‹ Les femmes d'après les auteurs françaisChapitre 145 sur 194 · C.I.ANKS. î)OD · texte numérisé non relu

C.I.ANKS. î)OD

liimor d'une l'aoon plus lionniMo à la pordro de vue ; mais elle revint, et depuis MMi retour, je ne la vis pas deux fois en un mois ; j'en étais élonncc, et j'attribuais cela à un de ces caprices qui preiment souvent auv femmes. Son père nuMue en levait les épaules avec moi, et traitait son lumicnr de volage : mais la tille urainiait, et comme elle obéissait à contre-cœur, elle conlia à (pielqu'un les véritables raisons de son j>récédé avec moi. Ce quebprun ne put se coucher sans venir en secret me faire cette conddetue ; et voilà connue nous sommes faites, cela est dans Tordre : quand nous trouvons occasion de morlilier notre prochain, el que la malignité naturelle qui nous y porte peut se mettre à l'abri d'un air de bienveillance, oh ! elle est bien charmée.

J'appris donc pourquoi cette lille ne me voyait plus, et je l'appris au moment (jue je venais de quitter son père, qui ne m'avait jamais paru plus tendre que ce jour-là.

Je rougis au rapport qu'on me fit, et je ne me ressouviens point d'avoir jamais reçu de leçon d'honneur plus vive ; car je me doutai tout d'un coup des motifs qu'avait eus le père, quand il avait fait cette défense. Je compris l'affront qui m'en revenait et je fus honteuse de le mériter; j'étais si outrée que je fus m'enlermer sur-le-champ pour lui écrire : je ne le ménageai point dans ma lettre, et je la finis en lui délendant à mon tour d'une façon terrible de revenir jamais chez moi.

On me dit que la lecture de ma lettre l'avait fait rire ; il y répondit aussitôt, et voilà à peu près quelle était sa réponse.

« Il est vrai que j'ai défendu à ma fille de vous voir : eh bien ! en vérité cela vaut-il la peine que nous nous brouillions ensemble, ma charmante. En conscience, mon intention a été pardonnable : j'avoue que je ne vous l'ai pas dit, parce que j'ai regardé cela comme un petit arrangement domestique dont il n'est pas besoin de vous étourdir, ma reine. Ecoutez-moi sans vous fâcher : je veux marier ma fille, cela est juste : or ma fille, en vous voyant si aimable, voudrait le devenir autant que vous l'êtes; et moi j'ai cru bonnement qu'il ne lui appartenait pas encore de se donner tant de grâces, et qu'elles pourraient nuire au projet que j'ai formé de lui trouver un époux. Dès qu'elle sera mariée, je vous la rends ; ètes-vous contente'.' Bonsoir, plus de promptitude, ma déesse. J'aurais grande envie d'aller me jeter à vos genoux pour vous demander pardon d'une faute malheureusement nécessaire : ce sera quand il vous plaira : j'attendrai patiemment, sans nmrmurer, comme on attend les faveurs des dieux : entre nous pourtant je me veux mal d'être le père d'une petite friponne qui est cause que vous m'avez tant querellé. Je vous dirai que cette étourdie ne veut plus être (|u'en corset, ])Our ne vous avoir jamais vue autrement ; voyez, je vous prie, si je n'ai pas besoin d'user de précaution avec elle. »

Je déchirai cette lettre en mille morceaux, mais comme on voit, je l'ai gardée longtemps dans ma mémoire; et sans que je m'en aperçusse trop, cet événement tempéra beaucoup ma coquetterie, sans m'en délivrer entièrement.

Je n'étais plus jeune, mais j'avais de l'embonpoint, el, dans mon espèce, je me

.-Mli LES FEMMES D'AiMiÈS LES AUTEURS FRANÇAIS.

trouvais très-aimable ; non pas aimable comme une jeune femme : mais n'y a-t-il pas des charmes de différents caractères? Une femme faite et d'un certain ài^e, n'a-t-elle j)as les siens? Voilà comme je raisonnais pour le repos de mon âme, et effectivement je durai quelque temps avec le secours de cette idée-là : mais dès lors mes appas étaient déjà si conlirmés ; j'étais tellement une femme faite, que je la fus bientôt trop, et que toute ressource épuisée, il fallut au bout du compte eu venir à la raison, et voir au vrai ce (pie j'étais.

Je le vis donc, et avec moins de chagrin qu'on ne pense ; car à travers toutes mes chimères, de temps en temps la vérité avait percé comme un éclair; de sorte que, quand elle parut tout à fait, je la vis comme une chose dont j'avais déjà eu des nouvelles.

Me voilà donc vieille, et reconnue par moi pour telle, et avec ces débris de beauté qui font connaître au\ autres qu'on a été belle. Eh bien ! puisipi'il faut le (lire, ces débris-là me flattaient encore; je m'intéressais à ce qu'on en pensait: cela est bien fort, j'en conviens ; mais aussi c'est l'histoire d'une femme que je rapporte. Coquettes quand nous sommes aimables ; coquettes quand nous ne le sommes plus : dans le |)remier cas, nous travaillons à être aimées ; dans le second, nous travaillons à montrer que nous avons mérité de l'être; de façon que souvent je faisais encore l'agréable, et (piehjuefois j'osais espérer que je plairais : ce qui jetait ini ridicule dans mes actions, qui m'attira une rigoureuse correction.

Allant un jour rendre visite à une dame, qui la veille avait été avec moi d'une partie de campagne avec d'antres personnes, on me dit qu'elle n'était point chez elle, mais qu'elle allait revenir.

J'entrai dans son cabinet pour l'attendre, et j'y cherchais sur des tablettes un livre pour m'amuser, quand je vis tomber un billet à mes pieds (nous sommes curieuses nous autres) : je ramassai le billet, et l'ouvris, me doutant bien qu'on y traitait d'amour, et je ne me trompais pas : mais ce que je n'aurais pas deviné c'est qu'il y était traité à mes dépens; l'honnête homme (pii écrivait se plaignait à la dame de la gêne où j'avais mis son cœur, en l'accompagnant à une promenade particulière qu'ils (irent à cette campagne. Et remarquez que cet homme, qui m'en voulait tant, m'avait alors, au sortir du dîner, lait des compliments dont je m'étais, je l'avoue, félicitée connne d'une boime fortune; et il est vrai qu'en conséquence de ces mêmes conipliinenls, qui m'avaient toute réjouie, je m'étais plu à être avec lui, et l'avais pendu (h; vue le moins qu'il m'avait été possible. Voici à présent quel était son style dans le billet.

« Au nom de notre amour, ma chère maîtresse, lompez avec celle vieille madame de . . . C'est un chaiité (pie vous me lerez, car je la hais autant (pie je NOUS aime. Savez-vous bien pourquoi elh; vous suivit hier dans cette allée où nous nous |)romenâmes? Vous ne le devineriez pas : c'est (pi'ellc tomba subitement amoureus(! de moi : cl cet amour-là, c'est un mauvais toui' (pic m'a joué niif Imniiclclr (|iie j(! lui lis. l'esté soit de la politesse! Imaginez-vous cpi an boiln (lu Kjias jCii'- le mallicur de lii ^racieuser sans réflexion, p.iicc (juc \oii>

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