‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 123 sur 194 · FKMMES ECRIVAINS ET BEL ESPRIT · texte numérisé non relu

FKMMES ECRIVAINS ET BEL ESPRIT

ce pa> leur taire naître le désir d'éprouver elles-nièuies ees sentiments, et les exposer au malheur qui en est la suite fréquente?

Celles qui composent de pareils écrits ont surtout à redouter ce malheur. L'atmosphère enflanmiée où elles vivent augmente leur besoin d'aimer plus que leur chance d'être aimées; d'après leurs aveux, les goûts qu'elles inspirent semblent j-ken durables, et cela même peut se concevoir. La distinction d'esprit, le désir tlu succès, tout ce qui, dans une femme, est indépendant de l'affection, donne de londirage à l'hounne qui s'attache à elle, et bientôt il adresse ses vœux ailleurs. Telle est souvent la cause des plaintes amères des femmes auteurs. La peinture qu'elles-mêmes font de l'amour, celle de leur propre sort qu'elles tracent sous un léger voile, décèle des douleurs cruelles, déchirantes, sans terme. C'est à représenter les peines du cœur que les fennues excellent en vers et en prose. Et qu'on ne prétende pas qu'elles cherchent ainsi à détourner leurs pareils de s'y exposer. Elles-mêmes seraient mécontentes de leur talent, si elles ne réussissaient pas à persuader (pi'il est du charme dans de telles peines. On dirait de ces malheureux oiseaux pris au lilet, qui invitent par leurs chants les oiseaux de l'air à venir se prendre au même piège. M""* Necker.

^ Nous ne sommes point de ceux qui veulent que la femme ne s'occupe que du soin de sa maison, et que toute sa science ne consiste qu'à savoir distinguer MM pourpoint d'avec un haut-de-chausse. En toute chose il faut éviter l'exagération, et Molière nous semble être allé beaucoup trop loin quand il a donné dans cet excès. Nous n'aimons pas les femmes ignorantes et incapables d'apprécier la beauté d'un morceau de littérature et de poésie, nous voulons même qu'elles puissent savoir assez écrire pour rendre convenablement leurs pensées, exprimer leurs sentiments ; elles doivent borner là leur ambition. La nature ne les a point faites pour s'occuper de hautes études philosophiques ou littéraires, elles ont bien assez, de leurs devoirs d'épouses, de mères. Faites pour plaire et pour être le charme de la vie sociale par leurs grâces, leur douceur, leur tendresse, elles perdent presque tous leurs avantages quand elles sortent de leurs attributions pour empiéter sur celles des hommes. Elles ne' sont pas plus faites pour les hautes œuvres de Tintelligence, que pour le travail des champs ou bien pour le métier des armes. Quand une femme veut se lancer dans le domaine de la philosophie ou des sciences, elle devrait avoir le bon esprit de renoncer tout d'abord aux prérogatives de son sexe, car elle devient homme en quelque sorte.

Une femme bas-bleu est au monde tout ce qu'il y a de plus ridicule.

Il est des femmes qui, comme madame Dacier, comme madame de Staël, ont réussi à écrire aussi bien que les hommes dans les genres qui ne semblent point faits pour leur sexe, mais se sont là des exceptions.

La philoso|)hie, la haute littérature ne sont point du domaine des femmes, faites pour les choses douces et sentimentales. Leur genre, c'est le roman, la peinture de uiœurs, la poésie. Quand elles veulent se lancer plus haut, elles échouent. P. Bélouino.

Wr. LKS IKMMFS D'APRKS LKS AITKIRS FRWÇ.MS.

Miulaiiie (lo Maiiitt'noii attirrnait que :

® Dans les écrits (l(>s l'oinnies il y a souvont niillo fautes contre la Lrianiinaire, mais un ay;rénient qui est rare dans les écrits des hommes.

On pourra remarquer que cette affirmation est celle d'une femme, et d'une femme en situation de s'entendre louer j)our les agréments de ses écrits. Mais, en supposant que la ci-devant institutrice du duc du Maine parlât pour elle, ou d'après elle, il ne s agirait que des agréments de son style épistolaire; car madame de Maintenon n'écrivit guère que des lettres. — Ce fut même, comme chacun le sait, le charme des lettres dans lesquelles elle rendait conij)te à madame de Montespan des études de ses enfants, qui lui valut l'attention de Louis XIV.

Or de fout temps, — depuis la renaissance littéraire s'entend, — Ton a rendu cette justice aux femmes qu'elles possèdent l'art, ou plutôt (car il s'agit d'une faculté native) le génie du style épistolaire.

Nous nous bornerons à rapporter, pour appuyer cette assertion, trois passages écrits à des époques distinctes.

Dans la dernière moitié du dix- septième siècle, et lorsque madame de Sévigné n'avait encore qu'une réputation que nous pourrions appeler manuscrite.

® Je ne sais, — écrit la Bruyère, qui, l'on s en souvient, ne tolère pas la femme auteur proprement dite, — si l'on pourra jamais mettre dans des lettres plus d'esprit, plus de tour, plus d'agrément et plus de style que l'on en voit dans celles de Balzac et de Voilure. Elles sont vides de sentiments (}ui n'ont régné que depuis leur temps, et qui doivent aux femmes leur naissance. Ce sexe va plus loin que le nôtre dans ce genre d'écrire : elles trouvent sous leur plume des tours et des expressions qui souvent en nous ne sont (jue l'effet d'un long travail et d'une pénible recherche; elles sont heureuses dans le choix des termes, (pi'elles placent si juste que, tout connus (pi'ils sont, ils ont î^- charme de la nouveauté et semblent être laits pour l'usage où elles les mettent. 11 n'appartient qu'à elles de faire lire dans un mot tout un sentiment, et de rendre délicatement une pensée qui est délicate. Elles ont un enchaînement de discours inimitable, qui se suit naturellement et (jui n'est lié (jue |)ar le sens. Si les femmes étaient toujours correctes, j'oserais dire que les lettres de quehjues-unes d'entre elles seraient pcut-ctie ce, que nous avons dans notre langue de mieux écrit.

A la lin du div-huitième siècle, alors (|ue les (ruvres épistolaires de plusieurs femmes étaient publiées et devenues célèbres :

95 On conçoit aisément, — écritSuard, — (pie les femmes (pii ont de r('S|)ril, et un esprit cultivé, doivent mieux écrire les lettres que les hommes qui même écrivent le mieux. La nature Icui' a donné une imagination plus nudiile, une oi'^^anihation jtlus délicate; leui- (îspril, moins cultivé par la réilexion, a plus de vivacité el de pi(îniiei' niouveiiient, il est plus priniesaiitier, connoe ilil Mon-

Page 1