

Siffler les chefs-d'œuvre nouveaux.

Racine, banni de la scène,

Fut un de ses plus doux bienfaits :

Elle ravit à Molpomène

L'espoir des beaux vers qu'il eût faits.

Le plus grand encore de ses crimes Fut l'ennui de son Genséric; Mais sa chatte, expiant ses rimes, A vengé Phèdre et le public.

Sourde aux vers touchants de Racine, Sévigné même en a médit. . Près d'elle sa muse divine Fut éphémère et sans crédit.

Scudéri, jaseuse fauvette,

Gazouille des vers amoureux.

Mais, du moment qu'on les repète.

Ils sont fades et langoureux.

t Des Villedieux et des Saintonges

Les noms déjà sont éclipsés;

Et de leurs poétiques songes

Les vains restes sont effacés.

La Suze, du feu qui la brûle.

Vint glacer la ville et la cour.

L'Amour soupire avec TibuUe, La Suze fait bâiller l'Amour.

Ah! quand on n'a qu'un vain ramage :

Le silence est une faveur.

Phébus craint un bruyant hommage Qui trouble son calme rêveur.

Mais gardez-vous d'être muette, Vous dont j'aime les tendres vers ; La nature vous fit poëte Pour l'honneur du dieu que je sers.

Les Grâces ne sont point confuses De vous voir au docte vallon ; Vous inspirez connne les Muses, Et vous chantez comme Apollon,

Pour clore enfin la canripagne où il eût voulu sans doute ne pas s'être engagé, le Brun, que l'on avait, paraît-il, soupçonné du sentiment que la Bruyère avoue*, écrivit son

D t R M K It MOT POUR I. li S F K M M Ë S P 0 K T E S

Eh ! puis-je r(;douter un sexe (pie j'adore 1 Sa grâce naturelle eut mon premier encens; Elle ins[)ira mes vers et les inspire encore. De NOS tendres Psychés le su(frag(! m'honore ; Il échaulfe ma lyre; et mes deinieis accents Diront les (-liaiiiies ravis>aiils

« Voir |.. 480.

FK.MMIS i:r.lU VAINS Kl HKL ES PU l T. 401

D'un ospiil qui plail et s'ignoiv.

L o>p»'il iiu\»n veut avoir est le seul (jue j'abhorre, C'est le seul qu'ont silllé Molière et le bon sens, l'n loi os|K>ir le {niiile, un sol orgueil l'enivre. Oue vient laiiv le Biuu sur les doctes sommets? l*syché plut à l'Amour, et ne lit point de livre : Les Grâces, dans Pa|)lios, ne rimèrent jamais; Jamais Vénus, sur un triste pupitre, NegrilTonua la romance ou l'épître.

On ne voit {Kiint Beaulort s'embellir en rimant.

Tibulle chantait sa Délie; Délie est immortelle au\ vers de sou amant ; .Mais cet objet si iloux en serait moins cbannanl,

Si de versifier il eût eu la folie.

L'.Amour, en s'approcbant d'un objet enchanteur, Veut trouver une belle, et non pas un auteur.

Cet aimable enfant, qu'épouvante

L'orgueil d'une ride savante, Fuit des prétentions le ridicule excès, Les petits riens rimes et leurs petits succès, Valent-ils le bonheur? Quand la beauté compose,

Li bciuilé perd de ses attraits, Elle parle sans art une si belle prose!

L'encre sied mal aux doigts de rose ;

L'amour n'y trempe points ses traits.

0 combien la femme sensible, Cultivant un doux myrte, et non de vains lauriers, Préfère avec raison ses modestes foyers

.\ notre Pinde inaccessible!

Tourment d'un ami, d'un époux, Belle, qu'agite encore une gloire inquiète, La nature vous crie : Il est des soins plus doux, Soyez épouse et mère, au lieu d'être poète;

L'enfance (pii vous tend les bras Vou.-. demande un lait pur, et non l'eau d'Hippocrènc. Ah ! tarisse à jamais la poétique veine. Plutôt qu'un sein pressé de ses doigts délicats !

Que le hochet fasse taire la lyre ; De l'amour maternel savourez le délire, par ce fds chancelant dont vous guidez les pas. Dans la postérité conuTience votre empire ; Et ce front (|ui déjà réfléchit vos appas.

Cette àrne oij votre âme respire, Ce doux nom qui bégaye avec un doux souiiie, Vaut bien la folle rime et les lecteurs ingrats '.

' If; Bniii joint à ms. vers In iiolcMiivanli; : <x Eu C(»m|ir)s:mt cclti petite pièce dont le t)ut est, j'ose le diid, trti-iiiiiiorl.-inl et liès-moial, j';ii dû rejeter toutes les fadeurs d'usage, toutes les galanteries proviiieiales,

i9L> Li;s FKMMKS DAPKÈS LKS AUTKURS FRANÇAIS.

Madame tic Puisicux, (|ui pouvait juger en connaissance de cause, a dit :

® Il me semble que la femme que l'on verrait à la léle de ses ouvriers, avec une longue perche à la main, conduire l'ordonnance d'un liàliment, serait moins bizarre que celle qui se tourmenterait à composer deux couplets de chansons. Les langues, la poésie, les lois du royaume, les matières de religion, toutes ces belles choses sont insupportables dans une femme: je les en avertis au nom de tous les hommes sensés.

Selon la même,

^ Une femme auteur n'a rien à espérer que la haine de son sexe et la crainte de l'autre.

® La force créatrice man(|ue aux femmes, dit une femme (madame Necker); malgré de brillants succès, on ne peut leur attribuer aucune de ces grandes œuvres qui font la gloire d'un siècle ou d'une nation.

Voici la paraphrase de cette opinion, par un écrivain qu'on n'accusera pas d'hostilité :

® Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, on ne cite pas une seule grande œuvre (jui soit signée d'un "nom de femme.

Dans la peinture et la sculpture, aucun tableau, aucun paysage, aucune statue immortelle dont l'auteur soit une femme.

En musique, pas une symphonie, pas un o[)éra, pas même une sonate, je parle des chefs-d'œuvre, qui aient été composés par une femme.

Dans l'art dramatique, pas une tragédie, pas une comédie vraiment célèbre qui soit ])artie de la main d'une femme.

Dans l'épopée, même phénomène; et, à son tour, l'histoire ne compte ni un Thucydide, ni un Tacite féminin.

(iomment exj)liquei" ce fait'.'

Par l'insuflisance de l'éducation féminine'.' Sans doute, c'est là une des causes (pii les ont produits, mais ce n'est pas la seule, ce n'est pas la principale.

Il faut aller chercher la solution du problème ailleurs, c'est-à-dire dans la nature des êtres et des choses. Eunest Legouvé.

De Ségur avait dit :

0^ En liltératni'c même, les attiibulions de chaipie sexe sont manpiées par la nature, 'foules l(!s lorles idées sont refusées aux l'enniies; elles pensent, et ra-

loiiU's cns loiiiiiigcs uiensongèros (|ii(! le liiiix licl opiil ne (r^>c ilc j)i()ilif;U( r n un ^(•^l• ;iiiii:ililc, iiiiii^ r.'i'.ljlc et l'iicil'; à l'giii'ci'. J'ai voulu lu ruiiiciu'i' ù l;i iniliirc. ù si vriiic destiiitiliuii, à sou iiropic hoiilicur. Ou fliillecu <|iroii esliiiic peu : la poi'.sin iic vil |ias toujours de inciison;ies : oniloil la vrriU' nièuic aux jolies l'cuiiiies ' ItousMSiu i)ui leur cotnniandc irallailci' Icuis l'ulnnls, en di'pil du niisi'i'aMc l)oii Ion. Ilousscau 'jui roulail ijuu >ou Kinilr lui luMirniix se gai'da hjpu de lairc dosa divine S(i|iliie uik^ reinuH' |)oul(^

IllcM li'i •>! lit'Uli cjui' li; vui, \r. miii ^imiI {"<I hiiii.iIiIi'

ÏUm.KAV.

IK.MMKS KCIIINAINS Kl M KL KSI'IUT. 490

iriiKMil elles |touvenl inoilitor; olles porl'ectiomu'iil, elles saisissent plus vivenieiit que nous tous les rapports superlieiels, qu'elles piésenlenl avec une grâce qui leur appartient. Comme 'Mi amoni-, elles sentent mieux que nous, elles en parlent avec j>lus de linesse. Supposons (pi'niie l'enimc eût eon(;n le plan du roman de Honsseau, elle eut peul-èlit> éeril (pielqnes paj^cs de la NouvclU' Héloise; mais aurait -elle atteint l éUxpienee sublime et eontimiellc de cet ouvrane? Non. Kn un mol, une lennne pouvait monrii- connue Julie, mais non pas écriie la lettre (pii peint ses derniers moments. Ce qui nuuKpie essentiellement aux femnies, c'est la réflexion '.

Stendhal, (|ni constate aussi cette absence de force créatrice, l'explique à sa ra(,'oii :

Sg Ce qui f;iit, dit-il, que les femmes, quand elles se font auteurs, atteignent Itien rarement au sublime, ce (jui donne de la grâce à leurs moindres billets, c est que jamais elle n'osent être IVanclies qu'à demi : être francbe serait pour elles connue sortir sans liclni.

Et le si)irituel écrivain ajoute :

® Je dirai qu'une femme ne doit jamais écrire que connue madame de Staal, des œuvres posthumes à publier après sa mort. Inq)rimer, pour une femme de moins de cinquante ans, c'est mettre son bonheur à la plus terrible des loteries ; si elle a le bonheur d avoir un amant, elle commencera par le perdre.

Je ne vois qu'une exception : c'est une lemme qui fait des livres pour nourrii' ou élever sa famille. Alors elle doit toujours se retrancher dans l'intérêt d'argent en parlant de ses ouvrages, et dire, par exemple, à un chef d'escadron : « Votre état vous donne quatre mille francs par an, et moi, avec mes deux traductions de l'anglais, j ai pu, l'année dernièi'e, consacrer trois mille cinq cents francs de plus à l'éducation de mes deux fils. »

llois de là, une lemme doit imprimer comme le baron d'Holbach ou madame de la Kayette : leurs meilleurs amis l'ignoraient.

Encore quelques semonces, plus ou moins vives, à l'adresse des littérateurs eu jupons.

S?3 Bien des lennnes abandonnent les soins de leur ménage, leurs entants et leur mari, pour se livrer à la manie d'écrire. Cette manie, ridicule dans leur sexe quand elle est poussée à l'excès, détruit souvent en elles l'amour des devoirs, et transforme en pédante et en précieuse l'épouse dont le mari a fait choix pour élever ses enfants, gouverner sa maison et embellir son existence, et non pas pour composer de méchants vers ou de mauvais et pernicieux romans.

DUPATV.

* Note de ChiirliS Moclier :« Celte puissinice <le iriieiix seiilir que nous, citU^ impossibilité d'aussi biiii peindre décide de* îittributioris des deux -exe^. L'jiii est plus l'oit eu nous, la nalutc ;igil plus puissiinuucnl sur elles.

.19'» LES FtMMKS DAl'HKS LES AlJTKll\S TliANÇAlS.

® L'iic femme bel esprit n'est pas toujours ce qu'il v a de plus aiuiahle; uiai> .ui moins, pour remporter des triomphes, pour briller sous ce rapport, elles ont moins besoin de s'écarter de la mesure et de la décence que leur sexe semble leur commander, et les yeux aiment mieux rencontrer une lennne, la plume à la main, dans son boudoir, que le bras chargé d'un bouclier sur un champ de bataille, ou embrassant la palme des martyrs au milieu d'un bûcher.

De Ségl'h.

^ En général, le tort des femmes qui écrivent est de vouloir être hommes et plus qu'hommes ; il résulte de cette déviation qu'elles ne sont plus même femmes, et, conséquemment, ne produisent rien de bon ; car l'hermaphrodisme physique ou intellectuel n'a jamais rien créé, ne créera jamais (juoi que ce soit.

Alfred Boigeakd.

^ Comment dont ne pas prémunir les jeunes femmes contre la tentation de se lancer en aveugles dans la carrière d'auteurs de romans ! Là, aucun travail précédent, aucun motif d'utilité ne les autorise à solliciter l'attention. Il faut (prelles disent : J ai du talent, venez et voyez. Tous les inconvénients de la publicité sont augmentés. Ce ne sont pas uniquement vos pensées, votre esprit, votre style, que vous donnez ainsi à juger, c'est le plus intime de votre cœur. Vous avouez à la société entière ces besoins du sentiment, ces émotions qui ne devraient se révéler qu'à un seul être. Et celle qui étale ainsi les trésors de son âme tendre et passionnée ne semble -t-elle pas vouloir faire dire : Comme cette femme-là saurait aimer !

La composition dans ce geiu'e est très-entraînante, je l'avoue: après qu'on s'y est livré, toute autre occupation parait fade. Comment s'en étonner, j)uisque alors l'état de l'imagination ressemble beaucoup à l'état où nous met une passion véritable? il en a le charme et un peu le danger. Même battement de cceur, même exaltation, même insensibilité pour les petits événements journaliers, même indifférence pour les peines ([ui n'appartiennent pas à la vivacité des affections. C'est une sorte d'enivrement ; tous les objets tremblent autour de )i()us, la terre vacille, mais le ciel ne se montre pas'.

Cette vive inspiration, dira-ton, est une preuve de talent. C'est possible; mais le talent n'impose-t-il j)as une responsabilité de plus? On pourrait admiid l'œuvre, qu'on jugerait encore sévèrement l'ouvrier. Une fennne est avant (oui Un être moral, un être qui résiste ou obéit à sa conscience. Si le talent, une lois mis en jeu, a comme une force irrésistible, s'il l'entraîne prescpie malgré elle à doimer aux scènes passioimées leur|)lus grand elfet, pourquoi décrit-elle de pareilles scènes? Pour(pioi choisit-elle h; geiU'e qui fait aux autres femnu>s le |)lus d(! mal? Leur ollrir des pcùnlures trop séduisantes, des sentiments exaltés, n'csl-

• OliiK'iiii >:iil iiu'iiii ci-rliiiii iiuiiiI)I'(mIc romans, jiislciiii'iil insli's ( l'irlirns, .sciiil des œim(!s tic Ifiniius el nul ii'ii^iioi'c i|ui' i|iii-|i|iiif>-iins do |iiiis hciiiix riiiiiiiiis coiiUMiiporiiiiis, |i(iiii' ne pas dire les plus hciuix. "(inl du^ :'i uni- pliiriic ii'iiiiiiirjr.

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