‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 124 sur 194 · FEMMES ÉCRIVAINS ET BEL ESPRIT · texte numérisé non relu

FEMMES ÉCRIVAINS ET BEL ESPRIT

liùgne : renlerinoos dans riiilériour do la sociôtc, et moins distraites par les affaires et par l'étude, elles mettent plus d'attention à observer les oaractères et les manières : elles prennent plus d'intérêt à tous les petits événements qui occupent on amusent ce qu'on appelle leur monde. I.eur sensibilité est plus pronqHc, plus vive, et se porte siu" un plus ijrand nombre d'objets. Elles ont naturellement plus de facilité à s'exprimer; la réserve même que leur prescrivent l'éducation et les mœui's, sert à aii,miser leur esprit, et leur inspire, sur certains objets, des tourmires plus fines et plus délicates; enfm, leurs pensées participent moins de la réllexion, leurs opinions tiennent plus à leurs sentiments, et leur esprit est toujours modilié par l'impression du moment : de là cette souplesse et cette variété de tons qu'on remarque si conununément dans leurs lettres ; cette facilité de passer d'un objet à d autres très-divers, sans effort et par des transitions inattendues, mais naturelles ; ces expressions et ces associations de mots, neuves et piquantes sans être recherchées ; ces vues fines et souvent profondes, qui ont l'air de l'inspiration; enlin, ces négligences heureuses, plus aimables que l'exactitude. Les hommes d'esprit, plus habitués à penser et à écrire, mettent tout naturellement et comme malgré eux, dans leurs idées, une méthode qui y donne trop l'air de la réflexion, et dans leur style une correction incompatible avec cette grâce négligée et abandonnée qu'on aime dans les lettres des femmes.

Enfin de nos jours :

® Les femmes, écrit M. Ernest Legouvé, sont nos maîtres, et doivent l'être, dans la causerie et dans le style épistolaire. Que nous représentent, en effet, les lettres et les entretiens? Une improvisation, improvisation de sentiments aussi bien que de paroles. La sensation fait naître le mot ; le mot, à son tour, fait naître la sensation ; plus la pensée a d'imprévu pour celui qui parle, de sous-entendu pour celui qui écoute, plus la causerie paraît piquante; et le geste, le regard, l'accent venant en aide au langage, tous ces petits mondes d'idées légères s'élèvent dans l'air, semblables à autant de bulles de savon, irisées et insaisissables, comme elles, disparaissant, dès qu'on appuie, renaissant comme elles, dès que l'on soufQe encore. Ce génie appartenait surtout aux femmes.

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