‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 144 sur 194 · CI.WKS · texte numérisé non relu

CI.WKS

p»MJ ilagrciiitMJls (jn il a\;iil |)»uir elles, en réioinpeiise du plaisir qu'elles lui taisaient encore.

On me mena eluv. eet ainrtlde vieillard, que je trouvai eflectivomeut tel qu'on nie l'avait dépeint ; c'était un homme qui avait plus d àj^e que de vieillesse : voilà comment nu's yeux en juij:èrent, et la distinction n'est pas si frivole. 11 me lit mille politesses, me promit nue prouq)lc décision, et remercia joliment le sort qui lui donnait occasion de m'ohliger.

I,es jeunes iiens seraient trop dangereux, si dans leurs procédés ils ressemblaient à ce bon homme. (Jue deviendrions-nous si leurs manières étaient aussi charmantes que leur jeunesse'? En vérité, nous n'aurions pas assez de vertu contre eux : mais ils sont impertinents, cela nous dégoûte d'eux : et l'rancheuRMit, nous nous sauvons mieux avec ce dégoùt-là qu'avec de la vertu ; il nous est plus aisé d'être sages quand nous ne sommes plus tentées d'être folles.

Huit jours après ma visite chez ce vieillard, nous fûmes avertis qu'il avait régie notre alTaire plus favorablement que nous ne l'avions demandé : en effet, je crois qu il nous accorda par galanterie ce que nous aurions eu de la peine à mériter par justice.

11 faut l'avouer, les hommes galants en pareil cas, quand une jolie femme leur parle, sont sujets à s exagérer la valeur de ses raisons : c'est un défaut, sans doute ; mais je l'aimerais encore mieux que celui de ces hommes austères, que j.ai connus, cpii, afin de n'être point surpris par une femme aimable, commencent par trouver toutes ses raisons mauvaises pour ne point risquer de les trouver trop bonnes : ce qui est de vrai, c'est qu'il est bien difficile d'être juste (piand on est si austère ; et pour moi, je crois qu'on est déjà surpris quand on craint tant de l'être. Je souhaite que ce que je dis ici engage à quelques réilexions les personnes du caractère dont je parle. Je n'écris l'histoire de ma vie que dans l'espérance qu'elle pourra servir à l'instruction des autres. Revenons à moi.

Je recevais tous les jours tant de preuves que j'étais aimable, et ces preuves-là me faisaient tant de plaisir, que je n'oubliais rien pour en recevoir tous les jours de nouvelles. Quand je dis que je n'oubliais rien, quelque forte que soit cette expression, elle ne signifie rien en comparaison de ce que je veux dire ; mais comment faire? Nous avons tant de faiblesses qu'on ne peut exprimer, qui n'ont point encore de nom dans la langue, et qui peut-être n'en auront jamais; le tout en conséquence de l'envie que nous avons de plaire à ces hommes, dont nous avons gâté le goût, et que nous ne piquons plus, si nous ne donnons à nos agréments naturels un certain assaisonnement dont nous ne saurions nous parer qu'au dépens de la pudeur, qui devrait être la plus aimable de nos grâces : de sorte qu aujourdhui ce n'est pas assez d'être née belle ou jolie, cela ne vous sert de rien ; vous avez affaire à des yeux vicieux qui trouvent la beauté insipide, si vous ne l'animez d'un air de corruption qu'on est obligé d'y mettre, qu'il est diificile d'attraper, si vous n'avez vous-même les sentiments un peu libertins, et qu'il ne faut pas outrer pourtant ; car vous vous déshonoreriez si vous ne vous

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nirèticz pas au point requis. A la vérité, on l'a poussé si loin, qu il faudrait être bien maladroite ou bien effrontée pour le passer.

Pour moi, j'ejis d'abord de la peine à me jeter dans cet excès de coquetterie : la mienne était encore timide; mais petit à petit elle s'enbardissait : un déféré d'inmiodestie que je me promettais le matin, m'effrayait. Je le soutenais en femme embarrassée, mais je m'y accoutumais dans la journée : à la fin je riais de moi, comme j'aurais ri d'une provinciale ; et le soir n'était pas venu, q»ie je méditais pour le lendemain une liberté de plus.

Cependant il me restait encore de légers scrupules qui me retardaient quand le liasard me lia avec une demi-douzaine de femmes plus courageuses que moi, et dont le commerce acbeva de me défaire de ce peu de retenue poltronne qui me restait. D'ailleurs, mes années commençaient à me quitter ; leur course me semblait plus rapide qu'à l'ordinaire : j'étais jeune encore; mais je ne me voyais pas loin de ce terme où la jeunesse d'une femme devient équivoque, où l'on ne sait plus quel âge elle a ; et je croyais qu'avec une figure galante j'en paraîtrais plus longtemps jeune : mais que de fatigues pour l'avoir cette figure galante aussi bien que pour la varier! Comment se coiffera-t-on? Quel habit mettra-t-on? Quels rubans? De quelle couleur seront-ils? Celle-ci est plus douce ; celle-là plus vive. Comment se déterminer? Un air de douceur est bien touchant, un air de vivacité bien frappant. Où prendre un conseil pour un choix qui va décider pour nous de la gloire de toute une journée? Choisir l'air doux, c'est peut-être manquer son coup : prendre l'air vif, c'est peut-être se rendre les yeux trop rudes. Il s'agit de consulter son miroir, et si jamais l'âme a porté des jugements d'une justesse admirable, si jamais ses attentions sur quelque chose, ses examens, ses discussions furent des prodiges de force, de goût, d'exactitude et de finesse; de ces prodiges si étonnants, n'allez pas l'en croire capable ailleurs que dans une femme qui est à sa toilette. Et voyez après combien cette âme est petite de n'être jamais si judicieuse, et de n'y regarder jamais de s'y près, que dans une occasion de si peu d'importance.

Je ne dirai rien des habits, ni de l'embarras (pie j'avais quelquefois à savoir si je me parerais beaucoup ou guère : combien de l'ois suis-je sortie de chez moi dans 1111 ajustement que je me repentais d'avoir piisl et quand je voyais venir des hommes d(! loin dans une piomenade, avec (juclle inqniélude iratlendais-je pas qu'ils me regardassent préférablement à celles avec cpii j'étais! en teiiaul alors ma meilleure amie sous le bras, mon amitié pour elle allait et venait, suivant (ju'on était plus ou moins curieux d'elle ou de moi : et ne vous imaginez pas, lorsipi'il passait une belle femme, que je la regardasse; j'avais trop de peur de la trouver belle, et qu'elle ne hî remar(|uàt.

C'était ainsi que je vivais, (piand un lioiniiic veuf, cpii s'élail rendu mon amant et ((iii avait une fille de dix-sept à dix-huit ans, rompit le ((UMmerce (|ue nous Mvions ens(!mble, ci'tte jeuiH! jxMsoniK! et moi, et lui dél'eiidil à mon insu di' me voir.

H l'eiuiiva d'idMtrd à l;i campagne elle/ nue de ses pai'entes, alin de m'afcou-

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